SCÈNE IV
Sœur AGATHE, GLITANDRE, MARTON, LE JÉSUITE
SŒUR AGATHE, apercevant Marton à cheval sur le Père. Ah ! ah ! la drôle invention !
En courant de la sorte, aimable postillon. On arrive bientôt au gîte.
LE JÉSUITE
Ma nonne, il vous sied bien de parler sur ce ton. Je me veng-e de votre fuite.
MARTON
Je te fais, cher Glitandre, une infidélité; Fallait-il me laisser seule avec un Jésuite? Va, va, tu l'as bien mérité.
GLITANDRE
Oublions chacun notre injure.
Et pour réveiller nos désirs.
Par une nouvelle posture Diversifions nos plaisirs.
Quittons cette vaine parure Et ces vêtements odieux ; Les amants ne sont jamais mieux Qu'en état de pure nature.
[Ils se déshabillent.)
LE JÉSUITE, dénouant le corset de Marton. Venez, aimable enfant, dévoilez sans scrupule Ce corps charmant, digne des dieux.
l98 THÉÂTRE d'amour AU XVUl^ SIECLE
GLITANDRE, découvrant la gorge de sœur Agathe. Sous cette guimpe ridicule, Ah ! ma sœur, quels appas vous cachez à nos yeux ! Que chacun m'écoute en silence : Agathe aura la complaisance De se coucher sur ce sofa.
Le Père s'en emparera.
Sur le dos de sa révérence Aussitôt Marton s'étendra :
J'ouvrirai la danse avec elle.
A chaque coup reçu, ma belle Sur le Père retombera.
Par ce secours, son allumelle Plus fort chez la Nonne entrera.
Quand, vers le Jésuite élancée, Agathe se soulèvera, Marton par le Père poussée, Au-devant de mes coups ira.
Mettons ce projet en pratique.
(Us s'arrangent.)
Qu'à son rôle chacun s'applique.
Ce ricochet voluptueux
Va nous rendre tous quatre heureux.
SŒUR AGATHE
Arrête, je suis écrasée.
LE JÉSUITE
Oh I tu ne m'échapperas pas.
MARTON
Cher Clitandre, double le pas.
SŒUR AGATHE
Ah ! quelle abondante rosée Inonde mes secrets appas.
LES PLAISIRS DU CLOITRE l99
MARTOX
Je écoute le bonheur suprême !
CLITANDRE
Et moi, Marton.
LE JÉSUITE
Et moi de même.
{Après un moment de silence, ils se séparent.) SŒUR AGATHE
Allons nous reposer. Chantons à l'unisson : Vive, vive l'auteur de cette invention.
Ghers amis, buvons à sa gloire.
Eh ! quoi, Marton, tu n'oses boire?
Te faut-il, pour calmer tes feux.
Avaler à longs traits le nectar amoureux? (Ils boivent et mangent.)
CLITANDRE
Marton, mon feu renaît. Retourne-toi, ma chère, Offre-moi ce revers charmant.
Que deux singes voilés naguère Ont traité si cruellement.
(// la retourne.)
Ah ! ciel, des coups de fouet j'y reconnais la trace : Par des coups moins fâcheux il faut que je l'efface. Allons, la croupe haute et la tête bien bas. Tiens-toi ferme, et surtout ne me déboute pas.
(// se met sur elle.)
MARTON, se débattant.
Que fais-tu donc, méchant? Ah ciel ! quelle infamie ! Viens à mon secours, chère amie :
11 s'écarte du droit chemin Pour pénétrer dans le voisin.
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SŒUR AGATHE
Clitandre, g-ardez-vous d'outrager la nature. De cet aimable objet par une flamme impure Ne profanez point les attraits.
(Elle l'arrache de dessus Marton, qui sort.)
CLITANDRE, couraiit après Agathe.
Soit, mais vous en paierez les frais.
(7/ la renverse et la baise.) SŒUR AGATHE, embrassant CUtandre.
J'approuve ta veng-eance. A l'honneur d'une amie Il feut bien, je le vois, que je me sacrifie.