‹ Le théatre de l'âmeChapitre 21 sur 77 · SCÈNE H · texte numérisé non relu

SCÈNE H

LES MÊMES, WITZ, LORENZI, CARLOS, avec leurs boîtes d'instruments, arrivent et entourent Stéphane. Seidler reste en arriére.

CARLOS

Venez-vous ?

WITZ

Oubliez- vous que c'est aujourd'hui le grand jour?

LORENSKI

La répétition générale devant l'Archiduc?

CARLOS

Vous savez que Son Altesse n'aime pas attendre.

STÉPHANE, tirant sa montre.

Bah ! nous avons le temps.

SEIDLER

Oui, c'est aujourd'hui le grand jour. J'ai vu (lamboyer le programme devant le théâtre. «Exécution du premier morceau de la Si/)iip/iofiie de la Vie, sur le Thème du Désir, sous la direction de maître Zéno Stéphane, devant l'Archiduc et l'élite des dilettantes. » Depuis un mois, on ne parle que de cela, à la ville, à la cour. Nous autres, nous

avons travaillé comme des nègres. Mais nous voilà sous les armes pour la bataille. Nous n'attendons que le commandement de notre chef.

STÉPHANE

Et le chef n'attend qu'une chose, c'est que chacun fasse son devoir.

SEIDLER

On le fera, cher maître. Votre musique est superbe, mais un peu difficile. Par exemple, ce galop furibond de la fin dont je donne le signal, c'est une course de chevaux enragés. Il faudrait être Paganini en personne pour jouer cela comme vous Tavez écrit.

STÉPHANE

Si l'on est musicien, il suffît de regarder les notes et de suivre mon bâton.

LOREXSKI

Moi, je suis ravi de ma partie de cor. J'entonne le premier le Thème du Désir. Tout doux qu'il est, il a le diable au corps, ce thème-là. Je l'ai joué l'autre jour devant la fille du perruquier. Elle en était folle, et, pour le répéter, j'ai obtenu qu'elle m'embrasse. En voilà un succès !

WITZ

Et ma partie de basson, c'est bien autre chose ! Un pizzicato léger agrémenté d'un grincement

nasillard. Est-ce assez nouveau? Cela figure l'ironie et la médisance. L'ironie! il n'y a que cela pour plaire aux femmes. J'ai composé sur ce thème, une fantaisie mirifique. Depuis, le croiriezvous, je reçois une déclaration par jour. Enfoncé ton cor, Lorenski.

STÉPHANE

Trêve de plaisanteries. Partons.

CARLOS, à voix basse, à Stéphane.

Si vous m'en croyez, prenez garde à Seidler. Depuis un mois, il cultive en dessous l'Archiduc que vous négligez. 11 a composé pour lui une salade de concertos et de divertissements. Le bruit court, parmi les contrebasses, qu'il brigue la place de maître de chapelle qui vous est due, et les trompettes assurent que l'Archiduc la lui a promise, si votre symphonie ne réussit pas.

STÉPHANt", haussant les épaules.

Propos d'auberge !

CARLOS

Maître, je ne sais pas écrire une note, mais j'adore votre musique. Ai-je jamais manqué une entrée ?

STKPIL\NE

Aucune. Tu es un brave cœur.

LA ROLSSALKA

CARLOS

Eh bien, conscience de timbalier, ayez Toeil sur Seidler !

STKPHANE

Merci ! (ii met son chaiieau.) En Foute, mcs amis. (A Marthe.) Tu ne viens pas?

MARTHE

J'irai demain, avec le grand public.

STÉPHANE

Soit. Mais aujourd'hui, c'est le vrai combat. Si tout va bien, ce sera la victoire.

MARTHE

Dieu le veuille. Adieu!

(Stéplioiie renibrasscsnr les deux joues. Elle se laisse faire sans bouger.) STÉPHANE, à Seidler.

Passez, cher collègue.

SEILDER

Après vous, cher maître. A chacun son rang.

Stéphane, Seidler, Lorenski, Witz et Carlos sortent.)

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