‹ Le théatre de l'âmeChapitre 28 sur 77 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

LES MÊMES, IIEILER entre par le fond, MARTHE, parla gauche, en même temps.

nEILP:R, essoufflé cl jnyciix.

Grande nouvelle, mon cher enfant. J'ai vu l'Archiduc. Ah ! j'ai eu de la peine à te défendre, mais j'ai plaidé les circonstances atténuantes. Remercie ton vieux maître. L'Archiduc te pardonne, et, pour te consoler de n'être pas maître de chapelle, il te promet une décoration, si tu veux écrire des symphonies comme tout le monde. Allons, viens m'embrasser, mon iils.

STÉPHANE

Au diable la décoration! Plus d'Archiduc, plus de maître, plus de chaîne. C'est aujourd'hui mon premier jour de liberté. Comme l'hirondelle de mer, ma pensée prend son vol sur le naufrage de mon œuvre. Pareille à l'Océan, je l'entends retentir maintenant, avec ses mille voix, la symphonie immense de la vie. Après le thème du désir, après le thème de la mort, j'entends monter en moi comme un chant de victoire, l'hymne de la résurrection ! — Apprenez donc la grande nouvelle. Loin du monde, loin de vous tous, je vais faire chanter et vivre La Roiissalka!

(Il brandit le manuscrit.)

MARTHE, qui a suivi les paroles de Stéiihane avec une inquiétude fiévreuse, fait un peste de terreur au nom de la Roussalka. Elle se i)récipite vers la fenêtre, ouvre la cage de l'oiseau et le fait envoler, puis, saisissant la cassette, elle court au poêle, en ouvre la portière et lance ses lettres dans le feu. En un clin d'œil, elle revient se placer devant Stéphane et lui présente la cassetle vide.

Tu peux la reprendre maintenant : je te la rends.

STÉPHANE, la prenant.

Marthe, qu'as-tu fait?

MARTHE

J'ai délivré l'oiseau captif... et j'ai brûle mon âme de jeune fille !

(Stéphane la regarde innnubile d'étonnement. Heiler se laisse tomber dans le fauteuil et .Josy élève triomphalement le violon du maître.)

niDEAU

Page 1