SCENE I
FÉDRO, MIROULA, vieux serviteur.
FEDRO entre en costume de chasse, une cravache à la main, Mikoula le suit.
Viens ici, Mikoula. Plus près, te dis-je.
MIKOUL.V s'approche à petits pas d'un air hésitant.
Me voici, seigneur.
FÉDRO
Le courrier de ce matin t'a-t-il donné des lettres pour la comtesse ?
MIKOUIjA jette autour de lui des regards anxieux.
La baryna n'est pas là, bien sûr'?...
FÉDRO Non, imbécile, dépôche-toi... (Mikoula tire une lettre de
sa veste, Fédro la prend.) Ah ! de rArclîiduc, ce pi'êcheur solennel, cet amoureux transi. Il n'est pas dangereux, celui-là. Tu remettras cette lettre à la comtesse tout à rtieure.
MIKOULA
Bien, mon maître.
(Il fait mine de s'en aller.)
FÉDRO
Halte ! Ce n'est pas tout.
MIKOULA
C'est tout.
FÉDRO
Tu mens.
MIKOULA baisse la tète en tremblant.
Non, baryne.
FÉDRO
Allons, regarde-moi bien en face. Tu as une autre lettre pour la comtesse.
MIKOULA
Non, je jure que non. Regardez !
(Il ouvre sa veste.)
FÉDRO
Alors elle est ailleurs. Tu l'as oubliée quelque part, mais comme tu es un honnête garçon, tu vas
t'en souvenir. (H \m donne quelques pièces d'or.) AUonS,
cherche.
MIKOULA prend les i)ièces, les regarde et s'écrie dans un accès de désespoir.
Non, je ne veux plus de ce métier, je ne veux plus de ces pièces diaboliques!.. Reprenez-les toutes, toutes !.. Je vous jure qu'il n'y a rien. Fouillez-moi, si vous voulez.
FÉDRO
C'est bien, je te crois. Mais tu sais que j'ai demandé pour toi une maison neuve et une dot pour ta fille. Cela dépend de moi que tu l'obtiennes et maintenant je sais que tu ne l'auras pas. Je sais même que demain tu seras chassé du château...
(Durement.) AlloUS, SOrS ! . . .
MIKOULA se met à pleurnicher.
La vie est trop dure... Je voudrais me jeter dans le Volga... Mais comment faire, à mon
aiïe
(Il tire une lettre cachée dans un repli de sa veste.)
FÉDRO la lui arrache.
Je le savais bien !... (ii lui donne une bourse.) Voilà la dot de ta fille, et ne mens plus à l'avenir, ou malheur à toi !
MIKOULA, s'inclinant jusqu'à terre.
Merci, mon bon seigneur. — Maître, j'oubliais,
LA ROUSSALRA 89
il y a un Tzigane dans la cour qui detnande à jouer avec sa troupe devant monsieur le comte et madame la comtesse. Faut-il le faire entrer?
FÉDRO
Un Tzigane ? Je ne veux pas de cette racaille de musiciens dans ma maison. Qu'il s'en aille tout de suite. Allons, va-t'en.
MIKOULA
Bien, monsieur le comte. { a part, en sen allant.) Ai-je
mal fait ? dl sene convulsivement sa bourse.) La barynC u'cU
saura rien. (Mystérieu.<ement.) L'âme du prochain, c'est la nuit noire... Dieu seul est bon.