‹ Le théatre de l'âmeChapitre 33 sur 77 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

CLARA. IKMA: vers la tin, MIKOULA IRMA

Bonjour, chérie.

CLARA

Ma bonne tante, quelle joie de te voir!... (Elle se jette à son cou.) Tu vieus rarement, mais quand tu viens, tu apportes la lumière et la force!

IRMA

Gomment vas-tu?

CLARA, fiévreuse.

Oh ! très bien.

IRMA

Tu dis cela du ton de quelqu'un qui va mal.

CLARA

Bien ou mal, qu'importe? Je suis d'accord avec moi-môme.

IRMA

Taal mieti.K; c'est l'essentiel, Moi, j'ai des

choses graves à te dire. Mais parle-moi d'abord de toi.

CLARA

Volontiers. (Eiies vont s'asseuir sur le sofa.) Laissc-moi te regarder d'abord. Tu fais une trouée d'azur dans mon ciel d'orage.

IRMA

Toujours la même : sans peur, sans frein...

... Et sans repos.

IRMA

Je n'ai pu assister à ton mariage, qui a stupéfié toute la société russe. Eh bien, es-tu heureuse avec Serge Fédro ?

CLARA

Je l'aime plus que jamais. Quant à être heureuse... c'est une autre affaire!...

IRMA

Alors il te fait soutTrir?

CLARA

Non pas lui, moi-même.

IRMA

Explique-loi !. .

CLARA

On prétend que les hommes peuvent aimer deux femmes en même temps. Mais as-ta jamais entendu dire qu'une femme ait aimé deux hommes à la fois? Je dis aimer de passion égale, jusqu'à en être déchirée en deux.

IRMA

Non, et cela me semble monstrueux.

Eh bien, je crois que je suis ce monstre... et que j'en deviendrai folle.

IRMA

Voilà du nouveau. Je t'écoute de toutes mes oreilles.

CLARA

La rencontre de Fédro fut dans ma vie un coup de foudre. En lui, je crus avoir trouvé la fin de mes fièvres, hi certitude du bonheur. Aussitôt se vérifia cette loi implacable de ma destinée, qui me défend de trouver le bonheur dans l'amour. A chaque douce balte, cette destinée me précipite en avant, dans le vide, comme un torrent aux vaj^ues rebroussées, qui tombe d'écueil en écueil. J'étais fiancée avec Fédro depuis trois jours, quand je rencontrai Zéno Stéphane,

IRMA

Le musicien hongrois, devenu célèbre, il y a peu de temps ?

CLARA

Lui-môme. Son violon avait fait vibrer dans mon être des cordes profondes que j'i^^norais. Sa présence me donna un sentiment d'une douceur infinie. C'était comme une fraternité d'àme très ancienne, une pitié de sœur, une mélancolie pleine de consolation et supérieure à la terre... Après une causerie d'une heure, qui passa comme une seconde et contenait un siècle de vie, il fallut nous séparer. Nous savions tous les deux que c'était un éternel adieu... Depuis ce jour, la malédiction d'un mystère est entrée dans ma vie.

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