‹ Le théatre de l'âmeChapitre 44 sur 77 · LES MÊMES. L'ARCHIDUC, MARTHE · texte numérisé non relu

LES MÊMES. L'ARCHIDUC, MARTHE

L'ARCHIDl'G. derrière la scène sur l'escalier ilu perron.

Maître Stéphane ! La symphonie ! La symphonie !

(Clara se lève épouvantée et considère d'un œil hagard Stéphane immobile, couché sur le sofa.)

LARCIIIDUC

nir.-irrive-t-il ? Vous ici. Clara Smirnova?

CLARA

Je vous on supplie, sauvez-le !

L'ARCHIDL'C se penche sur Stéphane et tàte son cœur.

Il est mort 1

(Clara selîondre avec un grand cri et tombe à genoux aux pieds de la chaise longue, le visage dans les mains.)

MARTHE, accourant.

Où est-il? Où est-il?

LARCIIIDUC. sur le ])erron.

Oui cherchez-vous ?

MARTHE

Stéphane. Josy m'a dit qu'il allait partir avec cette femme. Je veux la voir ! Je veux la voir!

L'ARCniDLC, essayant de l'arrêter.

N'entrez pas ici.

MARTHE lévite et sélance sur le devant de la scène. En apercevant le coriis immobile de Stéphane, elle recule de frayeur et se cramponne au bras de r.\rchiduc.

Il est évanoui?... (LArchlduc fait un signe de tète négatif et veut l'emmener. Elle comprend et se jette sur le corps de Stéphane avec un cri déchirant. A ce moment, la barque illuminée qui porte l'orchestre liasse devant le perron, la finale de la symphonie éclate en fanfare de triomphe.)

I/ARCIIIDUC s'avance sur le perron.

Silence ! Zéno Stéphane est mort !

(L'orchestre se tait.) MAUTIIE relève la tête et aperçoit Clara clans la même posture.

La Roussalka!... C'est elle qui l'a tué !...

L'ARCHIDUC

Ce n'est pas elle, c'est le destin. Devant cet immense malheur, soyez clémente, Marthe Stéphane; c'est l'heure du pardon.

Que Dieu lui pardonne... moi je ne lui pardonnerai jamais ! Tout est fini pour moi... Elle m"a tout pris, le vivant et le mort... Tout, jusqu'à

son dernier soupir ! (EIIc éclate en sanglots, puis se reprend.)

Et je ne crierais pas ma douleur vers Dieu, pour que la justice la frappe... la frappe du châtiment !

i.ARCHIDUC

Elle n'en peut rien, croyez-moi. Elle aimait comme vous. C'est une grande artiste et une grande âme. Ne l'accablez })as. — Clara Smirnova, n'avez-vous rien à répondre? N'entendez-vous pas?

CLARA sort lentement de son immobilité comme une statue qui s'animerait peu à peu. Elle se relève et jette autour d'elle un regard calme et sombre.

J'ai tout entendu. Œlle se tourne vers Marthe.) PaUVre

enfant, je pardonne à votre souffrance, car ni vous, ni personne ne comprendrez jamais la mienne. Nous l'avons ai nié toutes les deux d'un égal amour, et toutes les deux nous l'avons perdu. Nous ne nous verrons plus, sans doute, mais donnez-moi vos mains, et laissez-moi les baiser humblement en signe de pardon et d'adieu.

(Elle tend ses mains vers Marthe.)

MARTHE retire les siennes.

Jamais! Jamais vous ne toucherez mes mains avec ces lèvres qui lui ont donné la mort !

CLARA se redresse fièrement.

Non pas. Elles ont éveillé son génie... et maintenant je le possède éternellement!

MARTHE

11 m'appartient quand même !.. ia i Archiduc.) Altesse, excusez-moi, la douleur me rend folle. Et maintenant permettez que je fasse porter le corps de Zéno Stéphane dans ma maison et que je veille sur lui. C'est mon droit, n'est-ce pas?

L'ARCHIDUC

Oui, certes, Marthe Stéphane. Il est à vous; son œuvre est à tous. Je me charge de ses funérailles.

(H fait un signe du haut du perron, quatre Tyroliens amènent un brancard, y transportent le corps de Stéphane et le recouvrent d'une housse. Au moment où ils se mettent en marche, CLARA fait un mouvement pour suivre le brancard. ^LVRTHE se retourne et lui barre le chemin d'un geste impérieux, CLARA revient sur le devant de la scène, s'assied iirès de ta table et s'accoude, l'œil hagard, MARTHE suit le brancard et descend l'escalier.)

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