SCÈNE IV
KOXRAD, RL' PERILS KONR.\D
Le monstre, quel est-il?
RUPERTUS
Multiple en sa luxure, Ce monstre guette et rit dans toute la nature ; Et le serpent trompeur, aux replis tortueux. Saura mordre en secret ton cœur tumultueux.
KONRAD, montrant la verrière dans la chapelle.
Mon âme s'est trempée à ce feu sans mélange ; 11 porte un cœur d'acier, le chevalier de l'Ange.
RUPERTUS
Ah ! tu te crois un maître... et n'es qu'un apprenti. Vaincras-tu seulement ton désir d'aujourd'hui?
(Rupertus reprend sa lampe dargile et la tend vers le fond, à droite . Aussitôt la scène s"assombrit complètement. Les masses noires du château ont pris l'aspect de roches ténébreuses, au pied desquelles s'étend un petit lac entouré de sombres sapinières. La chapelle avec son clocheton est devenue un récif sinistre, au pied duquel la Nixe, visible à mi-corps, peigne ses cheveux en chantant au clair de la lune.)
LA MXE
Toi qui reviens de la croisade Ha 1 ha ! pourquoi chercher ta gente ? Ha ! ha ! ta belle n'est plus là.
Mais sous le lac, beau camarade.
Sous l'onde verte et transparente,
Un bras de fille, Un sein qui brille...
Veille à ton cœur ! .. . La Nixe est là ! Ha! ha!
KONR.\D éperdument fasciné.
La Nixe ! La Nixe !
(Il court vers l'aitparition. Mais aussitôt la Nixe. le lac, les rochers fantastiques, tout s'évanouit, et Konrad se retrouve dans la cour du château silencieux. Un ciel étoile brille sur \e.< erénaux des tours. La porte de la chapelle est toujours ouverte, mais tout y est sombre. Aucune verrière n'y brille.)
RUPERTUS
Désir fugace d'aujourd'hui, Tu vois, la Nixe t'a séduit.
Ah! que serait-ce donc si tu voyais la Sphinge?
KONRAD
La Sphinge?
RUPERTU.s
Oui, la Sphinge, monstre parmi les femmes,
La magicienne mortelle aux àmcs.
Que tu dois vaincre, la Démonne, Si l'Ange sur ton front rayonne.
KONRAD, découragé.
Alors je suis perdu.
RUPERTTS lui tend un anneau.
Non pas, prends cet anneau.
Il sera ton égide et sera ton flambeau.
Douce larme et rayon de l'Ange qui s'attriste, Luira sur ton sentier sa pierre d'améthyste.
KONRAD prend Tanneau.
Mais oîi faut-il aller?
RUPERTUS
Au château des Sept-Vents, Ruine ensevelie aux feuillages mouvants.
Et tu céle'breras, dans ses sombres murailles Comme un rite divin tes grandi'S fiançailles.
KONRAD
J'irai.
RUPERTI'S l'embrasse au front.
Mon fils, adieu.
iRupertus monte l'escaliei' jusqu'à la porte de sa tour avec sa lampe allumée. Là il se retourne vers Kunrad qui d'en bas le suit du regard.)
RUPERTUS
Tu rencontras le Maître, \u Ange ai le Frère d'artnes. Or donc tu dois renaître Avec ta foi vivante, armé de ton (lambeau. Tu ne me verras plus...
KONR.\D, les bras tendus vers lui.
Maître !...
RUPERTUS
Garde l'anneau.
(Il entre sous la porte et disparait.) RIDEAU