‹ Le théatre de l'âmeChapitre 53 sur 77 · BALLET · texte numérisé non relu

BALLET

Grande salle festonnée de verdure et de fleurs. Derrière les arcades, soutenues par d'élégantes colonnes géminées, des couples se promènent dans une galerie transversale. Au fond, une porte à plein-cintre ouvre sur une terrasse et sur le Rhin. A gauclie, se dresse une estrade avec une table couverte de hanaps et de verres de bohème. Le comte Valalin est assis à la table avec quelques seigneurs et suit il'un œil complaisant les évolutions de la danse. Sur les marches de l'estrade, s'agite et folâtre le fou du Comte, le Nain Kuiiz, en habit bariolé, coilie d'un bonne à clocliettes et armé d'une marotte, dont il donne des coups en éclatant de rire sur le rebord de la table et sur les jambes des danseurs. — .V droite, un grand rideau cache l'entrée d'un boudoir, qui donne obliquement sur la scène.

CHŒUR DKS DAMOISEAUX ET DES DAMOISELLES chaiiti' pendant la danse.

Couples, dansez la pastourelle!

Nouez les bras,

Croisez les pas, Les jouvenceaux, les jouvencelles

Mêlez vos ileui's

Et vos couleurs.

Beaux cavaliers, changez vos belles;

Mais sous le dard

D'un long regard Bientôt va jaillir Fétincelle.

Festons tressés,

Cœurs enlacés.

Tout amoureux trouve sa belle.

Couples, dansez la pastourelle !

Nouez les bras,

Croisez les pas,

Joie et liesse

A la jeunesse !

Ah î ah ! ah ! ah !

(Konrad apparaît sous Il's arcades du fund pt s'arrête pensif.) CHŒUR DES DAMOISKLIJ-:S

D'où vient-il ce beau ténébreux, Avec sa mine de chartreux?

Beau sire à la triste figure.

Ce qu'il vous faut, c'est la tonsure!

CIKEUK DES DAMOISEAUX

Il frôle avec un grand soupir Les festons lleuris du plaisir...

Un crêpe noir couvre son âme, Qui donc en déliera la trame?...

(Konr.ul s'avance jusciu'aii milieu de la salle. Les couples, s'enlaçant et se délaçant en ^uii landes serpentines, forment la ronde autour de lui et chantent en ctiœur.i

Couples, dansez la pastourelle !

(Etc.... etc.. ad libitwn)

Nouez les bras, Croisez les pas.

Tout amoureux trouve sa belle.

Joie et liesse A la jeunesse Ah ! ah ! ah ! ah !

LE COMTE PATvATIN s'adresse à Konrad du haut de l'estrade.

Beau compagnon de fête et d'aventure. C'est donc vrai, Konrad, tu tiens ta gageure? Sans regret ni remords, tu veux me contrister ? A peine chevalier, lu pars pour la croisade, Est-il gai de croupir dans une barricade,

Quand ici l'on peut banqueter ?...

Quel noir chagrin t'a rendu si maussade? Konrad, pourquoi donc veux-tu nous quitter?

KONRAD

Un vœu d'enfance, un rêve de jeunesse, Cher maître et seigneur, me dicte l'adieu. Une voix du cœur me trouble et me presse, Et la voix du cœur est la voix de Dieu.

Page 1