‹ Le théatre de l'âmeChapitre 74 sur 77 · KONRAD. WILFRIED · texte numérisé non relu

KONRAD. WILFRIED

\VILFRIED. entrant

Qu'as-tu fait, malheureux?

KONRAD. sans détacher les yeux du cadavre de Gertrude.

C'est la Sphinge, vois-tu, c'est la terrible femme, Qui barrait mon chemin et dévorait mon àme. Je l'ai tuée... Et maintenant... son rouge sang Eclabousse mes yeux et flétrit l'impuissant.

Ah! vivante elle fut le monstre qui possède. Je l'ai tuée!... Et morte encore elle m'obsède, Elle glace à jamais mon cœur et mon cerveau.

(Il s'approche du cadavi'C et recule épouvanté.)

N'as-tu pas vu son doigt se crisper sur l'anneau? L'anneau qu'elle a volé je n'ose le reprendre, De peur de voir sa main à ma main se suspendre. Ce cadavre livide étendu devant moi Me nargue en retenant le signe de ma foi. Voilà donc mon enfer!...

wiLFRn^;D C'est la fin de l'épreuve.

(Il étend son épée sur le cadavre.)

Qu'à travers cette horreur la Vérité t'abreuve.

(Montrant Gertrude,)

Elle fut ta faiblesse et ton péché trop cher.

Tes plus mauvais désirs palpitaient dans sa chair ;

Ton regard a su voir la Sphinge dans la Femme,

Mais ta main n'a pas su l'arracher de ton àme.

Il fallait que le monstre en se ruant sur toi

Te dérobât l'anneau, l'Etoile de ta Foi,

Pour secouer ton âme en sa (ierté première.

Alors tu l'as tuée... et ce coup te libère

A jamais... Mais le sang versé te souille aussi

Je viens pour le laver...

(Il détache l'anneau de la main de la morte.)

Ton anneau, le voici !

KONRAD, recule effravé.

Je nose le toucher... Le souffle de riiifàme

D'un voile A^énéneux enveloppe mon àme,

Et le sang' de luSphinge élreint mon cœur vaillant.

WILFHIEL) lui prend li' bras.

Un Fort peut soutenir un ami défaillant.

Ecoute un frère d'ànie, écoute un frère d'armes!

Je bannis de ton cœur tous les sinistres charmes.

Le maître qui t'aima me prête ses vertus

A l'heure oii je te rends l'anneau de Rupertus.

Pour te puriher.

(Il louche la tête et le cœur de Konrad de la pointe de son épée.)

Je romps le maléfice De la Sphinge en ton cœur. Se dissipe et périsse Le multiple réseau de ses enchantements. Et qu'elle-même rentre au sein des éléments.

(U jette son manteau sur le cadavre de Gertrude de façon à le dérober à la vue.)

Or, que ton àme enfin, libre de tout fantôme Monte d'un fier essor à son propre royaume, Où s'engendrent au sein de l'éther radieux Les éclairs fulgurants des combats glorieux!

KOMIAI). luend lanneaii. le met à son doi^rt et regarde l'aniétliyste.

Bien pâle est le rayon qui sort de mon Etoile... A quoi me sert l'anneau, si mon Ange se voile?

(On entend la trompette du guetteur.)

248 LE TIJÉÀTRE DK L ÂME

WILFRIED

L'heure du rêve a fui. Konrad, il faut agir! Du cœur de l'Action ton Ange va surgir.

(Les douze Templiers qui sont montés par derrière sur la terrasse, la couronnent de leur groupe En même temps, les vassaux armés de lances, entrés par une petite porte du fond, se rangent à gauche.

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