POTEL. ISMAEL
BûSMAN.
Ballet.
Danseurs :
MM. Poigny. MM. Ph. Hanssen.
DUCHAMP. DERIDDER.
Danseuses :
Mmes Fioretta-Brambilla. jy^mes Magliani.
RlCCI-PoiGNY. PASTORE.
Un aimable trio de chanteuses nouvelles : Mlles Hamann, Potel et Beringier.
La première est une belle personne, à la taille majestueuse, avec des bras de statue et un port de reine. Lorsque nous aurons ajouté que tous ces charmes se trouvaient réunis chez une cantatrice habile, douée d'une jolie voix, nous aurons constaté l'accueil que reçut Mlle Hamann auprès du public délicat devant lequel elle se présentait.
MUe Potel, à qui la fortune ne voulut pas sourire à Bruxelles, est une chanteuse de talent, qui a fait les beaux jours des grandes villes françaises. Elle est la fille d'un ancien pensionnaire de l'Opéra- Comique. Dans ces dernières années, elle avait épousé l'imprésario Bernard, mort subitement au moment où il composait une troupe pour Marseille, où sa succession fut recueillie par Stoumon et Calabresi.
Quant à M"e Beringier, elle venait d'obtenir un premier prix au Conservatoire de Paris. La direction comptait beaucoup sur elle, mais la jeune artiste n'était pas faite, semble-t-il, pour la vie fiévreuse du théâtre; elle lui préféra l'existence calme du foyer et épousa l'un de ses camarades de classe, M. Gos, qui abandonna la musique pour l'agriculture. Aujourd'hui, ils vivent tous deux dans leurs terres, aux environs de Toulon, et ne se font entendre que dans les concerts de bienfaisance, se souvenant à propos de leurs talents pour les mettre au service de la charité.
N'oublions pas M"c Verheyden, qui faisait des débuts timides en qualité de seconde dugazon, et qui partit ensuite pour la province, élevée tout d'un coup au rang de première chanteuse*
6o8 Le Théâtre de la ^Monnaie. — 1884-85.
Le successeur de Massait, Verhees, était, dit-on, boucher à Boom. Il se découvrit un fort joli filet... de voix, et embrassa la carrière lyrique, où il réussit pleinement.
Le cahier des charges est modifié ; il contient quelques innovations intéressantes. La première et la plus importante réforme concerne l'orchestre. Désormais toute place devenue vacante sera l'objet d'un concours; la Ville impose le nombre minimum des musiciens et le chiffre de leurs appointements. La deuxième a trait à la concession même de la salle ; le Collège se réserve la faculté d'en disposer quatre fois par an, à des conditions qu'il fixera, en faveur de la Société des Concerts ou de toute autre entreprise similaire.
Le 3 septembre, on installe le téléphone qui relie le Théâtre au Palais de Laeken et au Chalet Royal d'Ostende.
La soirée du lundi 8 septembre devait enfin doter la Monnaie de 1 oiseau bleu tant rêvé, une chanteuse légère d'opéra comique. On jouait les Diamants de la Couronne. Hélas! Mlle Potel était malade, et elle ne put aller au-delà du premier acte. On rendit l'argent. La malheureuse artiste résilia son engagement.
Cette même détermination fut prise aussi par Mllc Béringier qui avait paru dans Manon, Mme Vaillant- Couturier retourne alors à Bruxelles, effectue sa rentrée dans son rôle favori, Mireille, puis joue délicieusement l'ouvrage de Massenet.
Après Sigurd, on reprend le Barbier de Séville (22 septembre). Les élections, qui avaient eu lieu dans la journée, étaient favorables aux catholiques, et la foule se portait devant les bureaux du journal le Patriote, situés rue Léopold, derrière le Théâtre, où se produisit une manifestation des plus bruyantes. Au deuxième acte, à 1 entrée de Bazile (Gresse) , une véritable tempête se déchaîne dans la salle : on crie, on hurle, on siffle. Le brave Gresse était, fort heureusement, d'un naturel assez calme : il ne se démonte pas: sa voix puissante parvient à dominer le tumulte, et il chante l'air de la Calomnie, applaudi comme à l'ordinaire. Mais, toute la soirée, on entendit pendant les dialogues la rumeur qui venait de la rue Léopold.
Le 11 décembre, on donnait le Pré-aux^Clercs. Au deuxième acte, Isabelle (Mme Vaillant-Couturier) doit entrer par le fond, appuyée sur la reine (M1,e Hamann), au moment où Cantarelli (Guérin) dit à Comminge (Soulacroix), qui remonte pour lui tendre la main : « Voici Isabelle qui s'avance. » Or, Mme Vaillant-Couturier était en retard en quittant le foyer, elle entre en scène par la première issue qui se présente à elle, et Isabelle paraît juste dans le
dos de Comminge et de Cantarelli ! Même aventure arriva, en 1887, dans Haydée, à Engel et Gandubert.
Le 1 5 décembre, « première » de le Trésor, opéra comique en un acte, de Coppée, musique de Ch. Lefèvre.
C'est dans le cours de cette campagne que Gevaert fut nommé inspecteur du Théâtre Royal de la Monnaie, fonctions qu'il devait ne conserver que jusqu'en 1889, au moment du départ de Dupont et Lapissida.
Esprit supérieur, lettré délicat, musicien érudit, conteur plein d'humour et d'esprit, Gevaert occupe la première place parmi les musiciens belges contemporains. Depuis qu'il a pris la direction du Conservatoire de Bruxelles (187 1 ) et qu'il a reçu le titre de Maître de Chapelle du Roi des Belges, il jouit d'une autorité incontestée, qu'il doit autant à sa haute situation qu'à ses rares mérites, à sa science musicale et à son érudition. Après une brillante carrière de compositeur dramatique que vingt succès retentissants ont consacrée, il s'est livré plus particulièrement aux travaux littéraires et d'érudition. Son grand ouvrage sur l'Histoire et la Théorie de la Musique de l Antiquité, l'a définitivement établi parmi les écrivains de premier ordre. Au Conservatoire même, il a relevé le niveau en instituant des classes de chant d'ensemble, d'orchestre, de perfectionnement pour le piano et le violon ; à leur tête il a su placer des maîtres éminents. Il a renouvelé complètement le répertoire des concerts, et fait connaître au public les grandes partitions de Bach, de Haendel, de Gluck, de Beethoven, de Mozart, de Palestrina, etc., qu'on ignorait presque en Belgique. En un mot, dans toutes les branches de l'art musical son influence s'est exercée de la façon la plus heureuse.
Il est aisé de comprendre quel appui, quelle force, quelle lumière peut apporter un tel maître dans le mouvement artistique de l'Opéra de Bruxelles.
Stoumon et Calabresi ayant annoncé leur retraite pour la fin de Tannée courante, qui amène l'expiration de leur contrat, six compétiteurs sont en présence :
MM. ËeRnard, ex-directeur du Grand-Théâtre de Marseille ; — Campocasso, ex-directeur du Théâtre de la Monnaie ; — Verdhurdt, professeur de chant à Bruxelles ; — Warot, exartiste du Théâtre de la Monnaie ; — Alhaiza, artiste dramatique ; — Lenoir, ex-artiste lyrique.
Le Conseil Communal donna ses préférences à Verdhurdt.
6io Le Théâtre de la [Monnaie. — 1884-85.
Né à Namur, Verdhurdt-Fétîs avait chanté les barytons sur diverses scènes françaises; il s'était retiré depuis peu à Bruxelles, où il jouissait d'une certaine notoriété, et avait publié plusieurs ouvrages sur la musique.
M. Reyer avait promis au Théâtre de la Monnaie une œuvre nouvelle : Salammbô. Les journaux annoncèrent que, par suite du départ de Stoumon et Calabresi, il retirait sa parole, et portait son ouvrage à l'Opéra de Paris.
Pour leurs étrennes, les directeurs s'offrirent une éclatante reprise d'Obéron, qui fournit de superbes recettes et fut bientôt suivie de la Muette de Portici, qui, cette fois, ne produisit ni révolution, ni... argent.
Enregistrons, après le retour de Mme Albani, le chaleureux accueil fait à la Tsigane, ballet de l'infatigable Stoumon, aux Scènes des Horaces de Saint-Saëns, et au ravissant opéra comique dePoise : Joli Gilles, qui fut l'occasion d'un succès pour Soulacroix et Mlle Legault dans les figurines de Gilles et Violette, et arrivons enfin à l'événement important de la saison : la « première » des Maîtres Chanteurs.
C'était une grande bataille artistique, une date dans l'histoire, un combat qui rappelait ceux d Armide et d'Alceste!
Victor Wilder avait accompli son rude et admirable travail de traduction, pour Bruxelles, qui voyait créer, en français, la « comédie musicale » du maître de Bayreuth.
La victoire fut éclatante. On s'était disputé les places à prix d'or; plus d'un parterre avait été payé quarante francs, tandis que les fauteuils d'orchestre atteignaient le double de cette somme. La salle était magnifique : S. M. la Reine et S. A. R. la Comtesse de Flandre occupaient les baignoires d'avant-scène. Le Tout-Bruxelles des grandes « premières » et aussi le Tout-Paris des arts, étaient là. La soirée ne fut qu'un long triomphe pour Wagner, pour ses interprètes, pour le maestro Dupont et pour les directeurs, dont ce coup d'audace signalait la retraite.
Stoumon et Calabresi semblaient vouloir augmenter encore les regrets que laissait leur départ, et marquer ainsi la dernière période d'une administration qui fut exceptionnellement brillante, et dont les résultats avaient été jusque-là uniques dans les annales du Théâtre de la Monnaie.
Avec eux, s'en allaient les premiers artistes de la troupe : Gresse, Mmcs Caron et Bosman étaient engagés à l'Opéra; Mlle Deschamps et Soulacroix, à l'Opéra-Comique.
Premières Représentations.
1884. 15 décembre — Le Trésor, opéra comique en 1 acte, de Coppée, musique de Charles Lefèvre. (Delaquerrière, Soulacroix, MIle Legault.)
1885. 7 février. — Joli Gilles, opéra comique en 2 actes, musique de Poise. (Soulacroix, Delaquerrière, Guérin, Chappuis, Schmidt, Mmes Legault, Verheyden, Ismaël.)
7 mars. — Les Maîtres chanteurs de Nuremberg, opéra en 3 actes, de R. Wagner. (Joué à la Monnaie pour la première fois en français.) Traduction française de V. Wilder.
Eva Mmes Caron.
Madeleine Deschamps.
Walter de Sîoltzing . . . MM. Jourdain.
Hans-Sachs Seguin.
David Delaquerrière.
Beckmesser Soulacroix.
Pogner Durât.
Kothner Renaud.
20 avril. — Scènes des Horaces, de Corneille, opéra, musique de Saint- Saëns. (Mme Caron, Seguin.)
Ballet.
1885. 27 mars. — La Tzigane, ballet inédit en 1 acte, de E. Cattier, réglé par Poigny, musique de Stoumon. Créé à Bruxelles.
Cadeaux offerts par S. M. la Reine aux artistes de la Monnaie.
Gresse, une bague avec trois brillants.
Jourdain, une bague ornée d'émeraudes aux couleurs nationales françaises.
Mme Caron, un bracelet en brillants.
Chappuis, une perle montée en épingle.
Calabresi et Stoumon, un objet d'art en bronze.
Les Huguenots.
Si fêtais Roi.
Faust.
Les Diamants de la Couronne.
Les Dragons de Villars.
Guillaume Tell.
Carmen,
Le Barbier de Séville.
Sigurd.
Le Chalet.
Joconde.
La Dame Blanche.
La Favorite.
Le Bouffe et le Tailleur.
Mèp h is top hé lès .
La Juive.
Manon.
Galathée.
L'Eclair,
Mireille.
La Poupée de Nuremberg.
Norma.
Le Prè-anx-Clercs.
La Muette de Portici.
Obèron.
Robert le Diable.
L'Etoile du Nord.
La Traviata.
Coppelia.
Artistes en Représentations.
1885. 28 avril. — Mlle Albani
18, 20, 2r, 22, 23 et 24 juillet. — Les artistes de la Comédie Française et de la Porte-Saint-Martin. Théodora, drame en 5 actes de V. Sardou, musique de Massenet. (Marais, Ph. Garnier, Volny, Faille, Paul Reney, Angelo, Léon Noël, etc., Mmes Sarah Bernhardt, Marie Laurent, Marie Durand, etc.)
Recettes et Dépenses.
Recettes. Abonnement .... fr. 103,201 16
Locations et bureaux. . . 534,566 »
Subsides 219,000 »
Représentations diverses . 45,000 »
Bals 37,282 »
Divers 11,896 81
Total . . . fr. 950,945 97
Dépenses 894,708 60
Bénéfice fr. 56,237 37
Appointements mensuels.
Ténors : Jourdain, 5,000 francs; Verhees, 3,500 fr.;
Rodier, 4,000 francs ; Delaquerrière 1,800 francs;
Voulet, 400 francs ; Disy, 250 francs ; Guérin,
600 francs.
Barytons . Seguin, 3,500 francs; Soulacroix,
2,200 francs ; Renaud, 500 francs.
Basses : Gresse, 2,500 francs; Durât, 1,000 francs;
Schmidt, 700 francs; Frankin, 375 francs; Chap-
puis, 550 francs.
Chanteuses : Mmïs Caron, 3,000 francs; Hamman,
2,300 francs ; Deschamps, 1,500 francs; Bosman,
1,700 francs; Legault, 1,350 francs ; Verheyden,
500 francs ; Ismaël, 500 francs ; Foulon, 250 francs ;
Vaillant, 3,500 francs.
Danseurs : Poigny, 575 francs ; Duchamps, 325 fr.
Danseuses : Mmes Lamy, 1,000 francs; Ricci, 700 francs; Magliani, 450 francs; Pastora, 500 francs.
Total par mois, 45,025 francs.
Direction de M. Verdhurt.
1885. Du 26 juin au 2 juillet. — 9 représentations de Mrae Sarah-Bernhardt Théodora, drame de Victorien Sardou.
Représentations Extraordinaires.
1884. 25 octobre. — Premier concert de l'Association des Artistes musiciens.
28 ocobre. — Grande Harmonie. Guillaume Tell. 15 novembre. — Deuxième concert de l'Association
des Artistes musiciens.
21 novembre. — Représentation donnée par le
Conseil communal pour le 5ome anniversaire de la
fondation de l'Université libre.
24 novembre — Bénéfice du denier des instituteurs et institutrices révoqués. Les Huguenots.
25 novembre — Grande Harmonie. Mireille.
13 décembre. — Troisième concert de l'Association des Artistes musiciens.
20 décembre. Grande Harmonie. Manon.
1885. 20 janvier. — Grande Harmonie. La Juive. 24 janvier — Société des Marçunvins. Bénéfice du
denier des instituteurs et institutrices révoqués. La Juive.
14 février — Quatrième concert de l'Association des Artistes musiciens.
26 février. — Bénéfice de Cloetens, contrôleur en chef. La Juive. (Recettes, fr. 6.1 18-50.)
28 février. — Specîacle gala, en présence de LL MM. le Roi et la Reine et de LL. AA. RR. le Comte et la Comtesse de Flandre, offerte par la Société royale de la Grande Harmonie. Sigurd.
14 mars. — Bénéfice de la Tombola nationale cléricale pour soulager les ouvriers sans travail. Les Huguenots.
26 mars. — Spectacle gala en l'honneur de S. A. R. le Prince de Galles et le Prince Albert, son fils. Obèron.
24 mars. — Grande Harmonie. Obéron.
8 avril. — Spectacle gala offert par le Conseil Com-
munal, à l'occasion du 50"" anniversaire de la naissance du Roi. En présence de LL. MM. le Roi et la Reine, du Prince Rodolphe et de la Princesse Stéphanie, du Prince et de la Princesse Philippe de Saxe-Cobourg-Gotha, du Sénat, du Bourgmestre, etc.
9 avril. — Spectacle gala. Sigurd. (Recettes, 7,500 francs.)
20 avril. — Bénéfice de Lapissida. Obéron. (Recettes, fr. 6,108-50 )
MM. VERDHURDT, directeur.
A. Waechter, administrateur J. Copette, secrétaire de la direction.
Bullens, chef de la comptabilité.
Lapissida, régisseur général. Flon, chef des chœurs.
Herbaut, régisseur des chœurs.
Perrot, régisseur-avertisseur.
Lombaerts, machiniste en chef.
Lynen,
Devis,
peintres-décorateurs.
Vingt machinistes.
Orchestre.
MM. Joseph Dupont, \