PREFACE. XI
je n'ai pas voulu dire qu'il n'existât rien sur l'histoire de ce théâtre. Tous ceux, en effet, qui s'intéressent à ces questions, connaissent le bel ouvrage que le regretté Frédéric Faber publiait il y a quelque quinze ans sous le titre d'Histoire du théâtre français en Belgique, ouvrage si fertile en pièces originales et en documents jusqu'alors ignorés. Faber avait luimême puisé, dès lors, dans une publication précédente, le Panthéon musical, de M. Edouard Gregoir, où il avait trouvé, au tome VI, un chapitre fort important sur l'Opéra de Bruxelles, auquel je crois bien que mon vieil ami M. Félix Delhasse n'était pas complètement étranger, et qui, lui aussi, abondait en révélations curieuses. Mais quoi? on n'invente pas les documents, cela est certain. En se servant de ceux-ci, ce qu'il ne pouvait ne pas faire, M. Isnardon n'a pas laissé que d'en découvrir d'autres, fort nombreux, et il a eu l'habileté de savoir les employer, et il a su enfin construire avec eux un livre solide et brillant, attrayant et instructif, et, qui plus est, un livre neuf, que personne avant lui n'avait osé entreprendre et qu'il a la gloire d avoir mené à bien.
Tracer cette histoire d'un théâtre justement célèbre comme celui de la Monnaie, la reconstituer jour à jour, mois par mois, année par année, n'eût été certainement chose facile pour personne. Mais je me demande comment l'auteur a pu trouver le temps et la patience de l'exécuter. Est-ce donc que, tenant à ce théâtre un emploi si important que celui des basses chantantes, il courait aux archives ou à la Bibliothèque royale, ou dans le cabinet d'un collectionneur émérite au sortir d'une répétition, pour dépister, déterrer et découvrir les pièces si curieuses qu'on rencontre en foule dans ce volume, affiches, portraits, programmes, répertoires de toutes sortes? Est-ce donc que le soir, venant de jouer les Contes d' Hoffmann ou le Médecin malgré lui, au lieu de prendre en rentrant au logis un repos bien mérité, il passait les nuits à sa table de travail, mettant en ordre ses paperasses, les choisissant, les dépeçant, les classant, les piquant à la place qu'elles devaient occuper, procédant à la rédaction de son récit et se disant : — « Vous chantiez, j'en suis fort aise, eh bien ! écrivez