‹ Le théâtre de la MonnaieChapitre 9 sur 149 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

maintenant »? Où trouvait-il, ce chanteur que la scène réclamait toujours, le loisir nécessaire pour se livrer à son œuvre d'érudit et de lettré? Faut-il donc croire que pendant son séjour relativement court à Bruxelles, il s'est dispensé complètement de manger, de boire et de dormir? Ceci est invraisemblable. Et pourtant, comment expliquer cette étonnante activité, cette double et continuelle tension desprit, ce travail tout ensemble divers et incessant? Ma foi, j'y renonce.

Une remarque à faire à l'avantage de M. Isnardon écrivain; c'est que tout en faisant un livre d'un caractère sérieux quant au fond, il ne s'est pas cru, quant à la forme, autorisé à prendre la plume d'un pédant pour écraser le lecteur sous le poids d'une érudition aussi profonde qu'insupportable. Son sujet comportant de la variété, il en a su tirer profit et, se souvenant du précepte d'Horace, il a joint habilement l'agréable à l'utile. Il a donc agrémenté son récit de digressions aimables, d'anecdotes piquantes, par lesquelles il a rendu facile la lecture d'un ouvrage qui, en d'autres mains, eût pu devenir aisément lourd, compassé et, tranchons le mot, ennuyeux. Sa plume alerte et vive s'est même exercée d'une façon toute particulière, avec finesse, avec légèreté, dans la gracieuse série de portraits qu'il a, d'une main courante, tracés de tous les artistes, ses camarades, qui faisaient en même temps que lui partie de la troupe de la Monnaie. Par une modestie dont on pourrait le blâmer s'il ne fallait l'en louer, dans cette galerie très curieuse il n'a oublié que lui-même. Comblerai- je cette lacune et tenterai-je d'esquisser le profil de cet artiste si bien doué, qui, ne se bornant pas à être le chanteur et le comédien expert que Ton sait, s'avise aujourd'hui de manier la plume comme un écrivain de profession, se jugeant apte à toutes choses et briguant toutes les couronnes? Je ne m'en sens pas le talent. Et d'ailleurs, à quoi bon? S'il n'a pas voulu lui-même reproduire sa physionomie, comme il l'a fait pour tous les compagnons qu'il avait trouvés à la Monnaie, son éditeur a eu la bonne idée de placer son portrait en tète de ce volume, où tous ceux qui l'ont vu le pourront facilement reconnaître. C'est bien lui en effet, avec son front large et développé, son œil vif et brillant, son regard

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