CRA^^DOR
« Vous êtes mal vêtu, mon ami Furtifin;
« Vous avez, entre nous soit dit, l'air d un coquin.
FURTIFIN..
« D'un jacobin au plus.
(1) Représentée le 25 reotôso an m (lo mars 1795) au théâtre de la rne tfarlin, à-devant Molière.
4lj LE THÉATBB DE LÀ REVOLUTION.
CRiSSlOOK.
■■ C'est égal. A la mine
< Oii peut juger les gens, La tienne esl jacobine ; " Et je ne voulais pus, m'arrOlant nvec loi,
■ Mon ami, donner lieu de mal penser tle mol,
" Je crains les indiscrets, que quelqu'un ne me nomme.
' Je lus jacobin, niui, mais je lais l'honnÈte homme.
FUMTLFIS.
• C'est te masquer au mieux, mais apprends-moi comœtful
• Tu pus te procurer pour vivre de Targenl.
CRASSIOOR.
< J'étais dn comitii révolutionnaire ;
• Et mes a ppo Interne il Is.... Je ne dépensais guère.
FURTIFIN.
• Et puis lecuâuel...
CHASSmOR,
• Que venx-tu, mon ami î
• Ses places qu'on occupe il faut tirer parti. >
(il l'invile d louper, aprét lui avoir fait l'aumône devant TMtêlier.)
L'honn&te citoyen Blinville vient Ironver et assister dans le mâme hûtel le malheureux Déricour dont le père est monld a l'ëchafaud, et que le pauvre enfant aurait suivi i la mort, s'il avait en seize ans accomplis.
OBllICOUR.
' Ab I de ce ]onr d'horreur, de mort et de carosge
• Je vois, je vois toujours la dégoûtante image:
■ D'ignobles assassins eu juges transformés, - Ivres de vin, de sang, de fureurs animés,
■ En masse agglomérant la vieillesse et l'enfance, . La beauié, la vertu, le luxe et l'indigence,
■■ Et riiaWiant du Nord complice prévenu
■ De celui du Midi qu'il n'avait jamais vu...
■ Sans peur, sans indice, aussi bien que sans forme. Couronnant k la fois cet amalgame énorme
■ Et d'an rire ironique ou d'un propos léger,
• Insultant aux proscrits qu'ils allaient égorger t... >
(Il sort avec BHnville.)
Arrive le muscadin Forlis, qai, échappé de prisoa, vient demander asile à l'hôtelier.
l'hotelter.
Eh I qu'aviez-vous donc fait ?
FORLIS.
Oh ! plus d'an attentat.
> Un jour j'ai ri, dit-on, en parlant de Marat. « Un jour du comité révolutionnaire « Je ne saluai pas, dit-on, le secrétaire. « Je mettais de Ja poudre et mon linge était fln,
• Kt mon écrou porta que j*étais muscadin.
• On sait qu'il n'en fallait alors pas davantage
« Pour aller en charrette ou pour le moins en cage... < Gela n'allait pas et j'ai vu le moment
• Que j'avais conspiré, moi centième, en dormant. »
Un tailleur, ruiné par les Jacobins ses pratiques, vient également raconter sa misère à l'hôtelier compatissant.
le TAILLEUR.
« A ces gens-là jamais vous n'eûtes donc affaire ?
l'hotelier.
« Jamais.
LE TAILLEUR
< Je le vois bien. Figurez-vous des gens Au ton roide, à l'air dur, bien ûers, bien arrogans, Aux cheveux noirs et gras, aux moustaches postiches, Vrais chenapans frisés comme des chiens caniches. Je les eusse éconduits volontiers... J'avais peur. Ils avaient au logis amené la Terreur.
Comme partout. Un jour, un Jacobin, un diable, Un monstre, c'est tout ujfi... parut tant effroyable Que mon chien ne rentra que quand il fat sorti. Que mon chat de frayeur miaula sous rétabli. Et que craignant l'aspect de l'animal farouche. Ma pauvre femme, hélas ! fit une fausse couche. Ils ne se gênaient pas : pour eux tout était bon. Ils oubliaient toujours de payer la façon Voire l'étoffe avec. J'en fus pour mes pistoles Et pour mes pantalons et pour mes carmagnoles î... »
tll I.E THâATHE DE LA HéVOLUTlO».
Enfin le souper. des iacobias commence. Il ëiincelle.de it plaisanls :
CHASSlflOH.
• Que je suis enchanté de nous revoir ensemble !
■ Béai soit le momenl, le lieu qui nous rassemblel
• Mais il nous manque encor i'auii Publicola.
cRAsaiooH.
• Ne comple pas sur lui I
SOLON
" Frère, pourquoi cela î
CftASSTQon.
■ Il ne pont pas venir.
SOLOîf.
■ G'ust-à-riire, il refuse.
cuASsmoH.
• Non pas. Il est certain qu'il a plus d'uno excusa.
■ Légitimes sans doute?
" A n'y rien coalesler.
• Et je crois, sauf avis, qu'on peut s'en contenter.
■ La première est qu'on vient en grande compagnie
■ De l'envoyer ce soir souper h l'Abbaye.
- Des antres tu te peux dispenser en ce c:
SOLON
• Et le peut Platon 1
' Nous ne le verrons pas.
ABISTIDE.
• Avec Pabllcola peut-^tre II soupe en ville f
• Non. Il n'a pas encor quiué son domicile,
• Mais un mal d'avejiture, attrapé l'autre nuit
" Dans un gronpe brutal, le relient dans son lit.
• Il se sentit Ater lestement la parole
Et son excuse, amis, se lit sur son épaule.
PORTRAITS ET TYPEd. 415
SOLON
< Un petit mal de reins t
GRASSIOOR.
« Précisément.
SOLON
< Je sais « Ce que c'est ; nos amis y sont assez sajets.
(Ils mangent et ils boivent.)
CRASSJDOR.
« Ce repas est joli, mais il n'approche guères
« De ceux que nous faisions dans nos destins prospères^
« Dans ces temps fortunés de persécutions,
« De terreur générale et d'arrestations.
• Ce que Ton n'avait pas se prenait chez les autres.
« Méot UQ rôtissait que pour nous et les nôtres.
« On ne regardait pas par tête à cent écus.
< C'étaient là nos beaux jours : ils ne reviendront plus. « Uélas t (Il boit,)
SOLON
« Hélas 1 (Il boit.)
ARISTIDE
« Hélas ! {Il boit,)
FURTIFIN.
< Mais ayons dans la vie, « Comme dit Crassidor, de la philosophie.
(Ils trinquent ensemble, puis ils se reprochent mutuellement
d'avoir fait avorter la Révolution,)
FURTIFIN.
< La Révolution trop lentement marchait...
• Vous fûtes, l'un et l'autre, au temps de Robespierre, « Jurés du tribunal révolutionnaire,
< Tribunal d Veau de rose et jurés anodins !
(Il boit.) ARISTIDE (furieux), « II est fort, celui-là t
FURTIFIN.
« Qui, vous, des Jacobins î • « Des poltrons modérés, mannequins ridicules, « Pétris de préjugés et bêtes à scrupules.
LB THétTEE DE LA nivOLtTION-
■ Moi, je n'en eus jamais pour de certaines gens,
■ Je vûQtais tons les jours qu'on en jugeilt six cents.
> Le bel exploit, six cents l II eu fallait six mille. • L'hamanité, vols-tu.
• Bon. Qael diable de slylet
• I'' manitéf Qui,toiî parler d'ijumanité î
. c f.j>mm<. ai MnnifWn narlait dfl problld I... . Ce mut. mon tu"'- três-mal à ta boucDs.
• Tei lobesplerre et Cartouche I
Ils valei
3 tiei
ne c'est saint Marat.
On te ■' ^.
ilu'
r l'assassinat.
loort 1
ras
le bon apûtrel...
Tn m^ ,„^x. ,
ns nous valons l'un l'antre.
1 Que peuvent les cor!
eprocher aux vantoars f...
1 Tranchez, tranchez t
lï il'inaliles discours 1
ss'éQaieni it foi
i( un tel u,
nc^rme que l'hôtB et tes voisifu or-
rivent. Forlit regarde la monfre de Cnusidor.) CHASsiDon {regardant l'heure).
< 11 «t tard et l'on dort...
FOBBIS.
• Votre montre va bien î
CHASSlDOtl.
< Pas mal.
FOHLIS.
■ Qnelle benre est-il î
GHASSIDOn.
• Onze heures, citoyen.