HONORINE
< Messieurs, je suis confuse !.. (1). >
Les ouvriers de la fabrique de M. Gaspard viennent offrir un bouquet à Honorine.
GASPARD (touché),
* Elle le gardera, votre bouquet. Il se conservera. Les fleurs
< de Tamitié sont toujours celles qui se conservent le plus * longtemps. »
Tout le monde se rend à l'église," et pendant Tentr'acte Torchestre joue alternativement quelques airs «analogues» soit au mariage, soit à la grande cérémonie dont il s'agit, tels que :
« Si jamais je prends un époux, etc.
< Vaillants François,.,, etc.
* Où peut-on être mieux qu'au sein.,., etc.
a Vive Henri Quatre,,., etc. »
Au second acte Casimir dépeint la fête de la Fédération à laquelle il vient d'assister. Le morceau est à citer. Il a son intérêt. « Et puis le Roi, ce bon Roi, au milieu des fédérés
< comme un père parmi ses enfants, qui sembloit dire « d'avance et du fond du cœur ce qu'un moment après il a
< juré :
(1) Note de Collot d'Herbols : « On ne peut eiprimer avec quel vif in- * térêt le public a écouté ces détails et avec quels transports U les a ap« < plandit 1 »
W LB thAatrc de la bévoliition.
• Je la maintiendrai, la libartë ! — Et pais t'antel oà U prêtre est monté, levant les mam'^ en liant, comme pour dire a Dieu : Venez aus^ii, mon Dien, venez prendre votre place an milien d'an penple libre ! — Et puis le silène* respectnenx lorsque le prêtre s'est retourné pour nom bénir ; le cri d'allégresse qa\ a suivi, et pais... J'en perds la tète. Il n'est pas possible d'achever un tableau aussi beau
. que celui-là I... • Cette description entraînante ^roeat an aristocrate, de Monïnrt, bean-fr6re de Gaspard. Il porte la main à ses yeux, is s'écrie ;
• J'ai pour jamais abjuré tons mes préjugés. Je snis redevenu citoyen. Les voilà ces titres chimériques I Je les dé-
( Dose... je les saori&e sur l'autel de la Patrie. • II cbsnle rs:
' Oui ça ira, ça Ira, ça ira,
■ J'en doutols en fort bon aristocrate...
• Hais ça Ira, ça ira, ça ira,
■ On le disoit; bientôt on le pourrai
« Dans l'avenir à peine on le croira... t C'est en chantant qu'on a (ait tout cela.
■ Oh I ça ira, ça ira, ça ira,
> Sincèrement je dis mea eulpa.
• J'espÈre bien que l'on m'excusera,
• Je veux être, j'en prends date,
• Bon Français, on le verra.
■ Oh I ça ira, ça ira, ça ira 1 »
Le refrain était repris en chœar par la famille Gaspard et les fédérés.
Au 10 août 1792, Santerre, Westermann et Fonmier, i la
tête des insurgés des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau, envahirent les Tuileries et forcèrent Louis XVI et sa famille à se réfugier à l'Assemblée législative. Cette joarnée,
LES GRANDES JOURl^BS. 491
date de la déchéance de la Royauté et du triomphe da peuple, fut célébrée par Saulnier et Darrieux dans un opéra en quatre actes intitulé * la Journée du 10 août 1792 * (1). Dans cette pièce, dont Kreutzer avait fait la musique et qui fut représentée en 1793 à TOpéra national, le roi menaçait le peuple de sa vengeance^ et la reine distribuait des poignards aux nobles conspirateurs.
A Tacte quatrième, pendant l'envahissement des Tuileries, un voleur s'emparait d'un effet précieux. Un sans-culotte l'arrêtait et lui disait :
< Apprends, malheureux^ que le peuple est ici pour punir un « tyran, venger ses droits opprimés et non pour commettre « des bassesses 1... * Après ce discours, il lui brûlait la cervelle.
La pièce se terminait par ces vers :
« Courage, enfants de la victoire, « Vainqueurs du despote français ; « Allez illustrer votre gloire * Par de nouveaux succès !... »
Un membre de la Convention, Bouquier, et le secrétairegreffier attaché à la Convention, Moline, écrivirent une sansculottide dramatique intitulée < la Réunion du dix août* (2), prétexte à des déclamations, chants, danses, évolutions militaires, mais pièce nulle, quoique «dédiée au Peuple souverain» . La musique était de Porta. Les décors représentaient à Tacte premier l'emplacement de la Bastille et la fontaine de la Régénération ; au second, un arc de triomphe sur le chemin de Versailles ; au troisième, la place de la Révolution ; au quatrième, la place des Invalides et au cinquième, le Champ-de- Mars. Le Comité de Salut public donna une subvention partial) Chez Maradaa, an ii.
(2) Paris, chez Vatar, an n.
^ IX THÉATHK DE LA HÉVOLUTIÛS.
[}péra pour que cette pièce fût monlëe avec lase. . ^BiBu Uges étaient :
Le Président de la ConTention ;
L'ordonnateur de la f&te ;
Les députés ;
Envoyés dea Assemblées primaire» ;
Une heroine den S et 6 octobre ;
Un labonreur;
Les enfants da Iabo<. ' ;
Un vieillard ;
Jeunes aveugles ;
Jeunes orphelins,
La citoyenne Maillard j- le rôle de Théroîgne de
icourl, et conduisait les ;tes, montée sffr l'affût d'un
duon. Le Préaident de la [ion la saluait ainsi :
• 0 aainifl Liberté, tu ii us i|u a le vouloir,
< El l'être le plus faible enlknte des miracles.
• C'est toi qui dans le cwur de ce sexe cbarmant
« Du plus Intrépide courage
• Allumas le feu dévorant ;
« Tn l'armas du bronze tonnant I Dont la première fols il osa faire nsage
• Pour livrer la guerre au tyran !... •
Puis il distribuait à mademoiselle Maillard et k ms compagnes des couronnes de laurier, et leur donnait l'acootads /riternelle. Alors arrivaient les Ifourrices de» Enfant» tromit. Elles portaient les enfanta dans de blanchea barcelonnettea. Le Doyen des Envoyés dea Assemblées primaires s'écriait avec enthousiasme :
> Dieux t quelle scène intéressante
• Se mêle aux spectacles divers,
< Qui, dans cet heureux jour, à nos yens sont offertsl
LBS ORANDBS JOURN^KS. 493
< Qu'elle est belle, qu'elle est touchante t
(En regardant un enfant)
« Console-toi, cher nourrisson, « D'avoir été méconnu par un père ! ^ '
« Ta famille est la Nation
« Et la République est ta mère...
« Tu béniras un jour la Révolution I... »
Après < cette scène intéressante * , le Président, arrivé à la place de la Révolution et devant les Tuileries» rappelant à la fois le 10 août et le 21 janvier, chantait :
< Pour le punir de ses forfaits < Du peuple ici la justice sévère
« Du dernier tyran des Français «A fait tomber la tète altière... *
Un ballet général terminait le spectacle.
• Le 9 thermidor an II (27 juillet 1794) Tallien, Billaud- Varennes, Bourdon de TOise et autres conventionnels, craignant de subir prochainement le sort des Vergniaud et des Danton, décrètent d'accusation Robespierre et son frère, Lebas, Saint- Just et Coulhon, puis les mettent hors la loi, les arrêtent dans la nuit et les conduisent à l'échafaud le lendemain 10 thermidor. Ainsi finit le règne de la Terreur, non par la volonté des vainqueurs, mais par la réaction universelle. Depuis et sous le gouvernement du Directoire on célébra l'anniversaire du 9 thermidor.
La première pièce qui salue le 9 thermidor est une comédie de Charles-Louis Tissot, représentée sur le théâtre de l'Opéra- Comique national avec ce titre significatif: «0» respire » (1).
Le terroriste Volmar aime Lucile Dercourt et menace de faire égorger son père, s'il lui refuse sa main. Lucile^ qui aime
(l) A Paris, chez la citoyenne Tonbon, an m.
LE laBATHB DE LA
, se sacrifier, quand on
vient arrêter Voiraar, ma-
e de c< nplot contre les représentants.
• Amis, jnrons une goerre étemelle ù tons les terroristes.
e nons laissons point circonve
nir par ces caméléons... Ne
les ménageons point. Ils nous ont assea opprimés. Jnrons de fs poursuivre jusque dans les antres les pins profonda 1...
■ Knns le jnrons '.
DKilCOl 1
ante ;
. Notre ï'^ngeai
• Non, point de -■
. Quand on cou
■ On en partage i
iégitime ; point de paix, vec le crime
lÈS.
e sourire, i d'attraits.
. „JUU IS ÛOlu.
nale expire.
• Cbacnn pcnt respirer en paiït
LCCiLE (à son père).
• Crois-tu que ce soit pour toujours f
DBRCOOHT.
■ Pour toujours 1 " La Terreur ne reviendra pins.
■ Tout l'annonce et tout le présage,
• Le nocher brave le naufrage
< Quand les écueîls lui sont connus.
• Conso1e-toi, peuple de France,
■ Ne crains plus les buveurs de sang,
• Tn les fais rentrer au néant
" Par ton auguste contenance 1 > Le 28 mars 179S, C.-J. Trouvé fait représenter sur le théâtre Feydeau une tragédie en cinq actes, • Powonias » (l), en dé-
(1) A Carcaasonne, ïbei Gareng, ,
clarant que « le sujet de cette pièce est le 9 thermidor. C'est
* le premier triomphe de la justice et de l'humanité sur le « brigandage et l'assassinat ! » Le général Spartiate Pausanias, coupable d'avoir trahi sa patrie en acceptant les offres des Perses, fut condamné à mourir de faim dans un temple de Minerve où il s'était réfugié et dont on mura les portes. « Pausanias est Robespierre, dit l'auteur, à cette différence
• près que ce dernier fut un lâche et vil scélérat, tandis que « Pausanias avait l'énergie du crime et mêlait de l'éclat à ses « vices. »
La foule applaudissait surtout à la malédiction qu'Isménie jetait à Pausanias :
Misérabl^e assassin t non, tu n'es plus mon Ûls t Je vois tous tes complots. Bourreau de ton pays, Tu veux par la Terreur étouffer l'énergie De quiconque oserait braver la tyrannie ! Tu crois pour commander à des républicains Que toujours dans le sang il faut plonger ses mains... Mais le tien à ton tour expira tant' de crimes Et ton supplice ira consoler tes victimes ; Il ne tardera pas, c'est moi qui le prédis ! « Va I tu me fais horreur I traître, je te maudis I... »
Marsollier et Dalayrac firent couler bien des larmes avec leur comédie touchante < la Pauvre Femme » (2) représentée le 19 germinal an III (8 avril 1795) à l'Opéra-Comique national.
Madame Dugazon jouait le rôle delà veuve Armand, pauvre femme qui cachait chez elle Julie et Germain, deux victimes de la tyrannie terroriste. Dermont, le mari de Julie que l'on croyait mort, retrouve sa femme et son frère chez la veuve Armand. On s'embrasse, on se félicite, on se raconte ses douleurs :
(ij A Paris, chez Barba, an v.
tW LE THÉATnE DE L4 aÉVÛHJTION.