LA POLICE
Une des parties intéressantes de la police est la surveillance des spectacles. Or, * l'insurrection parisienne du 14 juillet 1789, disent Élouin, Trébuchet et Labat dans leur Nouveau Dictionnaire de la police (1), avait entièrement détruit ou paralysé l'action de l'administration et de la police. Aucun pouvoir n'allait présider an maintien de Tordre, lorsque les électeurs qui s'étaient déclarés en permanence établirent le comité permanent ; le prévôt des marchands en fut le président et les autres membres du bureau de ville y eurent voix délibérative... Ce comité, qui réunissait toutes les fonctions relatives à la sûreté, à la tranquillité, aux subsistances et à la police militaire, administra jusqu'à la fin de septembre 1789.
< Les soixante districts étaient en permanence. Ils chois^nt dans leurs arrondissements respectifs d'abord 120, puis 180 députés qui, au nombre de trois cents, composèrent l'assemblée générale des représentants de la Commune. On y arrêta un règlement ou organisation provisoire qui fut mis à exécution au mois de septembre. Cette municipalité provisoire fut composée : 1° du conseil général de la Commune, formé de 300 députés ; 2" du conseil de ville formé de 60 membres choisis dans les300 représentants de la Commune. Elle se divisa en six départements se partageant toutes les branches de l'administration principale..
(1) Tome I*', IfUroâuction, Béchet jeune, 183S.
14a LE THEATRE DE LA REVOLUTION. .
< Chaque département eut à sa tète un lieutenant de maire. Ses
< membres au nombre de cinq, six ou sept administrateord « faisaient partie du conseil de ville. Bailly, député et pre" « mier président de l'Assemblée législative, avait été élu
< maire par les soixante districts et confirmé par le Roi, le « 17 juillet. Un procureur-syndic et deux adjoints remplis-
< saient les fonctions du ministère public auprès du ti^ibuiu^ « de policé éUbli par la loi du 6 novembre 178'9,
« Cette loi régla les pouvoirs de la Police provisoire Jus-
< qu'à l'^ètàl)ïi~ssement àe la municipalité définitive. » L'sùicienne municipalité et la municipalité provisoire forent
sûppriniées par la loi du 27 juin 1790. Un maire, seize administrateurs, trente-deux membres du conseil ae viJÛe, quatre-vingt-seize notables, un procureur de la Commune et deux substituts formèrent la nouvelle municipalité défiaitive. Paris fut divisé en 48 sections. On rétablit un commissaire par section et on créa un comité permanent de seize commissaires en donnant les attributions de police munic^)ale au bureau de ville^ fraction du conseil général de la Commune.
Après le 10 août, la police appartint seule aux sections que gouvernaient les clubs, tandis qiie la garde nationale, fractionnée en 48 bataillons, se mit aux ordres des sections et constitua ce (jue l'on appelle les sections armées.
La loi du 7 fructidor an II (24 août 1794) créa douze comités révolutionnaires :
< Chaque comité révolutionnaire était composé de 'douze « membres. Ces membres devaient être renouvelés par moi-
< tié tous les trois mois et ne pouvaient être réélus qu'après
< le même intervalle... Lies membres du comité pouvaient, au
< nombre de trois, décerner des mandats d'amener et, au « nombre de sept, des mandats d'arrêt : leur traitement était « fixé à cinq francs par jiàUur.
LES GENS DE THÉÂTRE. l4i
c Le pouvoir énorme que ces autorités avaient usurpé dans
< toutes les parties de la Police en rendait l'exercice dlûicile,
< en détournait ou dénaturait l'action: lés commissaires, les
< sections^ les juges de paix, les administrateurs municipaux « se trouvaient paralysés dans leurs fonctions respectives (1).»
Cette tolîce dévint envahissaute, pénétra partout, courba ehâcùn ^oTàteSOû JôUé pé^ailt, dep'ùià le^ représentants jusqu'au meùù pètlj)!^, 'Aepùîâ îeâ auteurs jusqu'aux acteurs. Roland avait in:àUlïé, àâûs sttccôs, ail miûîstère de l'Intérieur la (tivisîôù de « rlEâJE^rti public » chargée de là prçsse et dû théâtre, ^arat, son successeur, reôonsUtùa la police secrète, dont le chef fut Clfeàùipagneax, et les observateurs où agents Dutafd^ tetrâssbh, Perttèfe, Juliàn, Ûeaumier, Blanc, La Tour-Moûtàgne. On leur adjoignit plus tard Payan, Uoudeyer, Dupin, Milly et le ïeliier. JNous aurons bientôt l'occasion de lire les curieux rapports de ces observateurs, en ce qui concerne les spectacles.
Aux douze comités révolutionnaires succéda une commission administrative formée en exécution de la loi du 26 vendémiaire an III (l7 octobre 1794). Cette commission, composée de vingt membres nommés par la Convention, vit ses membres réduits à trois par Ja loi du 28 thermidor an III (io août i79a). Elle fut à son tour remplacée par le Bureau central, le IS frimaire an IV (6 décembre i79o). Dans ses attributions se trouvait la partie des mœurs ou < ce qui oom- « prend les spectacles, tes bals, îes jeux, les filles publiques, ( tes ealé8> les iièviûres, ies joumakste», les colporteur», les « journaux, les ouvrages polémiques et dramatiques^ les sta-
< tttes> iaAikM&, peiDlto^cfs, gfraViltres, cerctéfs et réunions, « tefli^efiy BÛaistveft êm etiltes', ekurkvtaiis, iMiadifts^ saltinn-
(1) mtmu imctimut^e •!» fmie. ^mè !«*, mmnâtm.
< banques et bains publics. > Ce mélange bizarre n'ofifre-t-il pas à lui seul la physionomie exacte de cette époque troublée, oii ni les hommes ni les choses ne paraissaient être à leur véritable place !...
En 1796, le Directoire institua un ministère de là Police générale qui obtint des pouvoirs étendus et dura jusqu'en iSOO, époque à laquelle apparaît enfin la préfecture de police (i).
Nous arrivons maintenant aux rapports de là police {observateurs on agents secrets) concernant les spectacles. Nous les avons extraits en partie des rapports publiés par M. Schmidt dans son remarquable ouvrage intitulé Tableau analyiiqms de la Révolution française, et • empruntés par lui aux Archives nationales. Ils constituent des pièces d'une haute importance historique. Parmi les observateurs, les uns se plaignent des amusements frivoles que le peuple recherche avec passion ; des jeunes gens qui crient : < à bas les Jacobins 1 » , qui renversent les bustes de Marat et de Lepelletier, qui applaudissent et font repéter cent fois le Réveil du Peuple; des courtisanes qui étalent un luxe odieux et par leurs propos font frémir les oreilles chastes des spectateurs ; des allusions qui poursuivent sans cesse le pouvoir
(1) Nons reproduisons ici quelques dispositions relatives à la police des spectacles :
I. « Les maires sont chargés du maintien du bon ordre dans les spec- « tacles. (Loi des 16-24 août 1790, titre xi, art. 3.)
II. L'aiticle 4 porte que « les spectacles publics ne peuvent être permis « et autorisés que par les officiers municipaux. »
m. « Les entrepreneurs ou les membres des différents théâtres sont, à « raison de leur état, sons l'inspection des municipalités. Ils ne reçoivent « des ordres que des officiers municipaux qui ne peuvent rien enjoindre « aux comédiens que conformément aux lois et aux règlements de police. » (Lois des 19 janvier 1791, art. 6 et du 1*' septembre 1793, art. 3.)
IV. « Tout spectacle où des troubles se manifesteraient doit être fermé. On « ne peut jouer ou chanter sur les théâtres que des pièces on ain indiqués « par les affiches. »
(Arrêté du GoaTemement du 11 germinal an iv -31 mais 1796, art. 1 et 2.)
exécutif et ses agents ; du retour des croix de Malte et des cadenettes; de Theure tardive à laquelle se ferment les théâtres (dix heures et demie du soir) ; les autres conseillent d'augmenter le nombre des fêtes populaires, s'écrient : « Français, vous êtes le premier des peuples ! > , demandent des pièces sentimentales et dans le goût de la Révolution, félicitent le théâtre de la Répuhliqus de justifier pleinement son nom, citent des vers d'Horace, et rapportent avec émotion qu'ils ont entendu crier dans les spectacles : Vive la vertu /... En résumé, leurs observations touchent aux sujets les plus intéressants : comptes-rendus de pièces, allusions, cabales, discours, réunions, clubs, émeutes, etc., mais nous ne voulons réunir ici que les parties qui touchent au théâtre. Nous les donnons telles quelles, persuadé que toute argumentation n'en augmenterait pas la valeur. Nous y intercalons de temps à autre des documents que nous avons trouvés nousmêmes aux Archives nationales.
JV° 141. — Rapport de Blanc a Garât du i^ juin 1793.
< Les spectacles que j'ai visités présentent un tableau
détestable pour un vrai patriote, et consolant pour le magistrat. On ne voit pas sans chagrin Fégoïsme poussé au point de se livrer tranquillement à des amusements frivoles au moment où la patrie est en danger. Mais, d'un autre côté, cette tranquillité détruit d'une manière décisive l'assertion d'un plan de contre-révolution attribué aux riches, aux gens aisés. Qu'on leur laisse leurs anciens plaisirs, qu'on ne les prive pas du plaisir d'aller et venir dans l'intériear du royaume, qu'on ne les force pas d'aller à la guerre, dûton les assujettir à de plus fortes contributions, ils ne
< feront pas le moindre mouvement ; on ne saura môme pas
* s'ils .existent, et la plus grande question au'ils pourront
* agiter dans les jours où ils raisonneront sera celle-ci * € S'amuse-t-on autant sous là gouvernement républicain que sous « Vancèen régima ? {*) >
jyb 141, — Rapport de Perrière a Garât du jçudi 6 juin ^793.
f ..... Bâppe)e9 le peuple à ses anciennes kaMtudes, e^lai- « teSj et vQus Oihiiencirez de lui ee que vous veudres.....
f ... C]^a^pAQtta lui^ qui est vraiment l'homme révolutkn-^ « n^iif^, rhonitme du peuple, qiu étudie le peuple et ridfi qud « fe peuple^^ si^nt^it ^i hien la vénité de ae que j'av^no^, qn'il « a voulu métamorphoser toutes les fèteg de rËgliMi e& Ifttes « de \ak Lik$rUy de ÏÉgaHté, de la Réunion, etc. ; il a vimU « aussi qu'il y eût des spectacles et des comédiens sui^ toute « la surface du globe, à l'usage du peuple et à la charge des « gens riches : castigat ridendo mores (2). »
N^ 165. — Rapport de Perrière à Qarat du 17 juîtj^ i793i.
f ^..... Je m'en suis vquIu de n^avoir assisté au Siège de * Tkiçi^vUle qu-à l'Opéra. Mais c*est de sa représentation que % je dois vous rendre compte. Y a-t-il encore quelqu'un en f Frauae ou en Europe qui doute combien la République est 1 pjièro aux Français? Il fallait quHl se trouvât au chant de « ce couplet qui suit la nouvelle apportée par un hussard, f qu'il n^y a plus de roi en France :
(1) Sçhmi4t, ton^e \
(2) /«rf., p. iU
er
Lies GKlTS DB tHllÂTfttk, Itt
« Nbns n'aVons plus de ro!, nons n'avons pltts de maîtres t
€ Du tycan le règne est Uni... etQ«.
< Nous n'avons plus de roi, la F^qçe eit Qépid»Uim#..
5 Lf ^cept^p est \>Tis^ pçi\^: jJ^iais l
« A ce$ mois k salle, déchirée de bravos, t été confondue
< dans un «^al et même applaudiisement^ éi fort qu'on eût
< dit que les toits allaient se soulever pour le lahar arrivir « jusqu^ausç çiemef...
f £t ce mot É^aUU, ]or^e les citoyeQd el citqyennes f eutqurent l'autel de l^ Liberté pour l-y ^aver.*. quelle douce f impre^siqp i) 4 prQduite dans l'assemblée I sur les femmes
< sqrtput I apparepument que, née^ e^kives des homfn^, eHêê- * or^t un plus grand intérêt a sofn règne. Par nn mouvement ç ^(Mqtaii^ elles ont joint leurs voix à f^elles dts ^t^m» dans ^ Iq p)ian| c|e l'hymne qui lui e^t adressé :
« Ylens babiter dans nos contrées, ^ ^imabie et doqpe égalité | etq.
fi 0 Fiançais I vous éfes le premier des peuples t H ne 4 crois pas qu'il y ait jamais eu un aussi beau mouvement ni « à Rome ni à Athènes, ni qu'il y ait aucun exemple d'une na- « tion entière invoquant l'Égalité t S'il était doux d'entendre
< les femmes de toute la salle se mêler au chant de cet f hfmoe, il lut iioble et glorieux de voir le même mouvef ment dans ips hommes, lorsque les habitants et la garnison « de T)iionville, après le discours de Wimpleti, de plus en f plus résciilus à soutenir le siège, le commandant ehtpnne le
< psemÎM couplet de la Chanson des ikarseillak.,, A cet air
< et à ces mots guerriers tout le monde itit acteur et les voix
< mâles de la salle soutenaient celles du théâtre.
« Quels applaudissements ne reçut pas la noble fermeté et
< le dévouement généreux dtt filsjïe Wimpfen, tombé au pou- « voir de l'ennemi ! D'Autichamp jouait fort bien son rôle,
146 LE THiATRB DB LA RâVOLUTION.
mais ce rôle était celui d'un traître, mais il parlait avec cette fausse grandeur qui caractérise les esclaves des cours et les ennemis des nations.
< D'Autichamp fut hué, applaudi seulement par quelques spectateurs qui ne cédaient pas à l'illusion ; c'est qu'à de telles pièces le Français est encore plus citoyen qu'il n'est spectateur.
« Tout ce que je puis ajouter à ce que j'ai dit, c'est qu*à l'impression faite sur le public par la représentation de cette pièce, on peut juger qu'il n'est pas une ville en France où l'on ne fût disposé à soutenir le même siège. J'ai trop joui en mon particulier par la représentation de cette pièce, et elle a été pour moi une source trop féconde d'observation de l'esprit public, pour que je ne vous prie pas, et comme votre ami et comme observateur, de me fournir le plus souvent que vous pourrez l'occasion de m'employer ainsi doublement moi-même. Je ne vous demande, dans la distribution de vos billets, la préférence sur aucun sansculotte de votre connaissance^ mais seulement sur ceux de vos amis qui sont assez riches ou assez aisés pour se procurer ce plaisir sans que leur famille en soufire.
< J'oubliais de vous dire que, dans Iphigénie en Tauride^ qui a précédé le Siège de Thionvilley tout ce qui avait trait à l'assassinat ou à l'esprit de parti a été fortement improuvé ; ce qui démontre puissamment que le Français est bien déterminé de ne laisser couler son sang que sous le fer ennemi ou sous le glaive de la loi (i). »
(1) Schmidt, tome |I, p. 66 et suiv.
LES 6SNS DB THÉÀTHB. 147
iV" 167. — Rapport de Perrière d Garât du i8 juin i793.
< Avant d'entrer dans les détails de la jooniée d'hier, je reviens an instant au Siège de Thtonville^ dont les fenx ne sont pas encore^ét^ints dans mon imagination. Lorsque les Autrichiens se disposent à monter à l'assaut, les Français font une décharge épouvantable sur eux, renversent les échelles ; la garnison et les habitants sortent de la ville et fondent sur Tennemi dont ils enfoncent les rangs... Ah ! comme alors j'ai bien compris le beau vers d'Horace : Duke et décorum estpro patria mori; qu'il est doux, qu'il est beau de mourir pour son pays ! Pendant longteaips je n'avais qu'hypocritement admiré ce vers, parce que les autres l'admiraient, mais je ne croyais pas au sentiment qu'il exprime (i).
iV® i96. — Extrait de lettre écrite aux Jacobins de Paris par le comité de correspondance, adressée « aux citoyens composant le comité d'Instruction puhliqus de la Convention nationale >.
Paris» le 5 nivôse an II (25 décembre 1793) de la République française une et indivisibl .
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité séants aux cidevant Jacobins St-Honoré à Paris.
< ... Clozet demande : qu'on établisse, dans toutes les « grandes communes de la République des spectacles d l'instar
(1) Schmidt, tome II, p. 71.
14B LE THBJLimB QE LA REVOLUTION.
des Grecs... Alors ces spectacles dominés par là majenre P^fMq çle IdL patiQu, les iim^c44ip9 fiac^^Pil foro^ d^ se
mettre au rang de la majorité des citoyens
« Baillet dit : Il faut demander à la Convention nationale qu'elle décrète qne dans tontes les villes de 4^000 habitants^ il y aura uae salle de spectacle où les élèves des écoles publiques et autres personnes pourront s'exercer, et ne pourront néanmoins donner que des pièces sentimentales et dans le sens de la Révolution... Presque toutes ces villes ayant
des églises vacantes, on peut éviter de bâtir Je crois
que rien ne serait plus propre à instruire le peuple, à lui faire oublier les singeries des prêtres, et enfin à régénérer les mœurs (i). »
iV* 208. — Situation de Paris du "^iS ventôse an H.
(18 mars 1794.)
• On donnait au théâtre de la Cité un drame nouveau
où les évêques de l'ancien régime^ les prêtres et les moines ^rU montrés sous un point de vue qui ne leur est pas favorable, le public a beaucoup applaudi à tout le mal que l'on pn disait. Cet applaudissement prouvait que le peuple est totalement désabusé de la superstition. Le drame est mêlé de bouironn$^€i0 qui ont beaucoup f^it rire les spectateurs. Si le goût du peuple était aussi formé que son patriotisme est fortement prononcé, disait un citoyen, il n'applaudirait pas à ces restes dégoûtants de Tancien régime. On commandait autrefois des boufifonneries pour distraire le peuple; aujourd'hui elles devraient être proscrite^, puisqu'elles ser-
(1) Schmidt, tome II, p. 135.
relie (i). »
14 Doréal ap II (§ maj 1794) .
5 li'asie^t national au Cqmité ^ Sa^^t pu^ic.
< ie me sois empressé, citoyens représentants» de me randie à l'administiration de police, pour engager les administra-tenrs Lelièvre et Faro à rapporter on da moins à modifier la Jçjtrp fju'ijs avaient écrite au^t directeurs des spectacles rel^tiveipent aux expressions iç < Mor^sieur et de Citoyen > . Je n'ai pas eti de peine à leur faire sentir (pi'il fallait, en conservant les pièces anciennes, laisser subsister le costume et les dénominations convenables au temps où elles ont été faites, ou aux pays où la scène jest censée se passer. Sans dou^e. Ton doit trouver (aussi) ridjcuje de dire le citoyen Catilina, que de voir Jupiter ou Armide décorés d'une cocarde tricolore. En conséquence, les administrateurs de police écrivent aujourd'hui à tons les directeurs, et leur observent qu'ils peuvent laisser subsister les tragédies foites avaut la Bévolutioo^ ou sur des événements qui y sont étrangers, sans y changer les noms de Monsieur on de Seigneur on autres. Quant aux comédies anciennes, ils laissent à la sagacité et aa patriotisme des directeurs à décider quelles sont les occasions où il faut changer les dénomioations» En nn mot, ils soumettent senlemeni les pièces noBvelles h se servir d6« mol» Citoyen et Citoyenne, k mom qne ceux dp Mimmr oi d» Madam m êmni
(1) Sehfflidt» tome It^ p. 166.
ifSO LE THÉATBE DB LA RÉVOLUTION.
< employés que comme injnre ou pour désigner nn ennemi « de la Révolution.
€ PAYAN (i). »
Ici nous intercalons un arrêté du Comité de Salut public concernant tous les auteurs, éditeurs, directeurs, rédacteurs de journaux et colporteurs. Cet arrêté qui s'appliquait à toutes les parties de la librairie visait aussi les pièces de théâtre, qui se publiaient presque toutes chez Barba (aujourd'hui maison Tresse) et chez la citoyenne Toubon. Nous le reproduisons textuellement en faisant remarquer que la partie mise en italiques est, sur l'original, de l'écriture même de Barère :
Da 12 messidor an II (30 juin 1794).
< Le Comité de Salut public considérant que la loi du iS ger-
< minai n'a indiqué que d'une manière générale les attribu-
< tions respectives des Commissions executives et que le
< Comité s*ôst réservé par son arrêté du 3 floréal dernier d'en « déterminer plus particulièrement les détails ;
< Vu le rapport de la Commission d'Instruction publique,
« Arrête :
< i^ Toutes les parties de la librairie sont mises sous la « surveillance immédiate de la Commission d'Instruction pu- « blique. Tous les auteurs et éditeurs feront parvenir à la « Commission trois exemplaires de leurs ouvrages avant de « les mettre en vente. Tous directeurs et rédacteurs de jour-
< naux, feuilles périodiques, prospectus, affiches, annonces, « etc., sont soumis à même obligation. Les colporteurs seront « également sous la surveillance de la Commission.
< T Seront réputés suspects et punis comme tels ceux qui con- « treviendraient au présent arrêté, de Inexécution duquel la Com-
(1) Schmidt, tome II, p- 203-
LES GSR8 Dl THÂATHB. iSâ
< mission rendra régttHèremeHt compte au Comité de Salut
< public.
< BÂBÂRB (i). >
C'était rëpoqne fameuse où Ton dénonçait à tonte henre les suspects^ on ponssés par des Barère et des Robespierre et des fenilles Immondes, les dépositaires de l'autorité publique ne parlaient que de surveillance et d'épuration. C'était l'époque « des principes régénérateurs > 1 On va s'en rendre compte par les arrêtés des conventionnels Maignet et Jean -Bon Saint- André (2), au sujet des théâtres de Marseille.
Maignet, représentant du peuple, dans son arrêté du 17 thermidor an II (4 août 1794) daté d'Avignon concernant la nouvelle organisation des théâtres de Marseille, établissait que les spectacles étaient un besoin pour l'homme ; que les plus grands législateurs en avaient fait toujours l'un des principaux ressorts du gouvernement ; que l'histoire attestait leur influence, principalement dans les Républiques ; qu'ils avaient presque toujours préparé et servi les Révolutions, mais que parmi nous, sous les rois^ ils n'offraient depuis longtemps que des vices encensés et des crimes préconisés > . Il décidait < qu'il était tems enfin de les rappeler à un but utile, à une institution popalaire, de les républicaniser et d'en faire une école nationale, qui, par les mœurs privées, produisit les vertus civiques » . Il ajoutait qu'il fallait < remplacer, par le régime républicain au théâtre, l'indigne système d'une opération financière, immorale et contre-révolutionnaire, confier cette administration à des citoyens dont le caractère moral et patriotique fussent évidemment prononcés et placer cette institution
(l) Àrchl
(8) On di
ÀrchlYes nationales.
dernier fat plqs tard baron de l'Empire et préfet de Mayenoe^
i;!| LE T^4f Bi |>4 f-4 rtv^^ioN.
< investis de la confiance de la loi (1) > t
Deux jours aprèd, à Marseille, le même conyentionnel çj^^9À\ Yml^l^ myf^\ i
1 Qoi^sidépap^ (disait-il) q^€^ 1% régénw^fipft mm^ â« Fart dr^matiqioi^ peut $qii}q ^fili§^r ^oq iafli^Qppe pQli||i|n^ $ur ripstri^ction ^atiop^le ; (m^ ^s sj^eçt^l^s, ^^nt dçs établissements qui iQ^\ partie de ('éd^Q^tiQf^ pj^^^qiifi;, i(|é? ritent, à ce titre^ la protection du gopiverpef^e^f ^ ipaji^ ^'ils exigent la surveillance la plus active du législateur ; qu'en un mot leur épuration sera la mesure de leur utilité i « Considérant que les ^ministrateurs des théâtres de la République^ pour remplir l'objet qui leur est confié, doivent régler leurs opérations sur l'esprit qui anime le Comité de Salut public et se diriger par les pripeipes régénérateurs qu'il a déjà proclamés ;
« Considérant que les artistes, élevés à la dignité d'instituteurs du peuple, doivent se pénétrer de riroportanca de leurs fonctions ; qu'affranchis par la Révolution d'un préjugé, injuste sans doute en |ui<mème, mais fondé peut-être sur la condmte immorale de gmlques-uns d'entre eux, ils doivent mériter ce bienfait par la régularité de leurs mœurs et par l'utile emploi des talens ; qu'en jouissant de tous les droits de citoyens ils sont tenus d'en remplir tous les devoirs ;
« Qu'en conséquence ils doivent à la République l'entière abnégation de tout intérêt personnel, de tout esprit d'intrigue, de toute vue étroite d'égoïstne et surtout de cette aristocratie d'amour-propre, de ce fédéralisme de talen$ qui,
(1) Arehivoa nationale!*
UDs aura db THSAtiiB. 118
< isolant Thomme, et lui faisant tout rs^pporter à Ini-mème^ « sacrifie les progrès durables de l'Art an succès passager de
< l'Artiste ;
% Cpnsiçlérap^ qu'en attendant quQ le Comité de Salut pu-
< blic ait dëtfirminé et fixé pi|r dtii^loia générales l'organisation
< déGoitivtt de$ tbé^tre^» il ^t urg^t de faire cesser des abus
< qui, ménagés plus longtemps, compromettraient i'ipsUflction « publique iains cette comn^une, l'empêcheraient d'atteindre « à la hauteur qu'elle doit atteindre et corrompraient enfin « le peuple fiu lieu de porter dai^s SQ^ âme le feu r^volu- « tionnaire qui doit Télectriser... etp.,
< Le représentant du peuple et les cpu^miss^aires du Comité « de Salut public
• Arrtleat î
< 1^ Que le comité d'administration des théâtres de cette « commime aura seul le droit de distribuer aux artistes les
< rôle3 qu'il les jugera capables de remplir, sans qu'ils puissent
< en refuser ni en réclamer aucun ;...
« 2® Qu'à l'exception de deux officiers municipaux, aucun « citoyen ne pourra entrer au spectacle sans payer ;
« 3o Que tous les militaires et personnes y attachées (sic) « sans exception payeront leur entrée au spectacle.
* Signé: maignet, représentant du peuple ;
< MicHOT, HAiNAULT, commissaircs
< du Comité de Salut public pour la • régénération des théâtres I.,. (1) »
Quelque temps après Jean-Bon Saint-Apdré fit archer sur les murs de Marseille en lettres énormes l'arrêté sui- Vftnl :
i54 LE THÉÂTRE DE LÀ RÉVOLUTION.
Égalité. — Fraternité.