‹ Le théatre de la revolution, 1789-1799Chapitre 20 sur 137 · MERLIN · texte numérisé non relu

MERLIN

Le policier avait dit dans son rapport :

< Un grand homme, que je ne connais point pour acteur

(1) Archiyes nationales.

ordinaire, et qui sans |donte chante tout an plus dans les

ccBurs (sic) a paru revêtu de Tuniforme national. Son air

gauche et embarrassé ne pouvait manquer d'exciter le rire

des spectateurs. Une basse de l'orchestre a voulu sans doute

lui donner le ton et a commencé à racler l'air de : « Veillons

au salut de l'Empire. * Il a semblé qu'on se trouvait à une

représentation des Ragotin... Et les spectateurs de rire de la

jolie espièglerie qui conduisait encore à rire davantage et à

se moquer de l'ordre terroriste de chanter des chansons qui

ne conviennent point à ces messieurs... * Etc. (1). -

Le théâtre Feydeau, se sentant menacé, envoya au ministre

de la Police un extrait du registre de ses délibérations, en date

du 21 germinal an IV (10 avril 1796), par lequel il cherchait

à réparer sa faute :

< Le Conseil, vu les nouveaux ordres du ministre de la

< Police générale relativement aux hymnes patriotiques et

< voulant en assurer l'exécution,

« Arrête que les artistes attachés au théâtre sont invités à

< se conformer aux mesures suivantes :

* Art. L — Les jours d'opéra, tous les artistes et cho- « listes, employés à la représentation du jour, paraîtront sur la « scène pour exécuter les hymnes et airs patriotifpies qui se- € ront toujours chantés par l'un des artistes (Basse-taille ou

< Haute-contre) remplissant les premiers rôles et accompagnés

< par la totalité de l'orchestre.

• Art. n. — Les jours de comédie ou de tragédie, l'un des « artistes remplissant les premiers rôles dans l'opéra (Basse-

< taille ou Haute-contre et chacun à son tour) chantera les airs « et hymnes patriotiques pendant lesquels les artistes qui au-

< ront joué dans la pièce resteront en scène.

(l) Archives nationales.

IdO LE THiA'raS DB LA BÉYOLUTION.

« n sera icoompagné œ jonr-là par la moitié de Forohestre « et par la moitié des chœurs, en oo8tame$ cooLvenablea qne « le magazinier fournira... (i). >

Le 26 germinal an lY (15 avril i796), le minislr» renier-cia Tadminiatration de ses mesures et déolara :

c Le gouvernement continuei^a toujours d'enooiirager, de « protéger les vrais talensi mais il a le droit d'attendre qu'ik

< ioient accompagnés du cimsmê et c'est pour cela seul qu'ils

< peuvent véritablement l'intéresser... (2). »

Le commissaire du pouvoir exécutif près le département de la Dyle demandait le i«' frimaire an YI {%i novembre 1797) au ministre de la Police renvoi d'hymnes et chansons patrie* tiques, afin de remonter l'esprit public k Bruxelles :

Bruxelles le i^^ frimaire an VI.

< Citoyen ministre, < Par mes lettres des 18 et 25 vendémiaire, j'ai pris par devers vous l'engagement formel de veiller scrupuleusement h ce que le théâtre de cette commune si intéressante devint l'École des mœurs et da patriotisme et contribuât fortement â faire renaître et alimenter l'esprit public, que le royalisme et le fanatisme le plus dégoûtant avaient si impérieusement anéantis sous les yeux mêmes des autorités conspiratrices, balayées par le 18 fructidor.

« Je puis maintenant vous donner des preuves, citoyen ministre, de l'exécution de mes promesses : le directeur du spectacle et les artistes semblent vouloir réparer bien décidément les erreurs dans lesquelles les réactions perfides les ont entraînés, et être fortement décidés à n'employer leurs talens

(1) Archives nationales, <2) IHd,

« qii^à reiqoiiter l'Esprit public et en ne donnant qne des

< pièces approuvées par le gonvemetnent.

< Veaillez, citoyen ministre, condescendre & la demande c qu'il TOUS fait par mon orgâm (sie) et qne je me plais à

< appuyer de tout mon pouvoir. Veuillei ro*envoyer quelques

< pi^oM nouvelles qui pourraient oonoourir au succès de nos

< desseins, ainsi que les hymnes et chansons patriotiques « que vous croirez les plus propres à remplir notre but.

« Tous les artistes témoignent le désir d'en faire jouir leurs « concitoyens et de mériter par là la confiance du gouverne-

< ment.

< Salut et fraternité.

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