LE SANS-CULOTTE ESPAGNOL
« Qu'ils éprouvent ici tous les tourments de Tenfer, auquel « ils ne croyaient pas; et qu'ils nous faisaient prêcher par * les prêtres, leurs complices, pour nous embêter /.... »
On montre à un vieillard qui habite cette île les tyrans, « excepté un dont la France a fait justice » t On les lui nomme à tour de rôle : Voilà le roi d'Angleterre ; celui-ci est le roi de Prusse ; puis paraît le roi de Naples ; puis le roi d'Espagne avec un pied de nez ; puis le gros Stanislas roi de Pologne, puis l'impératrice de Russie élégamment nommée la Catau du Nord et portant pour nom de guerre celui de madame V Enjambée, puis enfin le pape Pie VI.
Les rois meurent de faim et se disputent.
LE PAPE
« N'avoir pas même de quoi faire le miracle de la mul- < tiplication des pains 1 Cela ne m'étonne pas ; nous avons ici « des schismatiques t
CATHERINE
< C'est à moi que ce discours s'adresse ? Je veux en avoir « raison. En garde, saint-père 1
(L'impératrice et le pape se battent, Tune avec son sceptre, l'autre avec sa croix. Un coup de sceptre casse la croix. Le pape jette la tiare à la tête de Catherine et renverse sa couronne. Ils se battent avec leurs chaînes.)
LE NOUVEAU HONDE. 203
LE PAPE
< Catherine, je te demande grâce. Ascolta mi. Si tu me
< laisses tranquille, je te donnerai l'absolution pour tous tes
< péchés.
CATHERINE
< L'absolution ? faquin de prêtre ! Avant que je tp laisse
< tranquille, il faut que tu avoues et que tu répètes après moi « qu'un prêtre, qu'un pape est un charlatan, un joueur de
< gobelets... allons, répète !
LE PAPE
< Un prêtre, un pape... est un charlatan... un joueur de
< gobelets t
(Les saos-calottes roulent une barrique de biscuit au milieu des rois affamés.)
l'un des SANS-CULOTTES.
« Tenez, faquins, voilà de la pâture ! Bouffez !
(Les rois se mettent à manger, quand le volcan répand sa lave sur eux.)
LE ROI d'eSPAGNE.
« Si j'en réchappe, je me fais sans-culotte l
LE PAPE
< Et moi je prends femme !
CATHERINE
< Et moi je passe aux Jacobins ou aux Cordeliers ! *
(L'explosion se fait, le feu assiège les rois de toutes parts. Ils tombent <^QSQmés dans les^ entrailles de la terre entr'ouverte.)
Etienne et Martainville frémissent d'horreur en analysant
• l« Jugement dernier des Rois* . Pour nous, cette farce immonde jjfl ûotis fait lever les épaules. Si une semblable pièce était jouée inj s^jonrd'hui, elle tomberait à la première représentation devant
^e mépris public.
L'auteur fut acclamé et le succès de son œuvre assuré; Et
dire qu'un intransigeant de la Comédie-Française, dont le ta-
M LE THÉAf »« DE LÀ R^OLtJTION.
lent était incontestable, Dugazon, consentit à jouer « d*une manière très-boufifonne » le rôle stupide d*un pape bafoué I Faut-il s'étonner qu'après la Terreur, il ait été en butte au sifflets et aux huées ?...
^Les Potentats foudroyés parjla Montagnejet la Raison ou la Déportation des rois de l'Europe* (1), pièce; prophétique et révolutionnaire en un acte par le citoyen Desbarreaux, représentée à Toulouse au théâtre de la'^Liberté et^deirÉgalité ver% la même époque, est une paraphrase du Jugement derwwr de$ Rois. La pièce est écrite avec le crochet d'un chiffonnier. C'est là le style jacobin. Nous n'oserions pas reproduite les ignobles propos que tiennent les rois ni les scènes ovdllriècM où l'auteur prend plaisir à les faire figurer. Desbarreaux^dant sa préface, se déclare < trop heureux s'il parvient à couvrir « les prêtres du ridicule qu'ils méritent et à imprimer dans « l'esprit des peuples Thorreur que les rois nous doivent ins- « pirer. » î C'est sur ce misérable auteur seul que tombent l'horreur et le ridicule I
Le citoyen Cizos-Duplessis lutte de folie avec le citoyen Desbarreaux. Il fait représenter le 23 germinal an II (12 avril 1794) sur le théâtre de la Cité une allégorie dramatique en cinq actes et en prose, « les Peuples et les Rois ou le Tribunal de la Raison » (2), pièce absolument insensée. On y trouve toute sorte de personnages : la Raison^ les Anglais, un capitaine de vaisseau, un duc de Saint-Elie, un chevalier de Nantignac, un archevêque, un cardinal, un roi^ etc.
Le premier acte commence par une bataille et Jacques^ le laboureur, dit en montrant les soldats qui s'égorgent :
« Peuples, aimez les rois, car voilà leur ouvrage 1 »
(1) A Toulouse, chez Francès, 1793.
ii) Chez Barba, an ii.
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Le duo trahll ion armée «( ton pay»; il fait appal k li ttrrenr^ 1 la superstition et aa menionge, mais le peuple Tient renTtner la statue dn Roi et là Raiion enehatne le Roi an obant de la Maneillaisû. Le Roi, le eardinal et le duc ditpa^ raissent dans les flammes, tandis qu'apparaissent sur le théâtre
à droite :
L'Amour fraternel, TAmour conjugal, la Pudeur^ la Bienfaisance, le Travail, le Génie,
à gauche:
L'Amour filial, la Maternité, la Paternité, l'Agriculture, le Civisme, le Courage,
et qu'on place au milieu las bustes de J.'J.Rousseau, de Marat, de Lepdletier et de Brutus t Pendant ce jeu de scène, l'orchestre joue une marohe r9l\gim$B à laquelle succède un ballet... Et dire que cela a été joué et applaudi 1
Les rois sont encore bafoués dans la oomédie de Lebrun- Tossa « la Folie de Georges ou V Ouverture du parlement d'Angleterre « (i), représentée au théâtre de la Cité le t pluviôse an II (i3 Janvier 1794). La prise de Toulon par les Français a rendu Georges fou. II insulte son parlement. L'Angleterre se révolte et proclame la République. Pitt et le prince de Salles sont massacrés par le peuple et Ton voit (nous citons textuellement) < Calonne conduire par le lieol un Âne couvert
< du manteau royal, portant le sceptre et la couronne entre
< les deux oreilles.Lui,il porte un écriteau devant et derrière, « avec ces inscriptions i < Faux monnoyeur I Voleur publie I * « La cage dans laquelle est le roi sur un char suit Tâne. Burke, • Grenville, Cbesterfield, tirent le char, d'autres lords enchaînés
< le suiventé On conduit le roi à l'hôtel des fous à Beedlam.