‹ Le théatre de la revolution, 1789-1799Chapitre 45 sur 137 · SCÈNE XIV ET DERNIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV ET DERNIÈRE

LE DUC

« Eh bien, partons h pied I... Il faut que JQ prenne fin pei dç linge. Jfe ne sais où sont me& chemises. Les domeMiqœ sont ponrtant d'une grande commodité, Abl les voici.. {Il en prend deux, les enveloppe d*im mouckotr ^t m^ k jM qu^ aous son broi), Je mangerais bien un morceao, maisi n'y a ici rien de cuit... Eh bien» mangeons du paint (j mange avec appétit une croûte de pain sec.) Du vin, il n' en a qu'à la cave. Je n'oserais y aller. Il faut se content( d'un verre d'eau. {Il boit un verre d'eau.) Voilà un fep frugal... Jamais je ne me serais attendu à ce qulm'arriTi Il est donc vrai que si la noblesse est quelque chose, le peap est tout... Se peut^il qu'il ne me soit jamais venu à l'idi que la olasse la plus nombreuse était la plus forte et p conséquent celle qu'il fallait le plus ménager. Mais ans comment imaginer que ce Tiers-État réclamât si génén lement et avec tant d'unanimité d'un bout dti royaume l'autre ?...

« La noblesse est encore bien heureuse que le peuple i pousse pas plus loin ses prétentions, car enfin, s'il le voi lait, il serait le pins fort. Les soldats sont tous du Tiers*Éta Un grand nombre d'oiliciers sont aussi de cette classe, ma quand bien même tous les oflSciers seraient nobles, il J des soldats très-capables de les remplacer. Si le Tiers-Ét des villes voulait nous chasser, comment nous défendrionî nous contre un nombre d'ennemis si supérieur, et s'il noi coupait les vivres à tous comme on me fait à moi I... Cie' que deviendrions-nous ? Je serais donc obligé de fm'r daJ une terre étrangère !...

» U vaut mieux faire des sacrifices et je les ferai. Je reçon

LB NOUVKAU WOmW, 237

voaig q^0 tons les hommes sont mes ëgeux et je yeux j^otëger ' 6t défeodre les intérêts de ibes frdres panrres avèé autant

* de 2èle que j'en ai mis à soutenir les absurdes prérogatires

< de la noblesse...

< Voilà la nuit. Partons, le me reposerai demain chez le

* marqois; Petit*ôtre poiirra-t-ii me procurer une voiture. Il

* est adoré de ses paysans. Je le blâmais de sa complaisance

( pour eux. Je vois aujourd'hui combien j'ai eu tort de ne pas

< rimiter^ >

On nous pardonnera la longueur de oes citations, non à CMwe de la valeur de Toeuvre citée, mais dei renseignements prëeieux et en quelcpie sorte^ des prédictions de cette pièce, sî Von mt bien remarquer encore une fois qu'elle date de 1789 e) qu'elle eut alors une gi*ande publicité.

l'ahtisan.

Parmi les artisans que les auteurs dramatiques de cette époque ont mis sur la scène, nous remarquons un poêlier^ des laboureurs, une nourrice, des salpôtriers, un cocher^ un comïfiisaionnaire, un batelier, un bûcheron. Tous sont naturellement de braves gens. Tous, suivant l'expression populaire, ^^^ < le cœur sur la main » . ils sont dévouée, sensibles, pafriotes, fiers et bons, généreux, modestes.

^Pète Duchêsne (i), qui ramone les cheminées d'un château, aime Lucile, femme de chambre de la marquise. Du-

(i) Comédie roprésentée stir le théâtre ded Grandt-Daiiiears du I^oi, le SI feTTiey ^789. — A P^is, c^ej^ Cailleap,

chesne est nn ancien canonnier da vaisseau le Triom^pkaL II a gardé de son état des habitudes grossières ; il jiire,i sacre, il tempête... La marquise, qui avait promis àsoiiTahl de chambre la main de Lucile, consent au mariage de la jem soubrette avec le père Duchesne, à la condition que ce dernier cessera de jurer. L'épreuve est terrible, mais rex-canonoier s'en tire avec honneur. On retrouve dans cette petite pièce 11 donnée des « Jurons de Cadillac * .

Michelin (1) le laboureur, père de quatre enfants^ se tronc dans la plus grande misère. « Sa femme et lui, dit le livret, • « regardent fixement en versant des larmes ambres sur lêt fiwk « de leurs amours /... > Il se décide à exposer un deseseB»] fants à l'assistance publique, quand la tourière, apercevant i second enfant dans le tour^ Taccnse d'avoir voula se à&fft' rasser de deux jumeaux et lui reproche sa condoile. Micbelii, ému, remporte le petit étranger avec son propre enfant. Qa^ n'est pas sa surprise quand, arrivé chez lui^ il découvre datt les langes de son enfant adoptif un billet au porteur de 6,00 livres destiné à la personne qui prendra soin de TenltfK trouvé. Le magister, qui a tout appris, félicite Michelin et sa femme :

< Ne redoutez plus Tindigence ; « Dans le sein de la liberté,

< C'est ainsi que l'humanité

« Du Ciel reçoit sa récompense I... »

Le Père Gérard (2), ex-député à l'Assemblée nationale, revient à sa ferme, « après avoir donné une Constitution ^ 1* < France.

« Mon homme, dit la mère Gérard, était de la députatio*

(1) Mélodrame représenté à Lorient, le 10 janyier 1790. — Antcar. ^ Une, avocat et garde national. «m

(2) Comédie représentée à Paris sur le théâtre Molière, le 31 octobre ^ ' — A Lille, chez Deperne, 1792.

• qui a été chez le Roi ponr savoir si la Constitution s'roit « d'son goût ou plutôt du goût de ses ministres, câr lui c'est « un ben honnête homme qui n*est pas difficile à vivre ; mais ( il n'en est pas de même des agents du pouyoir exécutif.

BRIGITTE {sa fille).

< Malgré cela,- il Ta acceptée toujours.

Page 1