LES THÉÂTRES
(acteurs et directeurs.)
Les théâtres ouverts à Paris de 1789 à 1799 étaient, dans l'ordre alphabétique, les suivants :
L' Ambigu-Comique ou le théâtre d'Audinot, situé boulevard Saint-Martin et rue de Bondy ; le théâtre des Associés, qui s'appela successivement théâtre Patriotique et théâtre Sans pré' tention, boulevard du Temple ; le théâtre de la Concorde, qui devint plus tard théâtre Jean-Jacques Rousseau, rue du Renard Saint-Merri ; le théâtre de la Cité, qui s'appela d'abord théâtre de la Cité-Variétés, puis théâtre de la Pantomime nationale, puis théâtre Mozart, situé en face du Palais de justice ; }e théâtre du Cirque du Pdais-Royal, qui prit successivemeot
S16 LE THÉATR^ DE î^^ ^ÉypLUTION.
les i^Oïjas dus yeillfçs ^^ ThUe^ ^u f^yçée ^e$ ^rU^ de l'Qpérft^ Bouffqn ; Ip t)|éâfrp 4^§ D^Jas^pments cpipiq^eg ,à pûté d(^ rwtel Fp^l.QftJ l)pîiljByar4 4^ Temple ; l^ tf^éâtrç poyen pa t^^aff ^ ^'flmulq^tionf T]i^ Ifpjtrp-p^mp 4^ N^zairet^ ; le théâtre de rÉpJ^jçjuief ou Je théâtre My^hf^l9gi^^^9 ^^ 4^ l'Échiquier ; le théâtre des ]ËJèves ^e T^al^e^ boulevard du Temple ; \& ^l|é^tr^ des Enfj^n^s coipiques, boulevard dii Temple * le tl)pâtre d4 l'Estr^pajie op des ^iisps, jdeirière le Panthéon; l.e théftffp Favart qu| 4eyiot rOpéra-Çomique, h l'hôtel Çhoiseulj le tjié^tré Fpydeaja, deuxiènje groupe d'opéra- pon^ipe^ rue Feyd^^îj ; Je tl^éâtre Français cornique pt lyrique, rue 4e Bpnd^ } le théâtre àe la Gajté (ancien tj^éâtfe des Qff^nds Danseurs du roi sous la direction de Nicojel), fjfti s'appej^ pfiRdant quelque temps théâtre d* Emulation, boulevard du Temple; le théâtre des Jeunes Artistes, rue de Bondy ; le .théâtre des Jeunes Élèves, rue de ThionviJle ou Dauphine ; le théâtre Lazari connu à l'origine sous le nom des Variétés amusantes, boulevard du Temple ; le tfié^Jre de la Liberté, à la foire Saint-Germain ; le théâtre de la Liberté et de l'Égalité, rue de Richelieu ; le théâtre des Lombards, rue des Lombards ; le Lycée comique et lyrique, à la foire Saint-Germain; le Lycée drau)atiq«b», boulevard du Temple ; le tl^éâtre Lyrique, à la foire Saint-Germain ; le théâtre Lpuvpis, qui s'appela on 179? le thé4tre des Amis de la Patrie, ruie ie Louvpis ; le tb^4^re ^u Marais, rue Gujture-Sainle-Gatberine ; le théâtre Mareu^ o|^ Lyri-comiquf, rue Saint-Antoine ; le théâtre Mplière, qui prif eu i793 le nom de théâtre d^s Sans-Culottes, et en 1798 celuf de théâtre des Amis des Arts, passage des Nourrices, rue du fau« bourg Sa;nt-]tfartin ; le théâtre de la Monlansier, quf s'appeU eu ^793 le théâtre de h Montagne ejt en 1795 le théâtre dfts VariéT tés (p^lajisÉg^ifjé); le théâtre de ifonsieur, qui i&y\nX e^ 47^1 If^ th^» F^y4e(m ; Je théâtre de Jj» lifatijon ou théâtre FrançW;f fù
LE« G9lfS QE THBATRE. i7
fat PQmiué par ordre en 1794 théâtre du Peuple ou théâtre de VÉgaHtéj, l^ubourg Saint-Germain et près du Luxembourg; le théâtre P^^tional, rues de Richellea et de Louvois; l'Odéon (ancienne salle du théâtre de la Nation), oi^vert en 1797 ; le théâtre de rûpéra national (ancienne Académie royale de musique) qui devint aussi par ordre en 1794 le théâtre de la République (t des Arts, situé d'abord boulevard Saint-Martin, puis, en 1794, me de la I^i qu de Richelieu, dans la salle du théâtre Nation^); TQpéra italien, situé aux Tuileries en 1789, à la foire Saint-Germain en 1790 et transféré à la salle Feydeau en 1791
' pour disparaître au 10 août ; le théâtre du Palais-Royal, rue de Riphelieu; le théâtre du Panthéon, qui s'appela en 1790 le Portique fr(^nçais ou le club de la Révolution ; le théâtre des Petits Comédiens français, boulevard du Temple ; le théâtre des Petits Comédiens du comte de Beaujolais, auquel succéda
• celui de la Montansier ; le théâtre de la République, rue de Richelieu ; le théâtre des Troubadburs, à la salle Louvois ;
' le théâtre des Variétés, à la foire Saint-Germain, qui fut en 1793 le théâtre des Comédiens républicains; le théâtre des Variétés amusantes, au Palais-Royal, qn; devint plus tard le théâtre Français de la rue de Richelieu ; le théâtre du Vaudeville, rue dfiXhaftres et le théâtre des Victoires nationales, rue du Bac (salle du Pré aux Clercs), soit en tout quarantecinq théâtres (1). Nous n'avons pas compris dans cette énumératioa les théâtres des Ombres chinoises, des Fantoccini et des Pantagoniens où les acteurs étaient des marionnettes.
Parini ceux -qui passaient en premier et qui étaient les plus fréquentés on .peut en citer douze : TOpéra national, le
ahéâtra de la Nation, le théâtre de la République, l'Opéra-
(1) En 1875, Paris complaît dnqnante-bait théâtres. Ils sont aujoard'hui tr«ita-iii, en exceptant les cirques et les cafés-concerts,
Comique national, le théâtre de la rue Louvois, le théâtre de la Montansier, la Gaîté, rAinbigu-Comique, le Vaudeville, le théâtre de la rue Feydeau, le théâtre de la Cité-Variétés et le théâtre des Variétés amusantes.
La Révolution au début n'avait pas considéré le théâtre corn me un auxiliaire. Jusqu'au commencement de Tannée 1793. les spectacles jouirent d'une entière liberté, et purent jouer sans encombre la plupart des pièces que leur présentaient les auteurs. Nous ne parlons pas des quelques désordres soulevés de temps à autre par le parterre, lequel a toujours été tumultueux. Malgré les événements, le public continuait à se porter en foule aux divers théâtres. Mais Témotion suscitée par la pièce, VAmi des Lois, pièce que nous étudierons dans un autre chapitre, et les allusions réactionnaires applaudies avec frénésie par des citoyens déjà las de la nouvelle tyrannie, éveillèren^t la susceptibilité des Jacobins. Ceux qui avaient jadis déclamé contre l'institution de la censure la rétablirent, et même allèrent au delà.
Le 2 août 1793, à une séance de la Convention nationale, présidée par Danton, Couthon fit la motion suivante :
« Citoyens, la jouînée du 10 août approche : des républi-
* cains feont envoyés par le peuple pour déposer aux Archives « nationales les procès-verbaux d'acceptation de la Constitu- « tion. Vous blesseriez, vous outrageriez ces républicains, si
* vous souffriez qu'on continuât de jouer en leur présence «une infinité de pièces remplies d'allusions injurieuses à la
* Liberté, et qui n'ont d'autre but que de dépraver l'esprit et « les mœurs publiques ; si même vous n'ordonniez qu'il ne « sera représenté que des pièces dignes d'être entendues et < applaudies par des républicains. Le comité chargé spéciale-
* ment d*éclairer et de (armer Vopinion a pensé que les « théâtres n'étaient point à négliger dans les circonstances
LES tiENS DE THEATRE. 19
actuelles. Ils ont trop souvent servi la tyrannie ; il faut enfin qu'ils servent aussi la liberté. J'ai, en conséquence, rhonneur de vous proposer le projet de décret suivant :
« La Convention nationale décrète qu'à compter du 4 de ce mois et jusqu'au 1" noVeçpbre prochain, sur les théâtres indiqués par le Ministre de l'intérieur, seront représentées, trois fois par semaine, les tragédies républicaines telles que celles de Brutus, Guillaume Tell, Cdim Gracchus, et autres pièces dramatiques propres à entretenir les principes d'égalité et de liberté. Il sera donné, une fois la semaine, une de ces représentations aux frais de la République. < Tout théâtre qui représentera des pièces contraires d V esprit de la Révolution sera fermé, et les directeurs seront arrêtés et punis selon la rigueur des lois, *
Ce décret fut voté séance tenante avec celte modification à l'nrticle 2. < Tout théâtre sur lequel seraient représentées
• des pièces tendant d dépraver V esprit public et d réveiller la ' honteuse superstition de la royauté sera fermé, etc. La mu- « nlcipalité de Paris est chargée de l'exécution du présent
• décret. »
Les ^conseils municipaux des autres communes furent investis de la même mission et des mêmes pouvoirs.
Le conventionnel Delacroix attachait, comme ses collègues,
une importance considérable aux pièces patriotiques < car il
« n'est personne, disait-il, qui, en sortant d'une représen-
« tation de Brutus ou de la Mort de César, ne soit disposé à
• poignarder le scélérat qui tenterait d'asservir son pays» . Bientôt la censure préventive est rétablie, les directeurs et
les auteurs viennent humblement soumettre leurs affiches et leurs manuscrits au Cojnité de Salut public ; les artistes
30 LE THÉifitl De LÀ kÉVÔLTTTlON.
eiixomèmes courtisent les pnisââûtd dû jour, jouent à l'homme politique, se rengorgent, font dés mines et parlent hautement de leur civisme républicain. Tel qui, hier encore, dans Crispin recevait des nasardes et des coups de bâton, à la grande joie des spectateurs, se croit déjà au nombre des membres de la Convention ou de la société de la Liberté et de TÉgalité, interpellant les ministres, gourmandant ses concitoyens, offrant noblement sa protection à plus puissant que lui, dénonçant les traîtres et cherchant un dictateur (1).
De zélés pâtriotes,s'improviâant censeurs, corrigent et mettent au goût du jour le Cid, le Misanthrope, le Déserteur, la Mort de César, la Métromartie, VËcole deè maris, le Dépit amoureux, etc* Don Femand, roi de Castille, devient sous leur plume> un généi^al en chef républicain au service de TËspagne.i^ Ils interdisent les représentations i*Andromaque, de Ffièdre, de Britannicus, de Mérope, de Zdire, de Tancrède, de la Vestale ^ de Mahomet, Ils examinent de près le répertoire de chaque
(1) Cftite manié de eert&los aetetlri qui ad croidnt idp^riénM à totii et traitent les aateurs avee dédain^ qui écrivent même des brochures sur lenr génie, a été asseî bien ralliée dans la pièce le Café des Artistes (Paris, chez Huet, an viii). Noas en détachons denx couplets.
L'acteur Belphégor dit au journaliste Pygmée :
Par nous un ouvrage mesquin Du publie obtient les suffrages.
Voltaire même au grand Lekain Dut le succès de seâ ouvrages.
0r< si nous donnons de l'esprit Aux plus ennuyeux rapsodistes, Plus qu'un auteur sans contredit Ne sommes-nous donc pas {ter) artistes ? Pygmée, qui a ses idées faites sur l'Art et le Comédien, lui répond : Vous accusez Voltaire et moi, Quand vous nous devez l'existence ; Car tel qui fait parler de soi Sans nous garderait le silence.
De nos portraits tant bien que mal L'acteur n'est que le froid copiste.
Du singe ou da l'original Lequel doit^on nommer {ter) artiste ?
L£S GE^'S DE TUEÂÏK£. 31
théâtre et ordonnent d'office certains spectacles. Noos avons retrouvé anx Archives nationales et nous publions ici « l'État < des spectacles gratuits donnés de par et pour le Peuple, con- « fermement au décret du 2 août 1793, pendant ce mois « d'août ». On a joué, suivant ce document inédit :
A rOpéra : Fabius, Iphigénie en Tauride, le Siège de Thionville, Télémaqvie, CEdipe d Colone, l'Hymne à la Liberté (1) ;
An théâtre de la Nation : Brutus (de Voltaire), Guillaume
Telï (de Lemierre), les Victimes cloîtrées (de Monvel), Crispin
médecin ;
A rOpéra-Comique national : Guillaume Tell, le Siège de Lille, les Rigueurs du cloître;
Au théâtre de la République : Virginie (de la Harpe), Finelon (de M.-J. Chénier), Brutus, la Mort de César (de
Voltaire) ;
Au théâtre de la rue Feydeau : le Siège de Lille, Don Quichotte, les Visiandines, la Partie quarrée ;
Au théâtre de la citoyenne Montansier : Brutus, la Mort de César, le Départ des Volontaires, Scœvola ;
Au théâtre National, rue de Richelieu en face la Bibliothèque : Brutus, la Mort de César, la Journée de Marathon ;
Au Lj^cée des Arts : les Ennemis aux frontières, la Révolte des Nègres, Adèle de Sacy, le Chasseur et la Laitière;
(1) « Poar contenir l'affluence des spectateurs, dil l'Etat des spectacles gratuits, on a payé près de deux cents hommes de garde. Il à fallu augmenter celle des pompiers, le nombre des soldats comparses, afln de présenter avec quelque vraisemblance dans le Siège de Thionville un simulacre d'attaques et de coinibats; et comme ces quatre représentations ont été composées de plus de pièces qu'on n'en donne ordinairement, la dépense en lycôpodium, marchandise très-chère aujourd'hui, et celle pour l'artifice et le luminaire à cause de la durée du spectacle ne peuvent se comparer à la dépense de la représentation d'une pièce nouvelle. Si on ajoute à ces dépenses extraordinaires, celles des fournitures en rubans, lacets, bas, souliers, celles des réparations, des décorations, banquettes, etc., etc., on arrive au chiffre de 20,000 fr. »
31 LE THÉÂTRE DE LA lUÈVOIitJTION.
Au théâtre des Polies-Variétés î fa Mort ék Dampterre, Tout pour la Liberté, la Mort de Beaurepaire, k Bon Hermite ;
Au théâtre National de Molière : la Ligue des Fanatiques et des Tyrans, Brutus, GuillaUntè Tell ;
Au théâtre de la rue de Louvois : le Corps de garde patrio-^ tique, la Journée du Vatican, les Émigrés aux terres australes, Agnès de Châtillon;
Au Vaudeville î tés Bonnes Gens, Vile des Femmes, Georges et Gros-Jean, lé Divorée;
Au théâtre Français comique et lyrique : Alexis et Rosette, Buzoty roy du Calvados, Nicodème dans la Lune ;
A la Gaîté : le Départ des Patriotes, le Jeu de VAmoUr et du Hasard, Arlequin et Colomhinê ;
A FAmbîgu-Comique : la Fête du maire du village, le Chas^ seur généreux ;
Ati théâtre Patriotique : Brutus, Biaise et Babel, Càius Gracchus, Guillaume Tell, Calas;
Aux Délassements comiques : Brutus, la Victime cloîtrée, Spartacus, la Journée du iÔ août, Bégulus ;
Aux Variétés omusantes : la Mort de Marat, Brutus ;
Aux Comédiens républicains (ancienne salle des Variétés à la foire Saint-Germain): Brutus, la Mort de César, Tancrède ;
Au cirque Pranconi : exercices d'équitation avec le tableau de V Offrande d la Liberté,
Pour ces diverses représentations chaque théâtre obtint une indemnité.
Le théâtre de la Nation reçut 16.000 1.
— de l'Opéra national 16.000
— de la République 16.000
— de la rue Peydeau 16.000
— de la citoyenne Montansier 9.000
— National..... 16.000
LES OINS DE TUiATAfl. 38
Le théâtre du Lycëô dôs Arts. , . . . 8.000 1.
— des Folies-Variétés 11.000
— de Molière 4.800
— de la rue de Louvois 8.000
— du Vaudeville 8.000
— Français comique et lyrique 6.000
— de la Gaîté 4.000
— de rAmbigu-Gomique 8.000
— Patriotique , 2.400
— des Délassements comiques 2.400
^ des Variétés amusantes 6.000
-^ des Comédiens républicains 4.800
— de Franconi 4.800
Au total, ces représentations gratuites coûtèrent pour un
mois à rÉtat 188,800 livres. La pièce républicaine la plus en faveur était, comme on vient de le voir, Brutus,
Nous donnons maintenant un autre Etat inédit, également emprunté aux Archives nationales, concernant les théâtres de Paris et leur genre, lequel a été présenté le 13 novembre 1793, trois mois après le fameux décret, au Comité de Salut public. On s'y inquiète fort de savoir si l'on joue partout des pièces patriotiques.