‹ Le théatre de la revolution, 1789-1799Chapitre 54 sur 137 · BONAPARTE · texte numérisé non relu

BONAPARTE

« Et vous, âmes sensibles^ qui n'avez plus à redouter les

< angoisses de la mort pour un soupir exhalé sur le sort de « l'infortuné, vivez tranquilles sous l'égide des lois protec-

< tricesde l'humanité !... »

Préfontaine, en célébrant l'héroïsme de madame de La Fayette^ n'a eu garde d'oublier Bonaparte, que la plupart des auteurs dramatiques encenss^ient naïvement.

De la femme dévouée nous arrivons avec Beaumarchais à la mère coupable.

En 1792, Beaumarchais, en dissentiment avec les acteurs de la Nation, leur reprit son drame la Mère coupable qu'ils avaient reçu en 1791. < Une nouvelle troupe, dit M. de Loménie, qui « venait, avec l'appui de Beaumarchais, d'ouvrir un théâtre

< dans son voisinage, au Marais, lui demanda sa pièce avec

< instance. Elle fut représentée pour la première fois le « 6 juin 1792. Faiblement jouée d'abord, elle n'eut qu'an « médiocre succès. Reprise plus tard par les Comédiens « français en mai 1797, elle réussit complètement Le

< sujet de cette pièce est très-dramatique et d'une ineon- « testable moralité. Dans l'épouse infidèle s'attacher snr-

< tout à mettre en relief la mère coupable, peindre une femme

< douée de sentiments honnêtes qui, pour un seul jour de fai- « blesse, vainement racheté par des années de repentir et de

* vertu, voit son existence tout entière abîmée, son repos à « jamais troublé et non-seulement son repos, mais celui de « tout ce qui l'entoure ; laisser voir une femme, écrasée sous « le poids de la honte, prosternée la rougeur au front devant

* son époux et réduite à redouter jusqu'au mépris de son fils : « voilà certainement une conception qui ne manque ni d'élé- « vation ni d'intérêt (1). »

Beaumarchais nous révèle lui-même ainsi le but de son drame :

* Venez vous convaincre avec nous, dit-il, en voyant la

< Mère coupable, que tout homme qui n'est pas né un épon- « vantable méchant finit toujours par être bon, quand l'âge « des passions s'éloigne, et surtout quand il a goûté le bonheur «si doux d'être pèrel C'est le but moral de la pièce...

(1) Beaumarchais et son temps, t. II, pages 453, 434.

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< Venez jofer la Mère coupable avec le bon esprit qui Ta « fait composer pour vous. Si vous trouvez quelque plaisir à « mêler vos larmes aux douleurs, au pieux repentir de cettp « femme infortunée, si ses pleurs commandent les vôtres, lais-

< sez-les couler librement... La Mère coupable est un tableau « des peines intérieures qui divisent bien des familles, peines « auxquelles malheureusement le divorce, très-bon d'ailleurs,

< ne remédie point. Quoi qu'on fasse» il déchire ces plaies se- « ccètes au lieu de 'les cicatriser ! Le sentiment de la pater- « nité» la bonté du cœur, Tindulgence en sont les uniques « remèdes. Voilà ce que j'ai voulu peindre et graver dans « tous les esprits, (i) * La Mère coiq>ahle, à notre avis, est

plutôt un gros mélodrame qu'un drame, où l'on trouve des

phrases de ce genre :

« Grand Dieu ! tu ne permets donc pas que le crime le

< plus caché demeure impuni !... Ma conscience troublée fait

< naître des fantômes, réparation anticipée 1...

< Je crois entendre Dieu qui parle h., il m'ordonne de dé- « chirerle crêpe obscur dont sa mort A couvert ma vie, » etc., etc. La prose ailée, spirituelle, railleuse de Figaro a perdu son gracieux vol. Le théâtre Français a cédé la place au théâtre du Marais, la Porte-Saint-Martin d'aujourd'hui.

Si des époux nous passons aux enfants, nôUS notls frofuvons encore en face de pièces larmoyantes. Éfeor*^gs ou teÈoflPiU (i) déserte son régiment pour procurer du pain à sa famille. A son insu, les parents de Georges seront tirés pour quelque temps de la misère.

Dolban dans le Cri de la Nature (3) a dépouillé son père de

(1) Un mot sur la Mhé ooHpahle.

ii) A f>arlf, ehM Btfba« a& m* Comédio de Danttftitiit, représentée aa Palais-Royal, le l""^ décemBVe 1789.

(3) Comédie de Tissot, jouée le 31 octobre 1793. au théâtre de la Cité- TanéiéCi

tous ses biens. Il le laisse senl^ pauvre, attristé. Mais à la fin, la Nature parle à son cœur et il vient implorer le pardon de son père.

Florval dans « Dalmanzy ou le Fils naturel > (1) amène le colonel Dolban à épouser sa sœur en lui faisant cette rêvé* lation : « Je suis le fils de ce vieillard que tu as précipité < dans le tombeau, en outrageant une sœur que j'adorais 1 »

Nous abordons maintenant la famille avec < Vlniérimr d*un ménage républicain » «opéra comique de Chastenet, représenté au théâtre Favart leiS nivôse an II (4 janvier 1794). On y trouve de précieuses indications sur l'éducation nouvelle. La citoyenne Mirville informe madame Rose, gouvernante de ses enfants^ Paul et Amélie, qu'elle a renoncé à leur faire lire des livres religieux. En voici la raison :

< Former le cœur et cultiver l'esprit,

« C'est là l'emploi d'une maîtresse.

< A bien comprendre tout ce qu'elle dit

€ Il faut appliquer la jeunesse...

« Les livres saints, remplis d'obscurités,

« Troublent la raison de l'enfance, « En lui disant qu'il est des vérités

« Au-dessus de l'intelligence, {bis.) »

Il faut de même renoncer à l'étude du royaume de France, aux tableaux généalogiques, car :

Depuis que de l'indépendance Nous avons reçu des leçons.

Il n'est plus question en France De royaume ni de blasons ; De l'ancienne politique, A peine nous nous occupons...

Connoître, aimer la République, C'est là ce que nous apprenons, (bis,) >

(i) Drame cle Boullant, joué le 12 juin 1793, aux Variétés amusante^.

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La panvre gouvernante, madame Rose, e^t tonte bouleversée parce nouveau système.Le citoyen et la citoyenne Mirville,à force d'éloquence, dissipent ses préjugés et la marient avec le ci-devant curé Germance. Paul et Amélie offrent à leur gouvernante, comme cadeau de noces, une cocarde tricolore.

Dans * la Famille indigente » , opéra comique de Planterre et Gav eaux, représentée le 4 germinal an n (24 mars 1794) (1), un pauvre diable, Paul Grandin, va attendre un inconnu au coin d'un bois pour se procurer l'argent nécessaire à la vie des siens. Heureusement, cet inconnu est un cousin qui vient lui restituer l'argent d'un procès iniquement gagné par son père.

Une pièce qui eut un grand succès de larmes, ce fut la Famille américaine (2), comédie do Bouilly el Dalayrac,représentée sur le théâtre do TOpéra-Comique national le 1" ventôse an IV (20 février 1796). La famille Darain ville a perdu avec son chef toute sa fortune. Elle est secourue par les envois généreux d'un inconnu. Cet inconnu est le jeune peintre Valsain, qui aime Constance, fille de madame Darainville.

< Le plaisir d'obliger, dit le jeune homme, est une route < insensible qui conduit à l'amour. » Tout se découvre et inadame Darainville, apprenant que Constance et Yalsain s'aiinent,veut les unir.Nous retenons de son discours cette phrase Juchante : « Vos âmes craignent de s'élancer Tune vers l'autre.

* Qu'il me serait doux cependant de les voir se confondre

* pour la première fois dans le sein maternel ! > Et les deux ^niants s'élançaient dans les bras de madame Darainville aux applaudissements des spectateurs qui fondaient en larmes. On était sensible au temps de la Révolution. Cela ferait rire aujourd'hui... Nous avons fait du chemin depuis lors.

^t il^ ^"^•' <^^^* *^°®t, ai^ V.

'"'l ^^) A V9,T\s, cboï Billault, au iv,

LB rHBATm UM LA BKVQUJTIQX.

ISn&n iFoid oomniRir Badei et DesUndûoi iromillaient le nuriagB dam lenr pièœ ^ii flrtwo- ( 1) :

D'aa Ii4)n «^t û-anc répnbiicam L^ mariage est la Loi premièfe ; Da dmsm/t dont il est pieia n anim' u fiunillft «utièie.

Ces trmsportft-ià a'aont pas sentis Par le tnste célibataiie...

Poor savoir aimer son pays, faut être époux et pfere r >

El le fiaaeë Justîn, transporté de joie^s'éerie derant là belle Locette :

« Comme ép«3ax et comme citoyen, « Tâ'rai toujours de senrice f »

I^ Bëpobliqne poorsulyait impitoyablement les célibataires. Régnier, dans sa pièce la Frontièrêj écrit :

< Pour -sa patrie et pour sa leoune « Avoir tous une égale flamme, « C'est le droit d'un citoyen.

« Mauvais époux et mauvais père, « Ainfil qfiie tout célibataire»

« Ne fut jamais bon citoyen. >

Et Hsdet^ dans le Canonnier eonvaleseent représenté Id ii mewidor an H (29 juin 1794) sur le tbéâtre dti Vanderille, fait dire au soldat Bataille, qui approuve le mariage dd âoo ami le canonnier Beltonis :

< Nos en fans seront comme nous bons citoyens. Il faut en «f avoir beaucoup, mes amis. Beaucoup d'enfans, beaueoiip<i^ « mariages ! Le mariage est à l'ordre du jotir. Les filles «û* « on réquisition. La République est pressée. Il n'y s pâsoo

(l) nepréseoiée aa VaudeTille, le 4 novembre 1793.

{i) A Paris, h l'imprimerie, rue du Théâtre Français, tï? A, as H-

LB NOUVEAU MONDE. $êi

< instant à perdre. Se convenir, s'aimer, s'éponser, tout ça « doit être TafFaire d'un jour ! »

Mais le mariage doit être purement civil, comme le dit le maire dans « les Volontaires en route ou V Enlèvement des cloches » , comédie de Rafford (i).

« Sous les auspices du Grand Être,

« Pourquoi ne pourrait- on, sans prêtre,

Se marier ?

« Malgré que le bigot en raille « On gagne bien une bataille < Sans aumônier t >

Mais que vent dire le brave général Malbrancq, auteur de pièces extraordinaires (2), quand il écrit en note dans le Vrai .patriote ou le Congé de vingt-quatre heures :

* Si les hommes pouvaient se rendre invisibles, leurs < femmes leur seraient plus fidèles... > Est-ce un cri du cœur ? Malbrancq avait le talent de rendre délicatement les choses délicates. Exemple : Dans cette même pièce Germain dit à sa prétendue Lucette :

« Je suis bon, j'aime à vivre... on peut voir à ma mine • Que J*ai l'art d'arrondir une taille divine ! »

Le général de brigade Guillaume Renier ne savait guère mieux s'exprimer, lorsque dans son drame « la Chasse aux V(mstres » (3) il invitait les femmes à ne pas veiller au bal :

« Quelle jouissance pour nos neveux que des compagnes

< d*âme à retenue, nourries d'alimens sains et de Tair pur « de Taurore qu'on vit bien le matin !... »

(i) JôQée au VaudetlUê, le 8 ptutiôse an iv (22 janvier 1794).

()) La Surprise des Chouans, aa iv ; — la Surprise des hommes égarés, an VI ; — la Repentance inutile du prévaricateur ou la Retraite préméditée ^ l'an I*^ de kt Républi^ française, an y m.

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