‹ Le théatre de la revolution, 1789-1799Chapitre 55 sur 137 · LE DIVORCE · texte numérisé non relu

LE DIVORCE

Le divorce était inconnu sous l'ancien régime. La séparation seule y était en usage. Une loi du 20 septembre 1792 établit le divorce. Il pouvait être réclamé pour incompatibilité d'humeur, dérèglement de mœurs, adultère, excès, sévices ou injures graves, condamnation infamante, etc. Le divorce, une fois proclamé, était irrévocable. Avec la nouvelle Révolution et les idées irrésistibles de liberté qui dominaient alors, il est facile de comprendre que le lien du mariage devait être brisé. < Je ne m'étonne pas, dit le P. Didon, que le divorce ait séduit les républicains de 1792... Le lien le plus terrible, c'est le lien conjugal. L'intervention la plus pesante de l'Etat, c'est sa main mise sur le contrat pour en garder l'indissolubilité. Gomment les premiers accès de la fièvre de la liberté pouvaient-ils résister au poids de pareilles chaînes ? Les chaînes ont été d'un métal trop fragile : elles se sont rompues sous la pression violente de ces êtres libres qui avaient conscience d'eux-mêmes et qui rugissaient, en demandant leur émancipation. Ils ont compris qu'une autorité divine pût encore les brider ; mais que l'Etat leur imposât la camisole de force, jamais ! Et en feuilletant le Gode civil, ils se sont révoltés contre ce chapitre de l'indissolubilité qui ne craignait pas de forger des liens éternels. Aussi une des premières démarches de ceux qui ont, avec passion, revendiqué la liberté a été de déchirer la page du mariage civil, indissoluble (l). »

(1) Indissolubilité et Divorce, par le P. Didon, paiîes lui et liv.

Nous ne nous étonnerons donc pas que le théâtre ait, sous une forme légère, touché à cette grave question qui préoccupait tant alors tous les esprits.

Le Divorce (1), comédie de Desfontaines, représentée le 18 mai 1793 sur le théâtre du V^audeville, est un plaidoyer en faveur du mariage. Seulement, pour faire passer un plaidoyer en 1793, Tauteur a jugé nécessaire de mettre un prêtre en scène. C'est en effet l'abbé de Forlis qu'Isabelle, femme de Germeuil, voudrait épouser. L'abbé s'est permis vis-à-vis d'elle quelques galanteries que l'étourdie prend pour de l'amour comptant.

Elle l'engage d'abord à déterminer son mari au divorce, puis elle lui chante :

Air : Didier est généreux, sensible. ,

Ah I l'abbé, ce trouble est le gage

< Du sentiment que je vous dois ; « A mes yeux il est le présage

« Du jour serein qui luit pour moi.

« Mais de mon mari qui vous aime, « Je veux que vous restiez Tami :

« Et poliment il faut vous-même

< Me demander à mon mari, {bis)

l'abbé (stupéfait).

« Vous demander à votre mari ?

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