LISETTE
He crains pas... c'est un mal qu'on évite à notre âge! »
ns les Prisonniers français à Liège (i), comédie de Guilin, représentée au théâtre du Vaudeville en 1796, l'auteur demander, outre la suppression des dévots, celle des es. Deux jeunes gens vont se marier. Un des person- ^ Aubry, leur présente un vieillard, un prisonnier
A Paris, chez Hoet,
< Mais si pour bénir vos doux nœuds
< Un prêtre vous est nécessaire,
< Ce vieillard auprès de vous deux « Pourraîremplir le ministère.
« Aux yeux de la Divinité « Sa main ne saurait être impure.
« Un martyr de la Liberté « Est un prêtre de la nature I (bis) »
Mais le vieillard, en homme prudent', réplique : < Aubry aurait raison, s'il n'oubliait pas ce que Ton doit à « l'opinion publique. Ménagez celle qui règne jusqu'au mo- < ment prochain où la Liberté bannira de Liège tous les pré- « jugés. »
Faut-il rappeler que sous la Révolution parut une tragédie en trois actes et en vaudevilles, à grand spectacle et terminée par une pluie de feu, sur la Passion de N.-S. J.-G. (i)? La tragédie suivait le récit des Apôtres pas à pas et les couplets devaient se chanter sur des airs comme ceux-ci : Cadet Roussel^ La faridondainej Quand un tendron vient en ces lieux, etc., etc. Nous ne savons si cette composition grossière a été jouée. L'auteur se défend de toute pensée irréligieuse et écrit en tète de la pièce : « Honi^i soit qui mal y pense 1 » Il ne nous paraît pas qu'un sujet aussi grave, écrit en vaudevilles sur les airs que l'on sait, donne une opinion satisfaisante de l'auteur.
Le nombre de pièces qu'inspirèrent les religieuses et les moines est aussi considérable. Nous n'analyserons ici que les principales. On sait qu'en 1790 la question religieuse avait pris un caractère aigu. L'Assemblée constituante avait refusé de reconnaître le catholicisme comme religion d'État, aboli les vœux monastiques, supprimé les ordres et les congrégations,
(i) A Jérusalem, de l'imprimerie des Israélites,
LE NOUYEAtJ MONDE. 279
décrété la constitution civile du clergé et forcé les prêtres à
prêter le serment constitutionnel . L'agitation était grande et
l'hostilité contre les cloîtres et les couvents s'accentuait de
jour en jour. * Plus la Révolution avançait,disaient Etienne et
« Martainville, plus le théâtre était dégradé par des ouvrages
« qui blessaient tous les principes. > Cela est vrai surtout des
pièces que nous allons examiner.
Dans les Rigtieurs du cloître (1), comédie en deux actes en prose de Fiévée et Berton, représentée le 23 août 1790 par les Comédiens italiens ordinaires du Roi, une jeune orpheline, Lacile, jetée au fond d'un souterrain, après avoir prononcé ses vœux pour sauver la vie menacée de son amant, est délivrée par lui et par la garde nationale.
l'officier (à Vahhesse).
< Des lois viennent de briser les grilles de vos saintes pri-
< sons et de rendre à la Nature tant d'objets malheureux « que des vœux indiscrets ou forcés avaient enlevés à la so-
< ciété.
(Se tournant vers les religieuses,)
< Et vous, jjBunes infortunées, ne vous laissez plus séduire
< par de pieux mensonges et croyez que l'être le plus parfait « aux yeux de la Divinité est celui qui remplit dignement « les devoirs d'homme, de citoyen, d'époux, de père et « d'ami. » Ce discours décide les jeunes religieuses qui sortent du couvent avec Ludle en chantant : < Vive la liberté, la Patrie
< et le Roi ! »
Olympe de Gouges écrivit sur le môme sujet un drame intitulé « le Couvent ou les Vœux forcés » (2), représenté au théâtre Français comique et lyrique en octobre 1790 .
(1) Paris, chez Lepetit, 1790.
(2) A Paris, chez la veuve Duchesne, 1792.
380 LE THÉATRB DB LA RÉYOLtlTION.
Après avoir informé le lecteur qne soa drame avait déjà en quatre-vingts représentations, elle raconte tons ses déboires, tontes ses tristesses, car elle était atteinte, nous l'avons déjà dit, du délire de la persécution. Ce drame est réternelle histoire d'une Julie amoureuse d'un jeune chevalier, cloîtrée par une famille méchante, et délivrée par son amant. Julie l'épouse naturellement au cinquième acte. Un curé, qui joue un rôle plus supportable que celui de l'abbesse, dit en forme de conclusion :
« Oublions le passé et qu'une morale plus douce rende à « l'avenir ces asiles moins redoutables. »
Jacques-Marie Boutet dit Monvel, acteur du théâtre Français et père de mademoiselle Mars, se laissa emporter, parées idées exaltées, à écrire un drame intitulées Victimes cloîtrées {i)qa\ eut,le 29 mars 1791, un immense succès au théâtre delà Nation. Il fut joué par Fleury, Saint-Fal, Dazincourt, Naudet, mademoiselle Contât. Nous reproduisons ici en partie l'opinion d'Etienne et de Martainville sur ce drame si connu:
« Le 29 mars on donna la première représentation des Vie-
< limes cloîtrées, drame en quatre actes et en prose. Le théâtre « anglais nous opposerait difficilement des tableaux plus affreux, « et si quelqu'éniule de Monvel avait entrepris de lutter « contre lui et de reculer encore les horreurs du drame, il
< n'aurait eu d'autre parti à prendre que de mettre en scène « un auto-da fé ou une question extraordinaire.
« Cette pièce excita le plus vif enthousiasme, et on ne peut « nier qu'au milieu de beaucoup d'invraisemblances elle « n'offre des scènes bien faites, une grande connais-
< sance du théâtre et un style pur et chaud. Mais elle dut
< tout son succès aux effets monstrueux dont elle est pleine,
(l) Paris, chez Barba, ai^ lu.
LÉ NOUVEAU MONDE. . 28i
à Vintérét qui y règne, si l'on peut appeler intérêt ce sentiment d'horreur qui glace les sens, qui suspend toutes les facultés et produit le môme effet que le saisissement. L'intérêt qu'inspire la bonne comédie est un sentiment doux qui effleure Tâme sans la déchirer : les auteurs ne devraient jamais oublier cette vérité ; mais comme il est plus aisé d'ébranler les nerfs que d'émouvoir le cœur, nous verrons bien plus de drames à c/f'ands effets que de pièces d'un véritable intérêt. Les circonstances contribuèrent aussi beaucoup au grand succès des Victimes cloîtrées, qui furent parfaitement jouées par Naudet, Saint -Phal, Dazincourt, Larochelle, et mademoiselle Contât ; mais FJeury y fut au-dessus de tout éloge; il déploya l'art d'un comédien profond, joint à une sensibilité brûlante. L'auteur fut demandé à grands cris et Monvel parut (1).
« La première représentation des Victimes cloît)'ées donna lieu à un épisode assez singulier : au moment où le P. Laurent fait enchaîner Dorval, un murmure d'horreur s'éleva et un homme, placé à l'orchestre, s'écria : Exterminez ce coquin-là ! Tous les yeux se fixent sur lui ; il avait l'œil égaré, le visage décomposé 1 Quand il eut repris ses sens : Pardon, Messieurs, dit-il, c'est que j'ai été moine; j'ai, comme Dorval, été traîné dans un cachot et j'ai reconnu dans le P. Laurent mon supérieur!... »
Ce qu'il y a de comique, c'est qu'Etienne et Martainville
s'écrient avec indignation :
€ Quelle honte pour le siècle de la philosophie que des por»
traits aussi atroces aient pu avoir des modèles!.,. »
Les écrivains du théâtre Français ne se sont pas sérieusement
informés sur ce qui s'était passé. A côté du drame là comédie.
(i) Histoire du théâtre Français, t. Il, p. 49 à 56.
L'ex-moine, qni avait jeté cette émotion dans la salle, était nn corapère de Monvel, qui, en sa double qualité d'acteur et d'anteur, savait se servir mieux que personne des ficelles dramatiques 1...
< Malgré mon extrême désir^ dit Tacteur Fleury, Tun des « personnages, d'attribuer le succès de Touvrage (1) à la « manière dont il fut rendu, je suis obligé d'avouer qu'il y
< eut dans la vogue qu'il obtint de la fureur que faisaient
< alors toutes les pièces où l'on montrait des nonnes et des « prêtres. Tous les couvents de France étaient en scène et ils
< étaient partout ; on ne faisait point d'argent si l'on n'avait
< à se moquer chaque soir d'un petit bout d'étole. Beaumar- » chais aurait pu continuer ses variations sur le proverbe . « Il faut que le prêtre vive de l'autel ; les prêtres n'en
< vivaient guère, mais bien les comédiens. Ce mouvement
< avait commencé sur le théâtre sans conséquence de rAm-
< bigu-Comique ; c'était dans la belle pantomime de Dorothée « qu'on avait vu et accueilli pour la première fois des moines
* et des archevêques, et grâce à l'heureuse liberté de tout
* mettre en scène, bientôt cet exemple fut suivi. Chaque « acteur des grands, des petits et des moyens théâtres eut « pour pièces obligées de sa garde-robe, la chasuble, le sur-
* plis, le surtout et le cordon de saint François. On chanta « vêpres partout ; nul théâtre ne put se passer de son clergé « régulier et séculier et de son haut clergé ; nous eûmes pour « notre part, un cardinal dans Charles IX; un cardinal dans « Louis XII ; des chartreux dans le Comte de Comminges ; de « gentilles nonnes dans le Couvent ou les Fruits de l'éducation; « notre Mari directeur offrit ses Bernardines ; le théâtre des
* Variétés-Amusantes montra des Ursulines ; puis, comme il
t (l) Les Victimes cloîtrées
ne fallait point qu'one seule scène fût privée de ce genre de nouveauté si piquant, la Comédie-Italienne donna les Rigueurs du chUre, et bientôt après ou précédemment, car mes souvenirs se brouillent un peu sous ces frocs, ces guimpes ou ces capuchons, on y joua Vert-Vert, pièce légère comme le conte de Gresset, dans laquelle le compositeur fit usage d'une licence musicale qui aurait fait crie r au scandale autrefois ; il s'avisa de mêler dans son ouverture des phrases de Thymne de Pâques : 0 filii et filiœ t arec celles du vaudeville un tant soit peu profane : Quand je bois du vin clairet t Cette espièglerie eut le plus grand succès (i). »
M.-J. Chénier aborde^ lui aussi, cette question brûlante des vœux forcés dans la tragédie Fénelon ou les Religieuses de Cambrai (2), jouée le 9 février 1793 sur le théâtre de la République. Monvel remplissait le rôle de Fénelon, Talma celui du commandant d'Ëlmance, madame Yestris celui de la victime, Hélolse.
Le maire de Cambrai et les officiers municipaux apportent à Fénelon de riches vêtements archiépiscopaux comme dons de bienvenu. L'archevêque les refuse :
Donnez aux malheureux cet or et cet argent.
Le ministre d'un Dieu qui vécut indigent
Ne doit point, croyez-moi, connaître l'opulence,
Ni d'un luxe barbare étaler Tinsolence.
Bon peuple, dans ces murs je fixe mon séjour.
Je ne quitterai point mes enfants pour la cour ;
Je veux des citoyens justifier la joie.
C'est un père, un ami, que le Ciel vous envoie.
Je sais que ces remparts renferment dans leur sein
(1) Mémoires de Fleury, t. Il, p. 116,117.
(2) A Paris, chez Moatard, 1793.
« De nombreux partisans de la foi de Calvin. « Ne voyeg point en eux d'odieux acjvcjrsairei;
< Plaignesrles, Mmez-las ; ils m\\ ^ussi yûf tjAf^-.
« Verpeur n'est pas ufi crin^e ^\ix yeujç ^e VÈténxel * N'exige^ dojic pas plus que n'exige le Ciel ! »
D'BlmaQce, mi d'enftnce d^ Fépelpa, Yieut Ifti mopilter tes peines ! |l a demandé le poo^piai^A^qa^at (i» C^mbrii» parce que c'e^t 4^fîs oôUe v|ll^ q^^ m feipme Hé}û](8e Qst (QortQ ayec son enfant e^u fpnti 4*ijn clpîtrçi, Fé^elon ^^m^ d^ )e consoler, ïl lui apprend CQipbien 1^ yert^i e^ aiwable, pwi, mges^nx ^ revenir, \\ s'éçyie qu'il fppmer^ U j^iiinei^e (^yqq !Wlémaque :
« Là, mauvais courtisan, je veux peindre à la fois « Les misères du peuple et les crimes des rois I »
Amélie, fille d'Héloïse, apparaît et dit en secret à Fénelon que sa mère est enfermée dans les souterrains d'un cloître. L'archevêque appelle un prêtre qui le prévient qu'on rattend à Téglise :