‹ Le théatre de la revolution, 1789-1799Chapitre 72 sur 137 · LB MAGISTER · texte numérisé non relu

LB MAGISTER

« Mais qui vous a rendus si savants depuis tantôt ?

UÈORGET.

« L'abus qu'vous avéfe M% de l'autorité que vous l^ëfié 6M8 « arrogée sur nous !

tti AtÀGISTER.

« La gldlfê ^tii ttôus environne * N'est que ehimère, je le vois ; < Comme un despote sur son trône

î m msLm ]é diétoi» aeë im*

t Ici tout tfembloit & mfl TOix.

< Un enfant renverse Tidole.

< Je ne sais par quelle vertu

< tout moti pouvoir est àbâtlti...

* Ah I poui* les tyi'âhs tjtiellé êcôlë l (blé) »

Une dès pièces c[ui eût le J)lTis dé shécèà pendant là hévolution, qui fut jouée par ordre du pêiiplé dans les l*ôp^ésentations populaires et rendue presque ôbligâtoli*e pâf le décret du 2 août 1793, fut la tragédie de Lemierré , bùiltàûffië tell, qui n'avait eu qu'un médiocre succès en 1766 et éii iiS*J. Le stylé était inégal et diffus, les vers tâbôtetix, iiiais tirt grand amoiir de la liberté y dominait. On applaudissait surtout éetle généreuse déclaration de Guillaume Tell :

• Amis, pour iiii pays tout eîitief Je m'immole ;

« Qu'importe qui je sois dans là postérité I

« Nous affranchir voilà notre immortalité I

« Que de si grands desseins par nos mains S'accomplissent,

'* Que la suisse doit libre et que nos noms périssent I... >

En 1791, Sedaine offrait en hommage aut mâneS dé Lémierre son drame sur lé ttiêtae stijët (1). Cette pièce dont Grétry fit la musique Ait représentée au mois de mars 1791 sur le théâtre de la rtie Favart. Le bon Sedaine avait écrit dans son avertissement i

« Le temps viendra où lorsqu'on mettra sous nos yeux le « tableau des anciens abus et de l'ancienne servitude» nous sai-' « Birons ayee plaisir cet instant pour nous applaudir d'avoir fe brisé des fers, dont nulle puissance humaine ne peut plus à « présent nous aocabler !..; »

L'auteur apurement et simplement reproduit la légende» Mais le dénouement que tout le monde connaît, Gessler percé d'une

(4) A Ptéi, cliëi kmà^^ti, in îi,

902 LE THéATRIS DB LA. RÉVOLUTION.

flèche par GaîHanme Tell et les Suisses acclamant leur libératear, n'avait pas satisfait Sedaine. Voici ce qu'il proposait. Nons reproduisons textnellement :

« Je désirois, dit Sedaine» qne cette pièce qui finit ainsi pût

< se terminer par les scènes suivantes :

< On entendroit en sourdine l'air da» Marseillais :

< Amour $acré de la patrie^ etc.

< MeJktal père diroit : Qu'entends-je ?... Va voir ce que c'est» « Guillaume Tell 1 ^

c II iroît» reviendroit et diroit :

« Ce sont les François» les braves sans-culottes de la nation « françoise... Alors paraitroient les sans-culottes ; l'un d'eox

< diroit aux Suisses sur l'air des MarseiUais :

< 0 vous qui donnâtes l'exemple « Pour conquérir la liberté»

< Ne renversez jamais le temple

< Que votre sang a cimenté... etc. »

< Ensuite François et Suisses, Suisses et François chante- « roient ensemble :

« Amour sacré de la patrie,,, etc.

« Et je suis persuadé que cela feroit un bon effet f... » C'est poussé par la même préoccupation qne l'on ajouta an titre de < Guillaume Tell * le sons-titre extraordinaire •ou ki Sans-Culottes suisses /...»

Tous les libérateurs des peuples, grâce à l'inspiration des auteurs dramatiques, défilent bientôt sur la scène. Washing^ ton (1) apparaît conquérant sur les Anglais l'indépendance de sa patrie et signant un traité d'alliance avec les Français. L'ambassadeur de la France s'adresse ainsi au peuple américain:

(i) Washington ou la Liberté du Nouveau-Monde, tragédie en quatre actes, par de Sauvigny, représentée le 13jmUetl791, sur le théâtre de la NatioB.

< Ennemis des tyrans sans connaître la haine, € Nous révérons en vous l'âme républicaine,

< Qui de riiumanité rétablissant les lois,

« Dans un oppresseur même a respecté les droits. * < Quand vous goûtez les fruits d'une utile victoire,

< Quand le peuple français, heureux de votre gloire, « Vous félicite ici par son ambassadeur,

« Le devoir qu'il m'impose est bien cher à. mon cœur î... «... »

- Washington lui répond :

€ A ce discours flatteur, à ces généreux traits

« Je reconnais le charme et le cœur d'un Français ;

< Heureux dans mes travaux d'avoir conquis l'estime « D'un peuple courageux, sensible et magnanime î... »

Bai^nevelt (1) vient à son tour chasser le stathouder, Maurice de Nassau, et proclamer la république en Hollande.On acclamai^ ces paroles de Barnevelt à Maurice de Nassau :

€ Vous n'êtes qu'un sujet ; le peuple est souverain ! »

Et le peuple chantait avec les Hollandais :

€ Vive la Liberté î

« Vive la République î « Un chef détruit l'Egalité ; « Bientôt il devient despotique.

« Un peuple n'est plus libre enfin, « Dès qu'il peut craindre un autre souverain.

« Vive la Liberté î

< Vive la République 1 »

On ne peut terminer un 'chapitre sur la liberté sans parler des pièces qui combattirent, avec les œuvres des philosophes, l'esclavage des noirs. Les plus importantes sont Zamor et Mirza, le Blanc et le Noir, les Af)ricains ou le Triomphe de VHumanité.

(l) Barnevelt ou le Stathoudérat aboli, tragédie en trois actes, par Fallet; à Paris, chez Desenne, an m.

La pièce d'Olympe i^ Qmm» i»n^r rt Jif»r«9 fm l'Bmm

Naufrage, dram^ indien en trois actes et on prose (i)^ ist le. présentée aq théâtre de la Nation le 86 décembre 1789. ftroD en croit Igs jo||fn^\i]t < çet(§ pièçQ fit naufrage le «oir. inôme. On çltQFft p§u d§ f^pr^Qn^Uof» ^Bini orftgeq»eft qu« œUç âe ce drame. Vingt fois las oUmeors opposées dM diiiE partû ont pensé rinterrompre. On a erié, on a haranfiié, on i ri» on a murmuré» on 'a 'sifflé...' Grande liéglig^n^ de style, action boitease» situation forcée, ressorte usés et nr

battus... Quelqu'im l'éudt lavé pdttr dii^ ^«9 V^Mm ^t

une femme» le public n'en a pas été plus indnlfonlt^.

Olympe de Gou£[es nous rs^conte à cet égard toutes sqs douleurs. Ce drame avait été reçu en 1783 à Îsl Comédie» impnmï en 1786 et représenté à la fin de 1789. « Les colons» di]t*elle, < à qui rien ne coûtoit pour assouvir leur cruelle ambition, c gagnèrent les Comédiens et l'on assure que rintei€epti(m « de ce drame n*a pas nui à la reeette. »

Le sujet était peu compliqué, Zamop, Indidd illrtrml> W^e des fiots Sophie, fille naturelle de M- de S»a.ii\t-Frémont» gonverneur d'une lie française, Uq ipt^ndai^t a voulu séduire Mirza son amante. Zamor le tue. On condamne Zamor. Il va être conduit au supplice, ç|uand Sophie se fait connaître et obtient sa grftpç, l^^ soldats, quj devaiçat ijnmgler Zamor, ne peuvent retenir leurs larmes. J^^vif chef i^'en aperçoit et leur dit:

# Braves guerriers, m rougt^aex pQÎiit d^ ça mouv^mei^t 4e % sensibilité, Il épure ]§ oQurgge et m l'avilit pas 1.., >

M. de Saintnf réraoflt dQRPQ h libefté k Z^n^ûJ? et à MÛ», puis, s'adressant auit esclav9i 2

< Que ne puis-je de même donner la liberté à tou§ vc«

(1) Chez GaUleau, 1788,

« §embl^bles, ûu du moins adoucir leur sort, Esclaves !

« ^açut0a}.mpi... ^i jwais qn change votre de^tipép, m per-

« dez point de vue l'amour du bieii p^Wiç qui jijsqvj'à présent « voBft fat étr^njpF,,. P^péfez tout 4'^^ gçjuvefj^enifinj éclairé

« eî bienfaisant.,, Aliong, ir^e» a^^is, mf^ lofants, q^'i^pe fête « générftiQ m\ rbQupeuît présage d« §Ptt§ daiwe liberté i»,, »

l^ 5fe»fWî c{ (^ iVipir (4), dpftWô de pig^iiltTl^etifUQ, repré^ent^î le i4 bmfflftir^ $n ÏV mr ]@ tb^^tr# 4e la GiW (S «ov«o)bre479S), est ainsi annoncé par l'auteur :

« J'ai lu Raynal ^\ j'ai écrit Cêt QuyragQ. JP vais entrer « dans quelques 4é{^il9 f ^tr^it^ 4? c^ttp bl^^tP^pe si intéres- € santé pour les âmes sensibles et dpn| Tauteur aurait des « autels chez les nègres, si les nègres savaient lire.,. > La pièo^ n*eut que trais représentations.

Quant à la dQmëdieda Larivallière que jouàr-ent en 1793 lea principaux théâtres de la République, le$ Àfrioaim ou k Trionk]^h(e4^ Vf{umniPé^ elle eut W pertain succès , \\ s'agit encore d'un Zamor et d'une Zélia. Un capitaine de vaisseau français, én)u par la triste §ort des nègres, jure 4^ Financer à 1^ traite.

f h jur§ devant tpus, mes awiS), d'ab^ndonnef pe cpm-, « mw^ abpn^inabte digne des nations barb^^res et wm d'upe ? wpiété pQlicé^, a« i^ennes gens, dopne^-nipi yqs mm^» Tw^ I Qt TaWr^i que j§ i§s ijnisse daas celles 4^ vp^a yé.nér^bie • «oral » (i> ?4m{ ^«^(ir ^{ ^é(i«.)

A ce moment amyg ftn navire qni appgrte la fiûuyell§ de la suppression de la traite.

Les matelots défont les çhaines desuègres et négresses. Tous font des démonstrations de joie et de remerciement. Et l'auteur ajoute: {Ici on peut plao&n un ballet de nègr^fi^)

(0 Paris, chei B|irba, an iv.

306 LB THÉATRB DE LA RÉYOLIITION.

Le principe de l'égalité (1) inspira également les avtean dramatiques et donna naissance à de nombreuses pièces. Nom n'en retenons que cinq ou six.

La Fête de l'ÉgaUtê, mélodrame pantomi-lyriqne de Ilantim et Desvignes, représenté le 24 brumaire an H (i4 noTemhn 1793), snr le théâtre de la Cité, est écrit en l'honneur des volontaires qoi vont partir pour la frontière. Des citoyemm s'avancent vers les jennes soldats, et chacune mH une branche de verdore dans le fosil de son amant. Us ohantent en chœur:

• c Amans et guerriers tour à tour

< Se couvrent d'une double gloire...

< En tout pays Mars et TAmour

« "Sur leurs pas iixent la victoire. »

Ds acceptent à boire et s'asseyent tous à terre. Les dtoyeanes se mettent sur les genoux des volontaires, quand Dk)gtoe sort de son tonneau et brise sa lanterne en disant :

< Depuis longtemps je ne cherchois qu'un homme, « J'en trouve ici des millions t »

< UÉgalitê, la déesse, sort d*une trappe et monte sur un

< petit autel. Quatre citoyens, un général, un sans-culotte, .< un juge de district, un municipal, viennent lui présenter

< des fleurs et de l'encens. La déesse les accepte avec un son-

< rire gracieux et pose son Niveau sur la tète des quatre per-

< sonnages ci-dessus qui le prennent de la main gauche avec

< le plus saint respect. Pais tout le monde crie :

€ Vive la Liberté î « Vive l'Égalité !... »

(l) On se rappelle les denx vers fameux de Voltaire :

« Les hommes sont égaux ; ce n'est point la naissance, « C'est la seule verta <iai fait la différence. »

(Mahomet.)

Une autre pièce de Radet et Desfontaines portant le même titre (1) fat représentée le 7 ventôse an II (23 février 1794) sur le théâtre du Vaudeville. C'est à Jean- Jacques Rousseau qu'on rend hommage en célébrant cette grande fête. — Gérard, riche laboureur, qui avait promis sa fille Agathe h Grififet parce qu'il était riche, se rend aux doctrines républicaines et donne sa fille au pauvre Dupré en ces termes :

« Puisse le rapprochement de deux êtres, qu'avait séparés la « fortune, graver à jamais dans nos cœurs les principes de notre < chère et sainte Égalité. > Alors la fête commence.

Deux enfants, garçon et fille, portent le buste de J.rJ. Rousseau entre deux femmes, qui tiennent chacune un nourrisson sur leur sein.

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