GÉRARD
« Citoyens, nous célébrons aujourd'hui la fête de l'Égalité * et si nous en goûtons les douceurs, c'est à Jean-Jacques ■ Rousseau que nous en sommes redevables.... >
Suit une série d'attaques contre les seigneurs et les prêtres. La Justice n'est pas plus épargnée.
JACQUELINE (femme du père Gérard),
• Et c'qu'ils appellent la justice 1 C'Xe légion de recors, .c'te
v^) Parif, chei Bninet, an u.
||(< LB THÊATai: PE LA EUSTOIiimON. ^^^^^H
« fn^ io rpljes uQifsa,., quand ga (ouibait quenque p|il. 1 OtaU mt ravage, un pillage, au tiri^anilaïe.,,
■ Qamme )a4 rqts ct)<a)ii nou» en atiQOduice
• 0» la Clilcaiie arrivaleut les su^pûts...
• Et, Bans pitié, cutm maudite engeance
• NoQs tourmentait, nous rongeait jusqu'aux 0|l : > Mal» ^ce au Ciel, et malfirâ ia inaliNt
I D'OB» iitiiem d'buiuiepi, pfdUHrsurf, ayoQate, « un a trouva (4 w>rt mtc sens lie juttke,
• QQiime on avait trouvé î" "Wrl a«j! rats 1... ■
Koos pgssdilani • ja Parfaite ^aalUé • aveo < 1» ru (t I\H')(l)Qom^[iia du çjtoysn Darvigny, l'spréseqtés le 3 nivta an U (â3 décembre 1793) sur le théâtre iS'ational, rœ lleU Loi. Voici qnels étaient laa personiittiiM de cette comédie qui ent an griuid anocèsi
Le citoyen Franccçur,
La citoyenne l^'raiiauBqri
Adélaïde, leur fiUa.
Gourmé, *en pfétfndu,
Félis, jeune volontaire, son amant.
Nicolas, jardinier,
Claudine, servante.
Dame Brigitte, servante.
Un cocher de fiacre.
Un marmiton.
la »aèa« ta paise ^ Chaillot. Le brave citqyati FranooiU'V nn des pins chauds amis de la Hâvolution. Quand la toile f lève, il est ooeupé ^ une importante besogne. Il lit son journal.
(1) Pari!, cliBJ Barba, an U,
* Ah I pàAléti I je ^uis énfchâtit^ de cet aHlèîé^là et j'en aurais fait moi-même là iîiôtîôfl. (tt îit).-=^ Pbtir à^iUrét davantage les basés de là ))ârf^ltë égalité tfa{ doit fé^ûèt ënite désBëpùIblicains, dé§ frèfës,tibiiâ détnàfidbti^ que dbi^tiâvaht chaqilé individu, eh s^adfës^âtif à tlb âutfe, ^oit tètitl de le tutoyer. — Il y a bien longtemps que j'avais cette Idéë-lâ... le vais commencer dès ce fiiohlêlit à l'étâbllf fcheis moi. lustémeht, ce sôîr, j'àùrâî beaucoup dé iîiôtlde potlf le t-ëpas des fiançailles de ma allé, d'est ùiie ëtôélleritë àtmiôti et cela redoublera la gaîté de notre petite fêté. *
îl appelle alors Nicolâà, §0n Jârdltilèf, et Ife iùfté â le tutoyer, malgré sa fësiitàiicé. Le bôii hôriittié tê)*miiié Cette §éèhe cômiqtie par cette phrase solennelle l
• Pén^iréz-voùs bien que nous vivons actuellement sôtls les
< lois de Tégâlîtê, qiië ce ii*ést pas pâf les gages qUe Je Vous
* payé que je pfëteiids votiS rëtëiilr chë2 mdl, et qtië lêà liens
< seuls de la fraternité et dé l^àttâchément dôivëht téHhif les
* hommes et les faire rester ensemble. »
Nous conseillons à tous lès ihàttrës de tenir te larigâge k leurs valets de dbambre. Nous répondons dû succès.
Nicolas apprend cette nouvelle à la servante ClâUdiiié, et tous les deux se donnent le plaisir de ttitdyéf Gôuf tiié lé prétendu, qui, en vertu de son nom, se i*egimbé et va se plàiridfe à Francœur. Celui-ci réplique :
« Mon enfant, fai3-loî àirhef, cela tè vàîidrâ beaucoup
< triieuit... iriaîs pour dû respect, oh! c'est un mot rayé du « dictionnaire !... >
Adélaïde, sa fllle, fartage cette manière de toir. Il feùt enléiidre son petit caquet :
« Le respect est une chimère, fàrgitèit est une sottise, mais f Vattachèment çt fàrfiitU sont les basée de toutes les sq^
« ciétés, la liberté en est l'objet et V égalité en fait le honkenrh Le père, qui est décidément fou, va au-devant du volontaire Félix pour l'engager à se conformer à la mode nouvelle le force à tutoyer sa fille et à lui donner le baiser de fraternité. Sa femme, qui présente les mêmes signes de douce démence, se précipite, sur la scène et raconte qu'elle est ravie, enthousiasmée : •
« Partout, dans Paris, je n'ai vu que des frères, des amis... « Hommes, femmes et enfants, tout le monde se tutoie, « s'embrasse !... Plus de fierté, plus de distinction 1 La morgne « est bannie et l'égalité triomphe ! Je suis entrée chez nn
* parfumeur pour avoir des gants. « Qu'est-ce que tu veux^
* citoyenne? » m'a dit la fille de boutique... Jusqu'au cocher « qui m'a amenée 1 « Ifé bien t me donnes-tu pour boire d ta
* santé, ma grosse républicaine?... * Jusqu'à ces bonnes petites
* filles de notre portière, quand j'ai passé !..^ « Comment « te portes-tu, ma grosse maman ?... > En vérité cela m'abean- « coup divertie 1 » (Elle rit de tout son cœur).
Et le bon homme Francœur s'écrie :
« C'est plus que divertissant, ma femme, c'est satisfaisant, « c'est intéressant.. . C'est une preuve du progrès que la raison « fait parmi nous 1 »
Il donne Félix pour époux à sa fille à la place de Gourmé qui n*est pas assez citoyen, et termine la pièce par ce petit sermon :
« Ma femme, mes enfants, mes amis,
« Nous n'avons tous qu'une mère, c'est la Patrie I Vivons « tous comme des frères. Bannissons toute distinction. Ne « respectons que la Vertu. En nous tutoyant, que chaque mai- « son de la République offre le spectacle touchant du bonheur < et de la parfaite Égalité I »
A la même époque (décembre 1793) Aristide Valcour, en-
LE NOUVEAU MONDE. 3ii
ragé jacobin^ donnait an théâtre de la Gité^Yariétés nne pièce à pen près semblable, < le Votis et le Toi (i) > . Justin^ amant de Virginie^ fille du cultivateur Marcel, arrive au lever du rideau, un papier à la main :
« Oh 1 l'excellente nouvelle ! plus de vous!,., toi, toujours « TOI en parlant à un individu. En corrigeant cet abus de la < langue, c'est resserrer les liens de la fraternité et poursuivre « Faristocratie jusque dans ses derniers retranchements !...
n chante.
< Par là complétons sa défaite,
< Frappons son orgueil criminel, « Et que le vous de l'étiquette
« Le cède au toi plus fraternel.
« Le cachet de la servitude
« Est imprimé sur le mot vous;
* Ce mot à l'oreille est si rude
« Et le mot toi parait si doux ! (bis) »
La joie transporte ce brave garçon. Il crie < Vivent les sans-culottes, vive la Montagne auguste et sainte t-... » II chante encore :
Oui du fond d'un marais fangeux L'hydre affreux du fédéralisme,
< Levant son front audacieux, « Nous ramenait au royalisme;
« Mais l'on surveillait ses projets, « Et malgré Pltt, Rome et l'Espagne,
< Ce monstre, l'eflroi des Français,
« Fut terrassé par la Montagne I (bis) *
Justin convertit la servante Barbe au tutoiement et se livre à une orgie de « tu » avec sa belle Virginie. Le père Marcel consent au mariage de Justin et de Virginie, mais la mère Marcel ne veut donner sa fille qu'au citoyen Glaçon. G'est
(i) P^rig, chez Gal|leaQ, an ii.
m ibMiM: « Pif tohSSitBëfli, ail ftlsHil; é^MMMBrt k pl^ dttfitëretii de \à flëtAbU^te \
< Hé mot seiil me met eii coiirrôtîx :
< m modéré t quel monstfë Ififer'fiàl i
c < Otiird^» rdfhHfë,^ c^ Jfëiii lHiii inW '
I nous porttot les invài fràiidè itmi» fui
t>tt mm titfëM ëhài&ë Ii2{»ërqtti i 6M1I tiit6^. Ifliiiè
coraflrliiid plltd fiëâ I IdtM ëëS éllàiigëftiëittt: tté Mt MH Mttleversë, le calendrier, par eUeiltple ?... Le père Maicel lii répond :
< Si l'molâ tUMe H^ik »hm^,
« C'est q'ia MM' blâii6tiîi fies eifittlAd.;. « Si celui-ci s*â{j{Jell' *HffiAif e
< C'est q'c'est là H{m m ftIââS ; '' € Prairial Ml hibïihf hïik mm^ ^
< Messidor hb^lVi ââi iUdli^blig^
< Et |7V4i^»^ jeiiit a âdâ gêfbâs
i La pltts tërmeiUe des boissons t:i( « •
Le jardliiiei* Thibaut^ Mh m iBiii p^ mi in^H MâffiM, profite de l'occasion pour faire Térudit.Il cite AsfiHB^;PtHttài et les braves représentants Maraî et LepêlleHef' if^'il pleure tons les jours, morts pt)U^ tttidf}* pris Iki Utéf^H iti peuple trop à cœur. Glaçon refuse dé s^âSèbéief à de tùfbiëti)ë&t éi à cette égalité. Tous le raillent de sa iborgiie et le lûtôiëhL II répond qu'il existe des égards qu'il faut respecter ; que la société est une échelle dont les différents ëishelond..i
ïiitBAtfï {IM tôttpttnt te pdf^bUs).
< Tais-toi; Monsieur de l'échelle I II n'y ëii ftplUB: Çafl'était « bon qu'à entretenir l'^lrgiieii de l'aristocratie.*. <
Atk : Mbri père était pt)t,
« TOttà ces Biatix Messieùx dU btth tdtl
< Étiont grimpés au faîte.
« Nous, assi^ au dernier échelon^
( rti'dfiidtis pas lëVër In lêtë:
k Mftid t'ia quTons nlt)tttë,
« Via qu'j'ons culbuté
« Tout' la maudit' séquelle î...
« Et pdttf It^'éiëH et biËii
< Tout 9ëit âë hiriâU
«J'avonsfiflôëHëHëllé!:::
< Les prêtres, les noUes, tout çà nMiàit c(ue clés mascarades « pour faire peur aux. grands enfansi;;
« Cependant parhli lël pi^tfë^ f.:;
< N' jr i$h fl) m(}t>gué) p«$ «fi qui véilléi Q'est de Ift HidtÉëHë )t tdAt çs I ji «
La mère Marcel, soudainement éontërtië) t^éiite ^e GlàÇdti n'a pas assez de patriotisme j parce qu'il s'est indigné d'entendre chanter à Thibaut qu<9 le9 Iroid prenaient le masque populaire et que ce masque :
« C'est ç'iui-la qu'est l'mieux imité î « C'est l'art le plus lin qiii i'apprète» « Il est tellement Incrusté « Qu'il né tombe qu'avec là tête /.i. *
Glaçon renonce à la mai» âë Vii'lJitlié ëi èëri. Le jardinier Thibaut lui crie de loiti :
I i Ah ! }ftiâ§ri'i»Ul fâifë; Yû I }è të irëë^hiiââli'dèrâi à là sëci « tion I »
Jhâtiil et Virgifaië ëbtiëîlûëht eii&n pOttf lëttr iinîaii le ëéhs^ntëlhëtit de la l^itojrëfiûë Marcel) qai ëSt âeVëiitië UHë Vëi^i^ table patHetë.
On voit par cette pièce grossière de qtièllë fkçOh lëS Jâbd^ hins, détournant le mot de sa véritable acception, entendaient l'égalité, m la ti^atlâfbi'iiiâiëtit ëtt Hiië tjrt'ânBiê oSiëUse et révoitanté !
314 LB THÉATBI DX Là BÉYOLUTIGII.
Dans la Plaque retournée (1), comédie Tepsésoitée le i9 nivôse an n (18 janyier 1794) le semurier rEveillé dit ai valet Boorgnignon qui ne le tutoyait pas :
< Ah t prends un autre langage,
< Le Vous n'est plus de saison.
< Le Toi, maintenant d'usage,
< Marque franchise et raison.
* Du Vous protecteur sévère
< Désormais ne te sers pas...
< On doit tutoyer son frère»
« C'est ainsi qu'on est au pas t »
Ce brave révolutionnaire» qui retourne les plaques des cheminées suspectes, aspire à épouser la fille du patriote La Mon. tagne. Celui-ci ne le trouve pas assez avancé pour devenir m gendre. L'Éveillé lui répond :
« Vos craintes sont légitimes»
c Mais vous m'avez mal Jugé...
Regardant les bustes de Marat et de Lepélletier :
' « Depuis ces grandes victimes,
• Je suis comme un enragé.
< Chers soutiens de la patrie, « Votre sort, n'en doutez pas,
. < A doublé mon énergie, « Pour venger votre trépas.
Cette déclaration satisfait La Montagne, qui donne sa fille an serrurier patriote.
. Un sourd, le citoyen Poli, subitement guéri, alors que tout le monde le croit encore sourd (2), entend son médecin Dorval tutoyer sa femme. II se croit trompé et \a se venger quand sa femme lui apprend :
iSi
A Paris, à l'imprimerie, me des Droits de l'Homme, an ii. Le Sourd guéri ou les Tu et les Vous, comédie de Barré et Léger, représentée au Vaudeville, le 12 pluviôse an ii (31 janvier 1794),
LE NOUVEAU MONDE. 3iS
i « Que par un usage auquel les cœurs ont donné force de loi, •i tous les Républicains, qui ne forment qu'une seule famille? ont adopté le langage de la fraternité... *
MARIANNE [la Servante), « Et que moi maintenant j'te dirai : citoyen, ton déjeuner « est prêt I... y*
Poli donne sa fille à Dorval qui en était amoureux et avait déjà obtenu le consentement de la citoyenne Poli. Joie générale qui se traduit par des chants :