US HARDI
< Rien ne fait croître les lauriers
< Gomme les regards d'une belle !... *
Mais l'officier qni commande les volontaires dans h pîftce « lu Chouans ou la Républicaine de MàlesiroU » (i) sacrifietn bien, sa vie et son amour à la patrie :
< Je suis jeune, je suis Français
< Et le plaisir m'est nécessaire.
« J'aime à lire un prochain succès « Dans les yeux furtifs de Glycère.
< Hais au premier son du tambour
< Je sacrifie
< A la patrie
< Hon.bien, ma vie et mon amour ! »
Dans la comédie de Moithey et Bellemont « Anumr et Valeur » (2) représentée le 28 thermidor an m (15 aoAt 1795) sur le théâtre de l' Ambigu-Comique, le soldat La Montagne ne peut pas comprendre que les Autrichiens puissent se fidre tner pour leur souverain :
« Voyez quelle imbécillité !
< Se battre pour une couronne, « Soutenir avec cruauté
« Les intérêts d'une personne t « Pour un tyran lier, inhumain, « Ces insensés perdent la vie...
< Mais le soldat républicain '
< Ne la perd que pour sa patrie t (bis) »
La Vraie Bravoure{3)fCotùédie de Duval et Picard repr^ntée le 13 frimaire an II (3 décembre 1793) sur le théâtre de la République, a dû inspirer Glais-Bizoin pour sa pièce le Vrai Courage, jouée avec insuccèsà Genève. Le volontaire Henri re-
(l) 6 noTeinbrel794.
(i) Â Paris, chez Barba, an m.
(3) Paris, chez Lepetit, an ii.
fuse de se battre en duel, mais pour montrer qu'il n*est pas un lâche, il vole au combat et revient blessé, tenant un drapeau pris à l'ennemi. Le commandant dit aux soldats que cet exemple doit « les engager à rayer pour jamais de la langue a républicaine cet affreux mot de duel, qui ne peut que rap- « peler des idées de noblesse > et de monarchie ! Il ne doit « ejdster d'autre honneur chez les Français que celui de servir (( la patrie !... »
L'idée qu'on doit se faire du courage français est tellement grande que, dans la prophétie en deux actes de Mithié « la Descente en Angleterre » (1), le général français voyant le commandant anglais, acculé à une capitulation, se faire sauter la cervelle, s* écrie :
« 11 était digne d*être Français I »
Et dans le Déjeuner anglais ou le Bombardement d'Ostende^ comédie de Boullault (2), on chante avec enthousiasme :
« Le soldat français aujourd'hui « Ne sait calculer qu'avec la gloire ; « S'il compte avec son ennemi, « C'est au moment de la victoire I »
« Le Dédit mat j "de», divertissement patriotique de Léger et Philippon,joué au Vaudeville le4 messidor an II (22 juin 1794), allie la gaieté au patriotisme, si l'on en juge par la déclaralion du père Roger, l'un des personnages :
« Une douce folie « Plaît à la liberté...
« L'amour de la patrie « N'exclut pas la gaîté. »
(l) Représent e le 4 niTôse an vi {<n décembre 1797) an théâtre de la Cité-Variétés.
(i) An même théâtre, le 15 prairial an vi (3 jnin 1798).
338 hZ THÉATBE DE LA RévOLimOli:
L'AMOUfi,
De tons les sentiments hamains, c'est eeini qu, va notre scène française, fournit le plus àe chances de siiooèi à nne pièce. Anssi l'Amonr a-t-il été exploité par le théàtn révolutionnaire .comme par les théâtres précédents, mais malheureusement avec une phraséologie prétentieuse, une logomachie ampoulée qui sont à cent lieues du. ton gracieux et coquet, du vrai xviii* siècle, des ravissantes compositions de Sedaine et de Marivaux. Il semblerait qje les auteurs ont été chercher leurs phrases vides et sonores dans l'éloquence ballonnée des places publiques, od toutes les bornes servaient de tribunes à de beaux parleurs, âèves» panlt-îl, de Démosthène et de Cicéron... Des feix, dss nosods» dei appas, des bocages, de la sensibilité, de la félicité, de la tendresse, de Tallégresse, les torches de l'Hymen, la ceinture de Vénus, l'arc et les flèches de Gnpidon, l'écharpe d'Iris, des petits oiseaux, des ruisseaux murmurants, des poisons fatals, des poignards acérés, -des serments mortels, des baisers enchanteurs, des mignons, des tendrons, enfin un clinquant démodé, des faux-ors, des verroteries criardes, des rubans aux couleurs passées, des ^rfums éventés dans des flacons à tournure gothique et des romances banales, le tout assaisonné çà et là de déclarations politiques, voilà le piteux bagage que portait le pauvre Amour à la fin da xviii» siècle. Pour lui seul, point de 1789, point de régénération, point d'aurore nouvelle 1... Écoutez Enthime on Adélaïde dans le Comte de Comminges (i) qui murmure «d'une
(l) Drame d'Arnaud, h Paris, chez le Jay, 1790.
LB NOUVEAU MONÛS. 339
^oix laDgmissante et affaiblie » devant le cloître où va finir
sa vie :
< Des nœuds, des nœuds cruels me tiendront asservie ! » Et le comte son amant qui demande ainsi la mort :
« Achevez d'enfoncer le poignard qui me tue! »
M. de Limeuil, qui avait soupçonné un instant sa femme Pauline (1) de le tromper avec le chevalier de Saint Phar, reconnaît son erreur et le dit éloquemment à sa femme :
< Je soupçonnai Tamour, j'outrageai la nature t
« J'exigeais en vertus ce qui n'est qu'ira posture...
« La nature et l'amour me rendent le bonheur ;
« De tous les préjugés notre siècle est vainqueur t... >
Saint-Far (2) est pauvre. Il aime Eugénie d'Orville, mais plutôt que de la priver de la fortune, il va lui laisser épouser le riche Florigni, sans lui avouer son amour. Tout se découvre et la belle enfant lui dit :
< Le destin, tes malheurs t'ont privé de ton bien, « Mais ils n^ont pu changer la sensible Eugénie. >
Et Saint-Far lui répond :
< Dans le cœur des humains avec égalité « La Nature grava la sensibilité t... >
« La chaste Suzanne > (3) n'a de valeur que par les allusions qu'elle souleva à la veille du procès du Roi. Quand Azarias^ le juge, dit aux vieillards Accaron et Barzabas :
« Voud avez été ses dénonciateurs... Vous ne sauriez être ses juges ! » toute la salle éclata en applaudissements. Le len*
(l) Comédie de madame de F..., représentée au théâtre de la Nation le V jaillel 1791.
(!2) Saint-Far ou la Délicatesse de l'Amour, comédie de Pain (à Tours, ebes Vaogaer, i7^), représentée à Paris le ti décembre 1793.
(3) Pièce en deux actes, représentée le 5 janvier 1793 an Vandeville.
3hJ T-E THÊATRR DELA HBVOLUTI'
demain la pièce était interdile, Léger l'auteur, lUdet et DH' fontaines, principaux fournisseurs du Vaudeville, arrêtés,
Qnaiit i l'amour dos vieillards, il était exprimé d'une façon comique. Barzabas chantait daait le jardin en attendant Sglanne :
■ Près de l'objet çu'on a rendu sensible
• Un jour entier passe comme un éclair ;
' Uais qu'une nuit, Igu'une nuit est pénible
• Pour UD amant qni la passe au graud air I .,
■ 0 nuit funeste,
• 11 ne me reste
■ Au fond du cœur
• Que l'amour et la peur I-.
• Hais c'est ici que viendra la cruelle
< Et sa pudeur s'y croira sans témoins...
• Que n'ai-je, hélis t pour bien voir celle belle,
< Deux yeuK de pins et quarante ans de moins I •
Accaron, l'autre vieillard, arrive. 'Fous deux s'écrient : • Vous ici I — Pourquoi ï — Pour rien,
BAHZABiS.
" C'est Suzanne, c'est elle i Que vous attendez î
■ Pour trouver cet e belle
• Ici vous rAdez I
BAIIZABAS.
■ Votre ardeur criminelle î...
ACCABOK.
• Vos méchants desseins?..,
Eiuemblt.
I Je vois tout, tête sans cervelle ■ Ab I que je vous plains î... >
Ils sarpreoneot Sozanne et lui chantent :
• C'est vons, oui vous qui me rendez coupable, • Beauté trop aimable,
2 * Partagez les feux
« Que j'ai pris dans vos yeux !... »
L'histoire de la tragédie à'Alonse et Cora (1) mérite d'être contée. L'auteur, Dumaniant, était un acteur de province, il, n'ayant aucune pièce intéressante sous la main à donner • public, prit le parti de faire une tragédie pour le jour de sa présentation, « afîn de payer son hôte et de réaliser une rette passable » (fie). 11 sentait bien son insuffisance pour ce Qre de composition, mats le cas était pressant. Il fallait faire e tragédie ou laisser sa petite garde-robe en gage. « Je ne balançai plus, dit-il. C'est d'après le machiniste et les acteurs, que je pouvais employer avec succès, que je fis mon plan. Tout me réussit au delà de mes souhaits. Ma pièce fut aux nues ; mais ce qui me réjouit davantage, c'est que ma recette fut la meilleure de toutes. Je gagnai 400 livres, tons frais îs^is et je partis de la ville, couvert de gloire et avec quelques louis dans ma poche. »
Dumaniant porta sa pièce à ses anciens camarades du théâtre là République, mais il fut forcé d'avouer que sa tragédie n'y t pas un brillant succès. 11 fit cependant force compliments mademoiselle Simon qui « avait joué le rôle de Cora avec ;te sensibilité qui ne s'apprend pas • t Cora, jeune prêtresse du Soleil, trahit son pays et sa foi en uant un Espagnol, Alonse. Les compatriotes d'Alonse ont \ le frère de Cora et son père lui demande en retour d'imtler le jeune Espagnol qui vient d'être fait prisonnier par Péruviens.
« Enfonce dans son sein le poignard que jadis c Je retirai des flancs où tu reçus la vie ! >
Clora refuse avec indignation :
l) Représentée le 28 janvier 1793 sur le théâtre de la Répabliqne.
< Ah ! plutôt que ma main rougisse d'un tel sang « Elle se plongera sans crainte dans mon flanc. »
Les Espagnols délivrent Alonse qui épouse Gora, son amante.
L'opéra de « Roméo et Juliette » de Léger jeune et de Steibelt, mélangé de dialogues en prose, fut joué à Feydeau le 10 septembre 1 793, et eut un immense succès, grâce à des tiiades alambiquées et à des déclamations emphatiques. C'est dans ose des représentations de cet opéra que survint on jour um aventure plaisante :
« Madame Deharme au cinquième acte était couchée sur son tt tombeau et faisait admirablement la morte. Hais il pleuvait * à torrents et la pluie filtrait à travers les ardoises da thé&tre « fort mal couvert. Une goutte vint tomber sur le nex de « Juliette qui remua la tète en faisant une grimace. Seconde « goutte^ seconde grimace. Roméo ce tuait à lui dire à voix « basse : « x\e remue donc pas i » Mais la goutte d'eau qui (( tombait de très-haut lui donnait chaque fois une assez forte (( chiquenaude. Elle se mit à Tépier et an moment où elle « arrivait, détourna la tète. La goutte lui tomba dans l'oeil.-^ (( Pour le coup on s'aperçut dans la salle de ce qui se passait. « Chacun se mit à contempler les gouttes qui filtraient au « plafond. La voilà ! disait l'un. — Gare l'eau ! disait l'autre. « — Madame, cria un malin en se levant, voulez-vous acte cepter mon parapluie?... L'opéra finit très-gaiement (1). »
Un quaker dans la comédie a Allons ça va » fait à sa façon
sa déclaration sur l'Amour :
« Oh I ma maîtresse à moi n'existe qu'en chanson. « J'ai passé, mes amis, le temps où l'on s'engage... « Mais dans la saison du bel âge,
(O Mémoires de Jtf^^'"* Flore, cilés par V. Fournel, Curiosités thédtrala, p l8i,18o.
< J'étais tout comme nn antre amoureux d'un tendron ; < Toujours discret, jamais parjure, « Soumis k la Beauté, j'unissais la raison « Aux douces loix de la nature t >
Aristide Valcour, l'auteur jacobin du Vous et du Toi mêle la politique à l'amour dans « Charles et Victoire ou les Amans de Plailly )>, comédie jouée sur le théâtre de la Ci té- Variétés le 30 brumaire an II (20 novembre 1793) (1). Le lieutenant Charles Bouchard revient de la guerre pour épouser sa fiancée Victoire. Le rival de Bouchard, l'accapareur Durfort, fait croire ^ son père que Victoire est une fille sans honneur. Quand les deux. amants apprennent qu'on s'oppose à leur mariage, ils se tirent des coups de pistolet. Heureusement leurs blessures ne sont que très-légères. Le père de Bouchard, ému et convaincu, consent à l'union des deux jeunes gens et Durfort est emmené ea prison comme suspect et comme accapareur. L'auteur s*est livré à de pompeuses tirades. L'héroïque Victoire s'écrie en pensant à son amant :
u Si tous les Français ressemblaient à Charles Bouchard, à a Tamant chéri de mon cœur t... Oh t ils lui ressemblent ! « Tous ont comme lui Tamour de la liberté, l'horreur de la a tyrannie t... La République est pour eux une mère adorée a et tous ses défenseurs sont frères. 0 Charles, au milieu de a la grande famille, souviens -toi quelquefois de la sensible a Victoire t... • Elle l'appelle, mais sa mère, la citoyenne Gardeil, loi reproche son impatience :