LES CITOYENS
composant
LE THEATRE DE LA NATION, à leurs concitoyens,
« Le besoin de notre justification, citoyens, ot plus encore, llumunige « que nous devons à la vérité, nous forcent à démentir deux asserlioBS : << Tune, relative à l'heure où Tarrté de la Commune nous Ait renis << samedi ; Tautre, que la Commune, mal informée, sans doute, a énoaeée « dans son dernier arrêté, on se lisent ces paroles : Que les ComédieMi, â» « mépris de V arrêté de la Commune, etc. — Nous certifions et offrons de " prouver, quant à la première assertion, que l'arrêté prohibitif ne nou:: «< tut remis le samedi 12 qu'à dix heures et un quart (lu matin, heure n " laquelle une partie du public étoit déjà rassemblée aux Bureaux, et non (< l:i veille, comme quelques journaux mal informés l'ont imprimé. Quant à " la seconde, voici les faits dans 1?^ plus scrupuleuse exactitude :
<< A l'heure où l'on commence le spectacle, au milieu des cris nnanimes « qui demandoient l'Ami des Lois, le citoyen Fleury s'est avancé, et a dit: " Citoyens, votre empressement à venir voir l'Ami des Lois nous prouve u le désir que vous avez de vous y soumettre. Un pouvoir, constitué par
< représentation de la pièce dite VAmi des Lois, se proposent de « la continuer ;
< Considérant qu'il est de son devoir de maintenir le res- « pect dû aux autorités ;
a Considérant que la République serait incessamment livrée « à l'anarchie, si les pouvoirs constitués ne se renfermaient pas « dans les bornes que la Déclaration des Droits leur a tracés;
« Considérant que la mesurequ'il avait prise était tellement ■ indispensable qu'elle a réuni Vapprohation des sections, qui « lui ont réitéré l'expression de leurs craintes sur la continua- « tion des représentations de cette pièce ;
« Considérant que le décret de la Convention, en passant à € l'ordre du jour sur la pétition de l'auteur de ladite pièce, ^ motivée sur ce que les corps administratifs n'ont pas le droit - i'exercer la censure sur les ouvrages dramatiques ne peut * s'appliquer d Varrêté du conseil général qui n'a eu d'autre « motif que la sûreté publique ;
« voas-mèmes, en snspend la représentation ; je vous supplie de Yonloir « bien accepter le Conciliatetir à la place de cette pièce.
u Apres ces mots, le citoyen Fleary a présenté an pablic l'arrêté de la « Commnne. Quelques citoyens, lui ayant objecté que cet arrêté était eon- « Iraire aux DroUt de l'homme, à ceux de la propriété et de la liberté, et ** lai ayant crié de le déchirer, Fleury leur a répondu que toute Loi « émanée d'un pouvoir cotuttilué étoU respectable^ et qu'il mourrait plutôt la « Loi à la main, que de lui portet atteinte. C'est au milieu de cette dis- « cnssioa que le maire est rentré snr le théâtre, apportant le décret de la « Conyeaiion, dont Fieury a fait la lecture. Le décret lu, et d'après la M permisaon du maire et celte du commandant général, motivées sur le « décret de la Convention, l'Ami des Lois a été représenté paisiblement.
« Il résulte de cet exposé, que les Comédiens ne sont point coupables ^ d'avoir annoncé, le samedi, sur leurs affiches, la cinquième représen- '< tation de l'Ami des Loi», puisque l'arrêté prohibitif ne leur avait été « apporté que le samedi à dix heures et un quart du matin ; il résulte I « que ce n'est pas non plus au mépris de cet arrêté qu'ils ont représenté I " l'ouvrage, puisqu'ils ne l'ont fait qi^uiorisés par le décret de la « Convention, que sur la double permission du maire et du commandant « général.
« LES SEMAINIERS. »
(De l'imprimerie de D^lormel, rue du Foie.)
M LR THâATRE DB LA HÉVOLVttlW?
' ConsidéraQt enfin qne le conseil exécniif qui, dans k
• arrêté d*; ce joor, a enjoint an nom de la paixpnbliqnen
• directaursilesdiiTérenis théâlres d'éviter la représentation dt
• pièces qni jmqu'S ce jour ontoccasionnéquelqneslronblBsfll
• qui ponn aient les renonveler dans les moments présents, i
< connu sans doule la légitimité des molifâ qui ont fait sns-
• pendre la représentation de HAmi des Lois, qui ne pent Slrf ' ngud€ qne commis une pommg de dUtorde jetée au milieu du
t tùtoyetu de Pari» pour allumer la faveur dn parti» (1); 1
> La minislère public entendu,
« Déclare qu'il persiste dans son précédent arrêté, mandeet |
< ordonne au commandant gëmiral de prendre toutes les me- ,' BOrei convenables pour assurer son entière exécution.
• OHOuvBLLE, vi/:e-préiident.
' couLOMBBAiT, secrétaire-gref^r. •
Le 16 janvier, le conseil exécutif transmit son arrête ï la Convention. Il souleva la discussion suivante que nous n^ pouvons passer sous silence, vu sa gravité :
> Péfion. — Je trouve que l'arrêté du conseil exécntit
■ blesse le» principes et <-«1a ne sera pas difficile à d^mn-
• trer. Les magistrats font des invitations. Ils appellent chei
■ eux les directeurs des spectacles et leur représentent qn'il est
< imprudent de laisser jouer telle ou telle pièce, l'aï fait, moi, ' de pareilles invitations et elles ont réussi... Hais o^est
• gêner la liberté que de défendre en (ténéral de joner les
• pièces qui peuvent troubler l'ordre public, parce qn'on ne - sali pas jasqu'oii se porte celte défense. Je vais plus loin.
■ Je soutiens que l'arrSté du conseil exécutif va contre le ' décret qne vous avez rendu samedi, puisqu'il s'est permis
< de le limiter aux pièces qui n'avaient point excitd des
(I) Bemiirquei bien colle pemme qui allume .'...
« tFonbles. Je demande qne cette partie de l'arrêté du con- « seil exécutif qui viole la loi que vous avez rendue soit « cassée. »
Goupilleau demande à lire une lettre du commandant général Santerre en réponse à celle qui lui avait été écrite par le comité de sûreté générale.
Dans cette lettre il est dit que le commandant général de la garde nationale parisienne et deii\ ofÏÏciers municipaux furent insultés hier au théâtre de la Nation par les citoyens qui étaient au parterre (1).
« Guadet, — La cassation de Tarrèlé du conseil exécutif est « proavéeparlesfaitscontenusdanslalettrequevientdelire Gou-
* pilleau.Le manquement de respect pour les magistrats vient < précisément de la défense déjouer la pièce.La pièce avait été
(i) Santerre fut acctieilU entre antres par les cris de : A bas les gueux du. 2 septembre ! A bas les assasùm / A bas le général Mousseuv ! On connaît l'épitaphe de ce brasseur du faubourg Saint-Antoine.
<r Ci-gît le général Sanlerre
« Qui n*ent de Mars que la bière ! »
Voici le rapport du conseil exécutif sur cette affaire :
* Hier vers les six henres, dit le rapport, le commandant général provi-
* soire fut appelée au théâtre de ta Nafinn, parce qne les maj^istrats y « 7 étaient Insultés par ceux qui vonlaieat t Ami den Lois, SanfiTO d'a- <( bord ne se montra pas et fit demander un des offici^r^ municipaux qu «( étaient consignés an balcon- On Taperçnt et on l'insulta! Il fnt traité, « ainsi qne les officiers mnni'*Jpaux, de /tcélérat. Le général reconnut plus « de trois cents personnes des pins acharnées qui menaçaient avec de gros
«c bâtons. Une d'elles fnt aussilot a-rètée. C'est un domestique chez Gilet, « procureur, section de la C>'oix-Rvtffs. Il y en a plusieurs désignés, entre «c antres un grenadier du Ç%nU')ïiTÇi Saint- Antoine. Ce grenalier est connu « du général p^nr avoir montré des sentiments contraires à la Révolution «c et dont le frère est un sigmtaire de pétition, qui a été à l'armée pour se « soustraire un moment. Plusieurs présentèrent le pistolet. Le commandant « général ne ponvaut obtenir le silence leur dit qu'ils étaient des aristo- « crates !..
C'est dans cette soirée que « le parterre voyant qu'il ne pouvait faire « représenter l'Ami des Lois demanda qu'au moins la lecture en fnt faite « sur le théâtre. Plusieurs jeunes geas s'y élancèrent aussitôt et la pièce « fut lue au milieu des transports du plus vif enthousiasme. » (Th. Français, Etienne et MartainvillCj tome III.)
jouée plusieurs fois et il n'y a eu du désordre qnelonqa'on a défeûdu de la jouer ; et il y avait opposition parée qveU municipalité avait violé les principes de votre décret.Leerà* seil exécutif défend de jouer les pièces qui peuvent exdtw èi trouble, mais il n'y a pas une pièce dont on puisse assnier que sa représentation n'occasionnera pas du désordre... Il faut qu'on laisse la liberté aux thé&lres. Les magistrats doi* vent veiller à la police. J'approuve la proposition de Pétioa. « JUaure. — On m'a assuré que le 5* bataillon de l'Yonne a^ voulu se porter au théâtre de la Nation pour en chasser là spectateurs.
« J[***.— Lorsque Molière Voulut faire jouer iùnTariuffêy tons les hypocrites et les hommes qui y étaient joués st^oppoe^nt à la représentation de cette pièce; cependant elle fut jouée et c'était sous le règne de Louis XIV.
« DuboiS'Crancê, — Vous avez renvoyé au conseil exécutif l'exécution des lois et le maintien de la tranquillité dans Paris, pendant le temps du jugement de Louis Capet. II est notoire qu'une foule d'aristocrates se rendent à Paris. Les émigrés désertent les drapeaux de Condé et viennent à Paris. U est bien conséquent de ne point leur fournir de lieu de rassemblement. Je ne juge point VAmi des Lois; les principes sont bonSj mais le but de l'auteur est perfide. (On murmure.) Dans la dernière représentation de cette pièce, il n'y avait que des domestiques de ci-devant ; c'estun fait dont la municipalité est certaine. C'est elle qui est chargée, sur sa respoDsabilité, de la police de Paris et il existe dans cette ville des hommes qui sont sans moyens d^existence, des anciens privilégiés. Ce sont ces hommes que le conseil exécutif devrait chasser. Je dis que la Convention doit passer à l'ordre du jour sur la motion de Pétion. »
L'ordre du jour est rejeté.
La Convention adopte la proposition de Pétiôn. •Danton, — Je l'avouerai, citoyens je croyais qu'il ëtaitd'autres objets qui doivent nous occuper que la comédie. (Quelques voix : il s'agit de la liberté !) Oui il s'agit de la liberté. Il s'agit de la tragédie que vous devez donner aux nations ; il s'agit de faire tomber sous la hache des lois la tête d'un tyran (on murmure), et non de misérables comédies.Mais puisque vons cassez un arrêté du conseil exécutif qui défendait de joaer*des pièces dangereusesà la tranquillité publique^ je soutiens que la conséquence nécessaire de votre décret est que la responsabilité ne puisse peser sur la municipalité. Je demande donc que la municipalité soit déchargée de sa responsabilité.
* Pétion, — Le langage que vient de tenir à la tribune un ancien magistrat a droit sans doute de nous surprendre tous. Vous venez de rendre un décret qu'il ne vous était pas permis de ne pas rendre. Vous avez consacré un principe que vous ne pouviez pas méconnaître. Le pouvoir exécutif a outrepassé ses limites. Il a violé la plus sainte des lois : la liberté. Son arrêté est conçu en termes généraux : il est attentatoire à la liberté de la presse. C'est toujours en interdisant ainsi vaguement ce qui pourrait occasionner du trouble qu'on a,sous l'ancien régime,enchainé toutes les espèces de libertés. La loi met les pièces de théâtre sous la responsabilité des auteurs et des acteurs;voilàlaresponsabilité,lavraie,la seule responsabilité. Mais quand on vient dire que la municipalité doit être déchargée de toute espèce de responsabilité, ce raisonnement est-il de bonne foi ? Non... Je demande donc la question préalable sur l'amendement. »
La question préalable fut adoptée, à la grande colère des
Montagnards.
Le dimanche âO janvier 1793, les troubles recommencèrent» ainsi que le raconte la Gazette nationale :
\m I.B TITÉATHB DE LA BÉVOUJTIOK.
■ Le conseil général avait encore chargé mardi derûiet le
• gién^ral Santerre d'empficher que l'Ami des Lois ne firtjoné. « Les coraéiliens l'avaient prévenn, Ils montrèrent le o
• (le résister au vceit des assistants rjni demandaient TAmiia
• LoU et rejetÈrenl lont ce qu'on proposait en reraplacemenl.
• Les spectalenrs, au lien de s'irriter d'une ri^sislance que l'oa I ne ponvait qn'estiiner dans les acteurs, prirent lear parti*
gaiement. On clianta et l'on dansa la Carmagnole iasip'i l'tieure oii les spectacles rinissenl. Voilà les trouble! effrayants et l'agitation faclieu e produit cette comédie I U i
■ faut convenir que cette cOi,^^„;)lion comique n'est pas, il | I moins, par les effets, d'une bien grande noirceur.
• Le commandant générai a encore supporte, cette fois, la
■ mauvaise humeur Ju public. Il fit arrêter un jeune homiDe
• qui parut oublier plus que les autres, les égards dus à us
■ fonctionnaire public, exécutant des ordres. Ou reste, cel ' événement, qui fait suite à celui de samedi, n'a pas altéré U . profonde iranquilJilé qui régna dans Paris, •
Enfin, le 4 février, on voulut exiger des comédiens qui avaient dû interrompre rAmi des Loit une nouvelle représeatalion, mais Dazincourt, au nom de ses camarades, vint sapplier le parterre de ne pas les forcer à jouer un ouvrage «1ml les suites pourraient leur devenir funesles > .
Six mois après, la Comédie- F ra.içaise était envoyée, partit anx Madel on nettes, partie à Sainte-Pélagie, sur la dénonciation de Collol d'Herbois, etLaya décrété d'accusation, mis honla loi à cause de son œuvre courageuse, était réduit k se cacher pendant tout le temps de la Terreur pour éviter l'échafaud (1).
U Ami des Lois îixt repris le 6 juin t79S au théâtre Feydean,
Daais il n'eut qu'un demi-succès, car il avait perdu sa brûlante SMïtualité. A vingt-cinq ans de distance, Laya en disait : < Ce d'était pas un bon ouvrage, mais c'était une bonne action. >
L'Ami des Lois était le dernier effort des vrais défenseurs ie la liberté. De pluviôse à thermidor, c'est-à-dire pendant six tnoiSj la Commune et les Jacobins sont les maîtres absolus. [Is exercent la censure la plus redoutable, ils suppriment et les pièces et les auteurs qui les gônent. Toute résistance semble inutile. La Terreur règne. On ne joue que des pièces patriotiques et Dieu sait à quelles pièces on prostitue cette superbe épithètel
< Ce n'esta que le 10 thermidor, quand tout Paris a vu dès le matin, à Taube qui blanchissait, Telfigie sacrée de Sylia traînée dans les ruisseaux de la rue Honoré, que Paris, que la France éclatent en un cri, en un millier, en un million de voix : Mort aux Jacobins ! Du sang 1 demandent toutes les voix; du sang ! demandent toutes les plumes ; du sang i demandent tous les deuils, et de toutes les portes veuves d'un hôte où l'ange exterminateur a laissé une trace de sou doigt, sort l'ombre d'un fils mené par son père, d'un père mené par son fils qui murmure : Mort aux Jacobins /... (1). »
Alors, les crieurs annoncent dans les rues, dans les carreours, sur les places, des publications avec des titres de ce genre : « Les litanies des Jacobins, l'agonie des Jacobins, les grififes des Jacobins, les crimes des Jacobins, l'enterrement des Jacobins, la grande détresse des Jacobins, les complots des Jacobins, les grandes prouesses des Jacobins, le coup de grâce des Jacobins, etc., etc. >
(l) La Société française pendant le Directoire, par MM. de Goacoart^ page 116.
Le théâtre devient aristophanesfjue et fustige à pleins coups de fouet, aux applaudissements frénétiques des spectateurs, ceux qui ont opprimé et torturé la France.
C'est le drame de Lebrun-Tossa * Arabelle et Vascos ou 1m Jacobins de Goa » (i), qui ouvre 4a marche, vingt-six jours après la chute deRobespierre. Pour qu'on ne doute pas des allusions, l'auteur écrit ea tète de la brochure que < la plus parfaite ressemblance existe entre les Jacobins de l'inquisition et ceui de Paris». Le lâche et hideux Barrère essaie de s'opposer à h représentation : il est culbuté par le courant et laisse jouer la pièce, redoutant pour ses crimes un châtiment qui se rédaira à la transportation.
Vascos, fils du gouverneur de Goa, aime la jeune esclave Arabelle, fille d'un chef d'Indiens. II est, sans le savoir, Is rival du gouverneur, son père. Un intrigant, Gomez, et le grand-inquisiteur complotent contre Vascos dont ils redou- . tent le pouvoir. Mendoza engage son ami Vascos à se défier de l'inquisiteur.