LKS SCULPTURES DE LA SALLE
fure est des plus crânes. Deux clairons disposent symétriquement leurs tubes de cuivre et leurs embouchures, au-dessus d'un'^képi soldatesquement posé. Les lèvres sont pincées comme celles de l'artiste en marche, quand il fait résonner sa trompette.
La sixième de ces têtes est la représentation de la Musique de chasse. Le grand veneur féminin est, pour ainsi dire, casqué par les entrelacements de deux trompes où résonnent les hallaU; l'œil fixe, les joues bien enflées, les lèvres faites au moule pour faire chanter le cor au fond des bois.
Dans les pilastres qui ornent le rez-de-chaussée de la salle du théâtre, se trouvent encastrés, au milieu de rinceaux dorés^ des bas-reHefs très méplats, représentant une Bacchante, Hébé, Pandore et la Vénus Anadyomède. Dans ces bas-reliefs, on devine bien une lointaine réminiscence des compositions sculptées par J. Goujon et dont les originaux se trouvent au musée du Louvre ; cependant la manière dont ils sont traités leur donne plus d'analogie avec les sculptures décoratives de l'époque Louis XVI qu'avec celles de la Renaissance. Les figures de la Pandore et de l'Hébé ont une vé-
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ritable élégance : la première élève entre ses mains le mystérieux coffret d'où s'est échappée la nichée des vices ; elle l'élève, souriante, au-dessus de sa tète, avec une sorte d'orgueil, en ayant l'air de dire : « Envolez-vous, mes beaux oiseaux ! » La seconde soulève la précieuse aiguière qui contient le nectar; il me semble que la céleste servante a dérobé quelques plumes à l'oiseau favori de sa maîtresse, pour s'en faire une coiffure! Quant à la Bacchante qui agite son thyrse d'une main et son masque comique de l'autre, elle ne possède ni la grâce antique des bas-reliefs grecs, ni le lascif déhanché des figures de Gillot.
La Vénus Anadyomède dont un monstre marin entortille les jambes avec les repHs tortueux de sa queue , et que des colombes au blanc plumage semblent vouloir entraîner au ciel, est une pauvre petite fillette, bien grêle, dont les flancs ne seront jamais assez larges pour donner naissance à l'Amour.
L'auteur de ces bas-reliefs est encore M. Chabaud, dont le nom est souvent revenu sous notre plume qui ne lui a pas ménagé les compliments mérités.
Nous devons avouer, qu'il est extraordinairement difficile pour un artiste de reproduire tou-
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jours ces éternels sujets, puisés dans l'histoire mythologique et que chaque siècle, jusqu'ici^ a arrangés avec le goût de ses mœurs et suivant la mode du jour. Les sculpteurs, plus que les peintres encore, ont été voués à l'allégorie à perpétuité. Ne serait-il pas temps enfin, de sortir un peu l'art de ces pastiches sans cesse renouvelés ? Ne se trouvera-t-il pas unluudacieux qui, au Heu de nous faire le portrait de la Mère des Amours nous montrera tout simpleînent celui d'une belle fille, bien cambrée et vêtue d'un costume pittoresque, qu'il prenne son modèle soit à la ville , soit aux champs !
Pourquoi une Bacchante, pourquoi ce thyrse et ce masque comique ? Manque-t-il au' théâtre de ces rieuses personnes dont le travesti est un puissant auxiliaire pour faire rentrer l'artiste dans son sujet ? Quant aux Pandore , n'y en a-t-il pas à revendre et le petit coffret mythologique ne se trouve-t-il pas avantageusement remplacé aujourd'hui par la boîte à bijoux ? Pour ce qui est d'Hébé il y a longtemps qu'elle a été mise à la porte de l'Olympe et la Jeunesse me semble bien s'être réfugiée sur la terre. C'est donc une déesse qui doit toujours être moderne puisqu'elle est toujours jeune. A l'aiguière, au nectar, elle a substi-
tué la bouteille au goulot d'argent et l'Aï mousseux : elle se contente surtout d'eau claire, de beaucoup d'illusions, et d'un peu de poésie !
Ceux qui connaissent l'entrée de l'amphithéâtre des baignoires et de Torchestre du nouvel Opéra, c'est-à-dire^ la porte monumentale se trouvant au centre du grand escalier, peuvent avoir une idée bien exacte de la porte qui conduit de l'intérieur de la salle de Monte-Carlo dans le promenoir du Casino.
Si cette dernière n'est point en tout pareille à l'autre, elle lui est du moins bien semblable. Il est vrai que les marbres précieux et les bronzes qui figurent à l'Opéra ne sont pas ici employés avec autant de profusion.
Toutes les sculptures de l'entrée monumentale de l'escalier de Paris sont l'œuvre d'un même artiste M. J. Thomas; à Monte-Carlo au contraire, chacune des figures est l'œuvre d'un statuaire difî'érent. Les deux cariatides en bronze florentin sont dues à M. AizeHn et à M. Bayard delà Vingterie. Celle de droite, un livre sous le bras, représente la Littérature; celle de gauche, tenant la lyre antique (la
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testudo, faite d'une carapace de tortue et de cornes d'antilope sauvage) représente la Musique.
Au centre du fronton coupé s'élève un groupe imité du dessus de porte de J. Goujon à l'hôtel Carnavalet, et nous montrant deux petits génies ailés accostant l'écusson de Monaco. Ce dernier groupe a pour auteur M. Mathieu-Meunier.
M. Gautherin, qui est l'élève de MM. Gumery et Paul Dnbois, dont tout le monde connaît la très gracieuse statue représentant Clotilde de Surville, a modelé pour le théâtre de Monte-Carlo les deux grandes figures de renommées qui forment le motif milieu de l'arcature de la scène. Le sujet était peu neuf à traiter : depuis l'antiquité^ que de fois ne les a-t-on pas répétées ces deux bonnes femmes se faisant pendant sur les arcs de triomphe, volant avec un air placide de chaque côté d'une proue de navire, d'un bouclier, d'un œil-debœuf, etc. ? Ce serait à vous faire fu/r à jamais la renommée et les renommées. Celles-ci ont été conçues par l'artiste dans un caractère tout à fait décoratif, elles s'enlèvent bien sur les moulures formant cadre. Nous regrettons que la dorure qui les recouvre entièrement alourdisse beaucoup leurs
formes et qu'un artiste de la valeur de M. Gautherin n'ait pas été appelé à exécuter, pour ce théâtre, une œuvre plus personnelle et plus à la portée des regards, car c'est un des statuaires dont la sculpture supporte et mérite, surtout, un examen attentif.
Mentionnons encore, a titre d'ornementation sculpturale, nombre de masques, de lyres, de cartouches, ainsi que des bas-rehefs ornant la rampe des loges en encorbellement. Toute la sculpture purement ornementale, qui a été confiée à M. Darvant pour l'extérieur de l'édifice, a été confiée, pour l'intérieur, à M. Corboz : l'un et l'autre ont rivalisé de zèle et d'habileté pour arriver à heure dite et s'acquitter de la tâche artistique et difficile qu'ils avaient à remplir.
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DANS presque tous les ateliers d'artiste on rencontre le moulage d'une figurine antique représentant une danseuse voilée , qu'on nomme généralement la Therpsichore. Cette statuette possède , dans ses petites proportions , toute la majesté d'une véritable statue : elle en a la grande ligne et le grand style. Mais ce qui charme au plus haut point dans son exécution, c'est la voluptueuse discrétion de l'artiste qui l'a faite. Bien plus habile que ceux qui s'imaginent nous séduire et captiver notre regard en agissant comme le roi Candaule, il a enveloppé la provocante nudité de sa Muse d'un tissu des plus légers et des plus amoureusement
collants qu'on ait rencontré sur un corps qui veut tout faire voir, sans rien montrer.
Une tentative analogue à celle de ce sculpteur s'est produite dans la représentation en marbre d'une Baigneuse qui ornait la Nymphée du palais pompéien de l'avenue Montaigne. Le statuaire moderne était même allé plus loin que celui de l'antiquité : il avait donné la coloration des chairs aux endroits où le voile de la pudique Suzanne épousait de plus près les contours.
C'est probablement le souvenir de ces deux œuvres d'art qui a guidé M. Saintin dans la composide la frise qui se trouve sur la gauche de la scène. Le fond d'or sur lequel se dessine sa guirlande de danseuses et de danseurs, était propre à inspirer au pinceau de l'artiste^ l'imitation du style antique. M. Saintin a su, malgré cela, fairç une œuvre bien personnelle.
Avec les éléments d'un art rétrospectif, il a créé une des farandoles les plus gracieusement dévêtues qui se puisse voir dans la transparence des étoffes. Elles sont toutes plus jolies les unes que les autres ces fillettes enveloppées de gazes légères qui ont le don de ne rien cacher. A travers la diaphanéité de leurs couleurs rose tendre, lilas clair, violet pâle et vert d'eau^ on voit les colorations tantôt brunes,
tantôt blanches des corps des danseuses. Déjeunes éphèbes, aux cheveux lustrés, aux grands yeux noirs, se trouvent mêlés aux gracieuses filles; de beaux petits bambins se trémoussent aussi, dans la longueur de cette frise, et dans la candeur de leur nudité.
Diderot a émis un aphorisme qu'il a répété assez souvent avec des variantes : « Ils ne savent pas, dit-il d'abord, à propos d'un tableau de Vanloo représentant les Grâces, que c'est une femme découverte et non une femme nue qui est indécente. » et au sujet d'un tableau de Lagrenée représentant la chaste Suzanne, il a écrit : « Une femme nue n'est point indécente, c'est une femme troussée qui l'est. » Si notre philosophe était de ce monde, que dirait-il en voyant les sauteuses de M. Saintin ? J'aurais grand peur que la verve satyrique du premier des Saloniers ne s'exerçât un peu aux dépens de notre artiste, et, peut-être, devant les transparences voulues des tissus choisis par lui, ferait-il, dans le domaine des mots hardiment troussés une découverte.
M. Monginot nous est surtout connu pour avoir fait de grands tableaux décoratifs où le ressouvenir
de Desportes s'unit à celui de J.-B. Monnoyer. Ce sont presque toujours des natures mortes où les fleurs, les fruits, les têtes de cerfs, les chiens et toute la vénerie servent de fond à quelque personnage vivant, traité comme un accessoire. Aujourd'hui, l'artiste a dû créer un bas-relief en peinture, et se conformer, ainsi que M. Saintin aux exigences des lois architecturales. Le sujet de la composition de M. Monginot est intitulé : La Musique. C'est une procession dans le genre de celle des Panathénées, où les personnages, habillés ou déshabillés, suivent les modes de l'antiquité et se suivent les uns les autres, méthodiquement rangés à la queue-leu-leu en jouant,, chacun, d'un instrument aussi antique que le style dans lequel ils ont été conçus.
Le dessin de tous ces processionnistes est d'une ligne épurée et ne déroge pas aux classiques traditions. C'est la frise décorative dans toute sa simplicité, exécutée par un peintre connaissant à fond les procédés de son art, et n'ayant eu qu'un seul but : celui de faire une œuvre pas tapageuse et correcte de proportions.
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La frise décorative qui occupe le fond de la scène se divise en trois compartiments : le premier à gauche est occupé par une peinture de M. Dusautoy personnifiant la Poésie ; celui du milieu, par une peinture de M. Barrias symbolisant le Chant; et le dernier à droite, par une peinture de M. Motte, représentant la Comédie.
Ces trois sujets se détachent sur le même fond d'or que ceux de la Danse par M. Saintin et de la Musique par M. Monginot.
Pour représenter la Poésie, M. Dusautoy ne paraît pas être monté sur aucun des sommets du Parnasse grec, soit même du Parnasse contemporain.
Il nous fait assister à la lecture d'une ode ou d'un poème quelconque, faite par une dame vêtue de blanc, qui éprouve peut-être beaucoup de plaisir à scander ses hexamètres devant une autre dame vêtue de violet n'ayant pas l'air de l'écouter avec une attention bien soutenue. Trois autres personnes se trouvent là debout, elles forment galerie et s'intéressent visiblement fort peu aussi à la déclamation de la femme auteur. En somme, sujet froid, froidement traité et exécuté avec soin.
Le Chant par M. Barrias, est ce qu'on peut appeler une composition de milieu. Placée au cen-
tre de la frise courante qui orne le fond de la scène, elle se trouve directement au-dessus de la grande porte à fronton enguirlandée de personnages peints par M, Clairin.
M. Barrias est un élève de l'école de Rome, ayant conservé, de ses études à la villa Médicis,les traditions de l'art purement académique. Il n'est point un novateur; ne cherchez point dans ses œuvres cet entrain et cette gaîté qui peuvent se rencontrer dans les toiles d'un artiste moins formé que lui sur les bancs de l'école, mais ce que vous ne pouvez lui contester c'est une franchise parfaite d'exécution, une connaissance exacte de son métier de peintre et même un style dérivé des maîtres de l'antiquité et de la Renaissance.
Plus que ses collaborateurs voisins, il avait pour traiter le sujet de cette frise, les éléments voulus, dans son talent.
Le groupe qui forme le milieu de sa composition est celui d'une jeune femme assise, chantant en compagnie d'un jeune homme assis auprès d'elle.
C'est l'amoureux duo de la jeunesse et de la beauté. Point de grande passion dans l'expression de ces deux figures; point de mouvement,, de gestes ni de physionomie. Ils chantent comme les
tourterelles roucoulent, ils chantent pour eux tout seuls, sans qu'aucune émotion se trahisse au dehors d'eux-mêmes. Il y a bien à droite un groupe composé d'une jeune mère tenant son enfant dans ses bras^ d'un pasteur vêtu d'une tunique dans les rouge feu, de deux enfants tout nus qui se lutinent sur le sol ; il y a bien à gauche quatre figures, plus ou moins attentives à leurs mélodies, dont l'une d'elles, une femme vêtue de bleu et vue de dos, est fort gracieuse de pose et bien étudiée comme ligne, mais toute cette assistance a l'air de ne pas inquiéter nos deux chanteurs qui sont là tout simplement comme un motif milieu, en vue de plaire aux lois de la symétrie architecturale, et sans se méfier qu'il y a au premier plan, un petit gaillard, bien potelé, leur faisant le salut du gamin de Paris.
La Comédie par M, Motte, est l'œuvre d'un jeune artiste qui s'est fait remarquer depuis quelques années au Salon par de curieuses compositions où il a fait revivre, à l'exemple de M. Aima Tadema, les plus anciennes traditions de Thistoire du monde : il nous a intéressés tour à tour avec les holocaustes au dieu Bel et la légende du cheval de Troie. Dans ses tableaux, on retrouve presque toujours la préoccupation d'une idée architec-
turalement décorative : cela n'a rien qui nous étonne, M. Motte étant un des transfuges de l'armée du juste compas dans celle du couteau à palette.
A côté de M. Barrias, M. Motte n'avait qu'à bien se tenir, il avait pour mitoyen un maître de l'art classique. Sans faire tort au précédent, sans lui refuser les qualités acquises par une longue étude, nous n'hésitons pas, pourtant, à déclarer que M. Motte a plus d'individualité dans sa manière, s'il a moins d'expérience dans l'exécution picturale.
La figure de la femme assise a un archaïsme de forme tout à fait séduisant, les transparences de la blanche tunique qui la revêt, son mouvement voluptueusement câlin^ le geste ondulé avec lequel elle soulève le masque comique au-dessus de sa tête, en font bien la représentation symbolisée de la Comédie antique. Auprès d'elle, et par un audacieux anachronisme, se montre, debout, une belle dame du XVP siècle, vêtue d'une de ces grandes robes montantes qui dessinent dans l'étroitesse du corsage les élégances delà taille. Devant elle s'agenouille le vieil amoureux au costume bariolé, avec les jambes mi-partie rouge, mi-partie jaune, offrant à la Dame de ses pensées un coffret rempli de perles et de joyaux, et soutenant de l'autre
main la vieillesse de sa galanterie, en s'appuyant sur un robuste bâton.
La dame à la grande robe verte remue d'une main distraite les colliers et les parures, elle ne néglige pas les hommages du vieillard séducteur, mais par un galant mouvement de tête en arrière, elle présente ses lèvres aux baisers d'un jeune cavalier qui, en guise de richesses a de beaux cheveux noirs et une fine moustache.
N'est-ce pas que cela est parfait ? Nous avons là devant les yeux l'éternel thème de tout l'art comique, qu'on le prenne dans Plante, dans Térence, dans Molière ou dans Beaumarchais : c'est toujours la femme, avec ses ruses et ses galanteries, c'est toujours le vieil amant bafoué, le jeune en bonne fortune ; c'est la séduction, c'est l'art et l'amour.
Dans un coin de cette composition se trouve un singe, le type du comique et du mime, le modèle grimaçant du comédien. Dans un autre coin, un perroquet le rabâcheur de phrases péniblement apprises, se pavanant dans sa robe de plumes merveilleusement coloriées, comme pourrait le faire un cabotin de province.
Dans la décoration de la scène du Théâtre de Monte-Carlo, Charles Garnier s'est décidé, presque à la dernière heure avant l'inauguration de la salle, à faire une œuvre osée entre toutes, celle de décorer les espaces laissés libres par le profilement des frontons et des chambranles qui ornent les portes donnant accès sur la scène. Ces baies sont au nombre de cinq : il y a celle qui est au milieu du panneau du fond, et deux autres sur chacun des panneaux latéraux. Elles se trouvent circonscrites dans une sorte d'arcature qui se reproduit symétriquement autour d'elles.
Aussitôt que l'idée lui fut venue, il écrivit à M. Blanchard, un jeune peintre bien connu, qui a été avec Clairin, un des amis intimes d'Henri Regnault. Blanchard habitant Nice, arriva aussitôt et se mit à l'œuvre.
D'un autre côté, Charles Garnier apprenant que M. Lenepven, directeur de l'Ecole de Rome, allait quitter la villa Médicis pour céder sa place à M. Cabat, le paysagiste , lui télégraphia en lui demandant de faire les cartons de deux dessus de porte. M. Lenepven lui répondit séance tenante : « Je fais les cartons, je quitte Rome, m'arrête à Monaco, fais mes peintures et retourne à Paris. »
Charles Garnier avait ainsi le côté droit et le
côté gauche de la scène assurés de la collaboration de deux peintres de talent.
Quant à la porte du fond , il ne suffisait pas de quelques bambins joufflus , fermes de chair et friands de coloration pour baguenauder de chaque côté d'un fronton pointu, il fallait tout un entourage allant du parquet à la clef de voûte de l'arcade faisant cadre. G. Clairin qui était en veine d'audace, se plut à multiplier sur un espace assez restreint et torturé par les saiUies des moulures, les ingéniosités de son pinceau. Il a réuni là, sur un fond bleu tournant au vert, de jolies figurines souriantes qui s'escaladent les unes les autres et ont l'air de se cogner aux angles de l'architecture. C'est bizarre, audacieux et n'a rien qui nous déplaise.
Têtes de séraphins ; cupidons de la Renaissance ; chanteuses aux vêtements éclatants ; aux grands sourcils noirs bien arqués, aux yeux de flamme ; guerriers embouchant la trompette ; choristes de tous sexes et de tout âge sont là^ pêlemêle, grouillant les uns parmi les autres et se livrant entre eux la plus hardie bataille de coloration qu'on ait jamais vue autour d'une porte.
L'ensemble des peintures qui ornent la scène la relie fort heureusement à la salle du théâtre ; ces
peintures ont aussi le rare avantage de captiver le regard des auditeurs des concerts.
Les évolutions du bâton du chef d'orchestre ; l'habit noir, la cravate blanche^ le coup d''archet des musiciens, leur tenue irréprochable et la mesure de leur jeu peuvent bien attirer, un instant, l'attention ; mais il est plus agréable encore, croyons- nous, de laisser vaguer ses yeux sur de belles œuvres d'art tandis que l'imagination peut voguer sur des flots d'harmonie.