L'INAUGURATION DU THÉÂTRE DE MONTE-CARLO
IL existe un terme consacré dans l'argot des ateliers d'architecte, quand, étant au moment de finir un travail pour une exposition ou un concours, il faut mettre la dernière main à l'œuvre, faire des tours de force, d'activité, prendre une subite résolution, afin de produire ce qui aurait mérité encore de longs jours d'étude. — Cette fièvre de la dernière heure, le coup de feu de la fin, cela s'appelle : être en charrette.
Dans les derniers jours qui ont précédé l'inauguration du Théâtre de Monte-Carlo, il y avait dans tout le chantier, aussi bien extérieurement que dans l'intérieur de la salle, une formidable
charrette : ici on démontait activement les échafau-
loG LE THÉÂTRE DE MONTE-CARLO
dàges, on faisait les raccords de maçonnerie et de peinture, on hissait sur leurs piédestaux de colossales statues, là on fixait au mur des glaces de huit mètres de hauteur, on montait le lustre, -on apportait les banquettes et les fauteuils encore tout emmaillotés dans des housses protectrices. C'était un va-et-vient continuel d'ouvriers de tous les corps d'état, d'artistes ayant collaboré au Théâtre et venant voir leurs œuvres en place, de journalistes prenant des notes, de curieux et de curieuses forçant la consigne des portes. Dans les couloirs on apercevait une trentaine de mosaïstes, assis à terre ou agenouillés, formant des dessins de toutes sortes avec des petits cubes de pierre et de marbre. Les peintres décorateurs illustraient les plafonds des galeries, de motifs semblables à ceux qu'on voit dans les maisons italiennes ; les parqueteurs clouaient leurs planchers, afin de laisser le champ libre aux tapissiers , ces derniers, fixaient leurs tentures de soie et de brocart; enfin, tous redoublaient de zèle et d'entrain.
Le vendredi 24 janvier 1879, à deux heures de l'après-midi, tous les exécutants de l'orchestre de M. Romeo Accursi, envahissaient la scène encore toute encombrée d'échelles de dimensions invraisemblables où des peintres décorateurs étaient