‹ Le théâtre de Monte-CarloChapitre 18 sur 19 · L INAUGURATION DU THEATRE · texte numérisé non relu

L INAUGURATION DU THEATRE

juchés pour faire des corrections à la peinture des frises. Les premiers violons ne tarissaient pas en éloges sur l'excellence de leurs sièges rembourrés à souhait.

Dans la salle : Ch. Garnier et sa famille, le personnel de l'administration, les jeunes architectes employés à l'agence, des reporters, des artistes, quelques acteurs et entre autres deux célébrités du théâtre : M. Capoul et M""^ Miolan-Carvalho. L'un et l'autre de ces artistes étaient là pour répéter le morceau qu'ils devaient chanter le lendemain soir pour l'inauguration.

Capoul est monté le premier sur la scène, gardant sur sa tête son chapeau droit en feutre noir, ayant à la main une badine à pomme argentée ; dans la poche gauche de son veston on voyait passer la petite lisière lilas clair d'un foulard mis là, tout exprès, dans l'intention manifeste de rajeunir un peu la tenue de ce jeune premier. Dans chaque loge les ouvriers s'entassaient pour écouter la vocahse de l'amoureux de Virginie ; dans le lustre descendu jusqu'à terre, au milieu de cette corbeille étincelante du prisme des cristaux et des bronzes dorés, un ouvrier en cotte bleue plaçant les dernières pandeloques n'osait bouger, de peur de faire sa partie dans l'orchestration, en agitant

les grelots dorés qui sont suspendus au-dessous de ce lustre.

On entendait par ci, par là, quelques coups de marteaux inconscients venant des toitures, mais malgré cela la voix de l'artiste modula, avec ses plus douces intonations, avec son charme le plus séducteur, les phrases musicales qu'il avait à faire entendre.

M"^ Miolan-Carvalho lui succéda sur la scène, et nous pouvons dire que peut-être jamais, ces deux artistes ne furent applaudis avec un enthousiasme plus sincère. — Les peintres décorateurs, ces rossignols de l'échelle double, qui font retentir de leurs chants les cours et les vestibules de nos rnaisons en réparation, ces adorateurs nés des airs d'opéra comique n'étaient pas, vous le pensez bien, les derniers à taper des mains, après avoir entendu la voix de leurs célèbres confrères ; leurs visages rayonnaient étrangement, et le pinceau était bien près de leur tomber des mains.

Le soir de ce même jour grand lavage dans les escaliers, les éponges faisaient une connaissance intime avec les marbres blancs^ les mosaïques; des escadres de gardiens de nuit portaient, dans la salle, des fauteuils en velours géminés qui devaient garnir le parquet ; au dehors du bâtiment on dé-

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