LA CONSTRUCTION DU THEATRE
la fin d'avril 1878. Ch, Garnier se mit à l'œuvre immédiatement, attelant au travail toute l'école d'artistes jeunes et vieux qui connaissaient sa manière de procéder, son style, sa forme et ses secrets de construire.
Dans la pléiade d'hommes éminents appelés à collaborer à l'Opéra, beaucoup de noms sont devenus célèbres ; beaucoup de ces noms se retrouvent comme signature au bas des œuvres d'art du nouveau théâtre de Monte-Carlo.
Mais Ch. Garnier n'est point un retardataire, il n'est point de ceux qui ont peur de l'inconnu et des nouveaux talents ; au contraire, on dirait qu'il est à la recherche des individualités demandant à se faire jour. Il ne déteste pas non plus les audacieux et ne méprise pas l'artiste, qui, ayant manié le pinceau toute sa vie, a la fantaisie, un jour, de saisir l'ébauchoir du sculpteur. Il accueille avec la même confiance celui qui, occupé d'un autre art, soit littéraire, soit dramatique, viendra traduire en marbre ou sur la toile les créations de son imagination. Il est un des rares hommes ayant compris que l'art est un, et que les façons d'exprimer étant multiples, il se peut qu'un cerveau bien équiUbré dirige, dans des voies différentes et avec le même bonheur, la main d'un artiste.
lO LE THEATRE DE MONTE-CARLO
Le grand point dans la construction du théâtre de Monte-Carlo était d'exécuter à coup sûr et vivement; il ne fallait point tâtonner, s'arrêter à la sublime épuration des lignes, effacer mille fois son dessin. Il était utile, au contraire, d'écouter l'inspiration du moment et de suivre fidèlement ce que pouvait donner le premier jet de la composition.
Les vieux auteurs classiques nous ont répété, mille fois, en agrémentant l'histoire de leurs plus sublimes périphrases^ que la belle déesse Minerve était sortie armée et casquée du cerveau de son père l'illustre Jupin. Cette bonne déesse était celle de l'Intelligence, de la Sagesse et des Beaux-Arts, et la fable nous donne là un cours d'esthétique à nul autre pareil.
Les ciseleurs de contours, de métaux et de phrases peuvent être d'habiles fabricants, des artisans studieux et pleins de conscience , mais Tartiste vraiment digne de ce nom, est celui qui ne se laisse pas attarder par les mille futilités d'un esprit soigneux de bien faire ; il a le jet, l'inspiration première à laquelle il obéit, et qui sort toute armée de ses facultés intellectuelles. Les œuvres d'art ainsi créées, avec spontanéité, sont toujours originales, pleines de verve, d'entrain et renferment des qua-