‹ Le théâtre de R. WagnerChapitre 5 sur 9 · VI · texte numérisé non relu

VI

Tout à coup, la symphonie s'éclaire et s'illumine en même temps que surgit, d'abord exposé par les violons et les violoncelles, un thème nouveau, que nous retrouverons plus tard avec des sonorités plus éclatantes encore dans les cors ou les instruments en bois ; c'est le thème de Siegfried.

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viol, tt VIolonrellfH

Et voici paraitre le héros en personne, vêtu comme

(I) Les vers cités sont ceux île la vcrsi->n de Victor Wildcr.

un habitant des bois, une trompe d'argent suspendue au côté, tenant en laisse un ourson, qu'il lance contre le nain, déjà détesté comme un inutile et fallacieux tuteur. Le langage du héros est plein de verdeur :

Hoïho, hardi ! mange le nez du traître!

C'est le salut qu'il adresse à Mime, tout en riant à gorge déployée des terreurs du nain à la vue de l'ours. Puis, quand il a bien ri, il rend la liberté à l'hôte importun des bois. Ce n'était qu'un jeu. Ce qu'il veut maintenant, c'est l'épée que Mime lui a promise et qu'il ne lui donne jamais.

Le nain angoisseux et boitant lui présente alors celle qu'il a forgée.

Quoil C'est cela? cette lame fluette.

Est-ce un hochet pour m'amuser?

dit Siegfried, et, d'un coup sur l'enclume, il la fait voler en éclats.

Son dépit et sa colère se traduisent en un thème nouveau dans la Tétralogie :

Htb.CÎ

VUl

viol, et AltoM

Htb.CI

tic.

Viol.jAltj Vloloiir.

Son allure vive, le rythme décidé, le dessin, capricieux et énergique en même temps convien-

nent admirablement à Texpression des juvéniles impatiences du héros.

Plein de rage concentrée, il s'est jeté sur le banc de pierre près de la forge. Mime l'attendait à ce répit, et, prudemment, par de mielleuses paroles, il cherche à le calmer. Il lui offre même à boire et à manger. Mais Siegfried, sans se retourner, du revers de la main, rejette au loin les mets présentés. Alors le nain, d'une voix dolente, se plaint de l'ingratitude de celui qu'il a élevé et nourri.

C'est sur une mélodie bien caractérisée, d'une Ibrme rythmique très déterminée, que le nain chante à Tingrat les mérites et les soucis de sa paternité d'occasion :

MIHR

Poupon vagisï^ant, mes bras t'ont re-i;u Ché-tif \-ermis-

i \pip

r\UJy^f^i\

seau, mes niainstbntvè -tu- c'est moi qui t'offrais à boire à raao-

p^mji'ji

^ I m jr~^

* ger; je t'ai dé-f^n -du contre tout dan - çer

Cette page importante, se détache très en relief de tout ce (jui précède. Elle a la forme absolue d'une romance, et, à ce titre, elle mérite d'être notée. I^lle est, d'ailleurs, remarcjuablc par le caractère plaintif et comique tout ensemble (jue Wagner a su imprimer aux paroles et à la musique.

L'instrumentation en est, malgré sa simplicité,

d'une force et d'un charme d'expression surprenants. Tandis que les bois et les cors se partagent alternativement la partie chantante de Taccompagnement, dans les basses persiste obstinément un dessin, variation du thème des Nibelungen (III) qui passe des violoncelles aux altos alternativement, formant, sous la chanson doucereuse du nain, comme un murmure de haine et d'envie.

Un peu calmé, Siegfried s'est de nouveau tourné vers Mime. Le thème qui caractérise sa fougue juvénile (VIII) revient ici, très adouci et lié, chanté par les violoncelles sur des tenues de cors. Puis il s'anime de nouveau et revient constamment dans l'accompagnement sous sa forme primitive, quand Siegfried considérant ce père nourricier vilain et contrefait, la rage en lui reprend le dessus :

Tu vas, tu viens, tu sautes et tu trottes, Branlant la tête et clignotant des yeux.

C'est l'horreur instinctive de la nature jeune et saine pour le rachitisme perfide et méchant. Notons, sur ces mots, un piquant dessin imitatif.

Clarir.»"t'.p

dont les clarinettes, avec leur sonorité mordante, accusent l'ironie caricaturale. A tout moment, ce dessin reparaît, scandant de son rythme claudicant les allées et venues du nain détesté.

Mais Siegfried rêve; Siegfried a rêvé. Pourquoi revient-il auprès du nain, pourquoi retourne-t-il, le soir venu, après les courses folles, vers cette

caverne où nulle joie ne Tattend, où nul cœur aimant ne le réchauffera? Comment, lui, Siegfried, n'a-t-il pas de mère?

Une exquise mélodie, confiée tout entière aux violoncelles, chante ces doutes du héros aspirant aux douceurs d'une caresse maternelle :

Moderato.

SlKGFRIKn.

P^-PPI p jiJ^^^^^

flolonc

Ce printemps deux oiseaux flrazouil-

i^'lip JU^J)i)p"1^^^ifeg^

lantdanslesboiss'appe -laienten b'^ttanl (]e lai

La (luestion est embarrassante, comme toutes les curiosités dVnlanl. l^lle n*est pas toutefois pour efirayer Mimt^ : Crois vw mes paroh^s, lui dit-il.

Je suis ton j)ére et ta mère à la foi?:.

A cette idée, Siegfried se révolte. Lui, le fils de

ce nain contrefait! C'est impossible. Un fils ressemble à son père; dans Teau limpide et claire, il a vu se réfléchir les cieux, les arbres et la plante, et il a vu aussi sa propre image.

A ce moment, la trompette redit le propre thème héroïque de Siegfried, que nous connaissons déjà par la Walkyrie, et c'est sur la mélodie même du motif qu'il chante ces mots :

J'ai vu s'y refléter mon front d'adolescent (i).

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