‹ Le théâtre de Saint-Cyr (1689-1792) d'après des documents inéditsChapitre 17 sur 121 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

DANGERS DU THÉÂTRE AU COUVENT INTERDICTION d'ATHALIE

Dès que sa pièce fut achevée, c'est-à-dire dans les derniers mois de 1690, Racine la soumit à ses juges ordinaires. Il la lut d'abord à Boileau, qui s'en montra enthousiasmé; puis au Eoi et à Madame de Maintenon, qui l'accueillirent comme ils avaient accueilli Esther,

Un passage de la correspondance de Boileau donne à entendre que M, de Lamoignon réclama à son tour et obtint une lecture à'Athalie. Cela devait être, Racine ayant été de tout temps, comme Boileau son ami, l'un des familiers de l'hôtel Lamoignon. Enfin, une lettre de Duguet, citée dans le Port-Royal de Sainte-Beuve, nous apprend que le poète alla, le 15 novembre 1690, lire quelques scènes de son Athalie chez le marquis de Chandenier, vieux gentilhomme aimable et spirituel, dont Saint-Simon, dans ses

Mémoires, parle avec éloge. « C'étoit, dit-il, un homme de beaucoup de goût et d'excellente compagnie. »

M. de Chandenier était âgé alors de plus de quatre-vingts ans, et habitait, dans les environs de Sainte-Geneviève, un joli ermitage de vieillard et de philosophe, très-visité, très-fréquenté, et dont les gens de lettres surtout connaissaient bien le chemin. Le lieu et l'auditoire étaient des mieux choisis pour une confidence littéraire; aussi Duguet nous dit-il qu'Athalie fut louée et applaudie sans réserve.

Après cette heureuse épreuve, et sur la foi de tant d'avis favorables, Racine ne douta pas d'un nouveau succès.

On avait fait à Saint-Cyr les mêmes préparatifs pour les représentations d'Athalie que pour celles d'Esther. Bérain avait peint les décors et dessiné les costumes; le compositeur Moreau avait réuni un orchestre nombreux composé de violes, de flûtes et de hautbois; enfin, tandis ' que, de son côté, Racine instruisait les actrices, Nivers, organiste et maître à chanter, exerçait les chœurs.

Il y eut, le 5 janvier 1691, devant le Roi et le Dauphin, une première répétition générale

DANGERS DU THÉÂTRE AU COUVENT lOi)

d'Athalie avec la musique; il y en eut une autre le 8 « fort en particulier » nous dit Dangeau, à laquelle Madame de Maintenon ne conduisit que peu de dames; et une troisième, le 22 février, en présence du roi et de la reine d'Angleterre, de Fénelon, du Père de la Chaise et de plusieurs ecclésiastiques.

Madame de Maintenon avait voulu que ces répétitions se fissent dans la classe bleue, sans décors ni costumes (elle permit pourtant une fois ou deux les costumes) ; quant aux représentations sur le théâtre et devant la Cour, elle les sgourna d'abord de semaine en semaine, et finit par les interdire formellement. Le Roi, qui s'amusait beaucoup à ces spectacles, et qui n'y voyait point de mal, n'approuva qu'à demi cette mesure ; les jeunes actrices, qui avaient pris goût, comme on peut le croire, aux applaudissements, ne cachèrent pas leur dépit ; et Racine fut consterné d'avoir ainsi perdu son temps et ses peines.

Tout autre, à sa place, eût pu s'écrier, comme Sidrac, dans le Zutrin:

Le coup part, j'en suis sûr, d'une main janséniste.

Mais Racine, réconcilié depuis longtemps avec Port-Royal, ne pouvait avoir cette pensée; et ce

n*était point, il le savait, de ce côté-là que Madame deMalntenon allait ordinairement chercher des inspirations et des conseils.

Il ne pouvait pas, avec plus de vraisemblance, s'en prendre aux Jésuites, si indulgents, si tolérants, et qui tous avaient approuvé et encouragé les représentations d'Esther. « Il faut avouer, avaient dit ces bons Pères à Madame de Maintenon, que nous n'entendions rien à la manière de déclamer ; nos écoliers ne font rien qui vaille à côté de ces demoiselles, et nous serions honteux dorénavant de les foire jouer en public! * »

Cependant, en deliors des Jésuites et des Jansénistes, une pieuse cabale s'était formée contre Àthalie,

On se souvient que, dès le début, certaines personnes, d'une dévotion sévère, s'étaient montrées hostiles au théâtre de Saint-Cyr. M. Hébert, curé de Versailles, plusieurs fois invité, reflisa toujours d'y paraître. Quant au saint évéque de Chartres, Godet des Marais, « il voulut, disent les dames de Saint-Louis, voir jouer cette pièce (Esther) dans tout son éclat, afin d'en mieux juger. Il y vint une fois qu'il y avoit peu de monde, et fut confirmé

* Mémoires des Dames, page 266.

dans la pensée que, plus cela étoit beau et singulier, plus le danger étoit à craindre pour les Demoiselles... Et, étant convaincu que cela feroit tôt ou tard de mauvais effets, il conseilla à Madame de Maintenoti de faire cesser peu à peu ce spectacle, lui faisant un grand scrupule des maux qui en pouvoient arriver, qui, poui* n'être pas apparents, à cause du respect qu*on avolt pour elle, et la crainte du Roi, n*en seroient peut-être pas moins grands devant Dieu, et nuiroient infiniment à la bonne éducation des Demoiselles. Madame de Maintenon, que les réflexions faisolent penser de même, n'eut pas de peine à suivre ce conseil, et le fit agréer au Roi, quoique, par son Inclination, il auroit mieux aimé qu'on eût continué de ftiire comme auparavant. »

Ajoutons que les poètes ennemis de Racine s'étaient ligués avec les gens de bien, ennemis des spectacles, pouf fkire échouer oU suspendre les représentations A*Àthalie. Madame de Maintenon fut accablée de lettres anonymes, et il se î^pandit dans le public un déluge d'épigrammes aussi plates qu'odieuses. En voici une attribuée à Fontenelle :

Gentilhomme extraordinaire.

Poète missionnaire, Transfuge de Lucifer, Comment diable as-tu pu faire Pour renchérir sur Bsther?

Il faut espérer, pour l'honneur de Fontenelle, que la tradition s'est trompée, et que ces misérables vers ne sont pas de lui. Au reste, Madame de Maintenon savait mieux que personne le cas qu'il fallait faire de pareilles attaques, et elle n'épousa en aucune façon la querelle des poètes. Mais elle ne put fermer l'oreille aux plaintes et aux remontrances qui lui vinrent de Saint-Cyr môme, et les idées de réforme, faiblement combattues par le Roi, prévalurent.

Nous avons vu dans un précédent chapitre les dames de Saint-Louis n'assister que par contrainte aux représentations à'Esther. Elles n'approuvaient point ces spectacles, et voici comment elles s'en expliquent dans leurs Mémoires par la plume de madame du Pérou, l'annaliste de la Communauté.

« Quoique nous eussions, dit cette dame, nos places marquées à Esther, qu'il nous fût libre d'y aller, et que le Roi témoignât être bien aise de nous y voir, nous usâmes sobrement de cette liberté, et, passé les premières fois, nous y fûmes

peu, la plupart [aimant mieux donner ce temps à la prière ou à quelque bonne occupation qu'à prendre ce plaisir, bien qu'il fût innocent. Comme on étoit là à la vue de tout le monde, cela ne laissoit pas de nous paroltre peu convenable à notre état, et nous tenoit dans une grande circonspection, outre que messieurs nos directeurs nous avoient tellement portées à Dieu, que nous ne nous souciions guère de rien que de lui plaire ; môme, plusieurs de nous, lorsqu'elles assistoient à ce spectacle, étoient bien plus occupées de sa présence que de tout ce qui s'offroit à leurs yeux. »

Ces sentiments étaient naturels chez des religieuses destinées par vocation et par état à la retraite et à l'ignorance du monde. Le luxe, le bruit et le mouvement de ces fêtes devenues les fêtes de la Cour, troublaient et inquiétaient leur conscience ; elles n'y étaient point à l'aise ; elles s'y sentaient déplacées. Madame de Maintenon n'eut pas de peine à comprendre les inconvénients d'une telle situation. Voici ce qu'elle écrivait à l'abbé Gobelin, son confesseur, le 14 février 1689, dans le temps môme des premières représentations d'Esther :

« La représentation d'Esther m'empôche de voir les dames de Saint-Cyr aussi souvent que

je le voudrois; je ne puis plus en supporter la fatigue, et j'ai résolu, sans le dire, de ne la plus faire jouer pour le public. Le Roi vient, et après cela nos actrices seront malades et ne joueront plus qu'en particulier, ou pour le Roi s'il l'ordonnoit. Nous retrouverons tout en paix, s'il plaît à Dieu, pour passer saintement le carême. »

La résolution de Madame de Maintenon était donc dès lors bien arrêtée. On a vu, en effet, que la reprise d'Esther^ en 1690, se fit presque à huisclos, et que la Cour n'y fut plus admise.

Il faut dire que si les dames de Saint-Cyr n'aimaient point le théâtre, les Demoiselles, au contraire, l'aimaient trop, au gré de Madame de Maintenon. Elles ne parlaient et ne s'occupaient plus d'autre chose. Elles devinrent difficiles à gouverner; la règle de la maison en soufl&'it, et enfin, ce carême, dont parle la lettre précédente, se passa moins saintement qu'on ne l'eût souhaité.

L'une des pratiques essentielles du carême à Saint-Cyr consistait à garder chaque jour un profond silence « dans les temps marqués j »

c'est-à-dire durant de longues heures. Une semblable observance, au lendemain des représentations iVEstker^ était^ on en conviendra, des plus méritoires, mais aussi des plus difficiles.

Les damés de Saint-Louis eurent à déplorer des contMVeûtions noihbnBuses» qu'elles s'efforcèrent vainement de rëprimer par des punitions ou des riBprôches. Madatne de Maintenon, Sur leâ plaiiltes qu'on lui fit de la dissipation dOs Demoiselles i essaya d'intervenir » grôndaht les utiés^ caressant les autres t sans en êtns obëié davantage. Elle voulut àlots les convaincre pai* son propre exemple; et, uii jour (c'est elle-môme qui le raconte dans une de ses lettres) îsLydnt réussi à s'échapper de Versailles dès le matin^ et étant arrivée de bonne heure à Saint-Cyr, elle se fit amener Un certain nombre dé jeuneë filles choisies parmi les plus rebelles au sUencé, alla è'enfet'itiér avec elles dans uhe des salles dé la Roberie^ et y demeura jusqu'au soir sans prononcer ni permettre qu'on prononçât un seul mot.

La leçon, cette fois, fut mise à ph)âti et, pendant quelque temps, cette pratique si cruelle du silence fut étroitement observée. Mais les Demoiselles donnèrent bientôt à leurs maîtresses et à leur fondatrice d'autres sujets de peine;

La magnificence de leur maison, établie avec tant de soUicitude par Louis XIV, la protection sans cesse agissante de ce grand roi, ses lar-

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gesses, ses fréquentes visites (lorsqu'on le savait si occupé d'autre part, si chargé d'affaires et si justement économe de son temps!) la renommée toute récente du théâtre de Saint-Cyr ; le génie de Racine employé uniquement à instruire et à divertir ces heureuses jeunes filles; l'admiration enfin de tant de personnes illustres et lettrées qui composaient alors la cour de France, et qu'on pouvait appeler l'élite du royaume, tout cela était certes bien fait pour inspirer de l'orgueil aux plus vertueuses.

« Elles devinrent, disent les dames de Saint- Louis, fières, dédaigneuses, hautaines, peu dociles; » elles prirent avec trop d'affectation le ton et les airs de la Cour ; elles oublièrent l'humilité de leur condition et la pauvreté de leurs familles: « elles rêvèrent mariages, grandeurs, richesses. » — « Saint-Cyr, disaient-elles, est présentement à la mode; » et chacune croyait contribuer par son mérite à la gloire commune. Le monde, qu'elles n'avaient fait qu'entrevoir, excitait leur curiosité et leurs désirs ; « il n'étoit plus question entre elles que d'esprit et de bel esprit; on se piquoit d'en avoir et de savoir mille choses vaines et frivoles. » On n'acceptait sur tout cela aucune remontrance, et les Dames

voyaient diminuer chaque jour leur autorité.

Enfin, une prompte réforme était nécessaire si Ton voulait revenir encore à la discipline et à la régularité primitives de l'Institut.

Le 20 septembre 1691 , quelques mois après les trois grandes répétitions d'AthaliCy Madame de Maintenon écrivait la lettre suivante à madame de Fontaines, maîtresse générale des classes :

c( La peine que j'ai sur les filles de Saint-Cyr ne se peut réparer que par le temps et par un changement entier de l'éducation que nous leur ' avons donnée jusqu'à cette heure ; il est bien juste que j'en souffre, puisque j'y ai contribué plus que personne, et je serai bien heureuse si Dieu ne m'en punit pas plus sévèrement. Mon orgueil s'est répandu par toute la maison, et le fond en est si grand qu'il l'emporte même pardessus mes bonnes intentions.

» Dieu sait que j'ai voulu établir la vertu à Saint-Cyr, mais j'ai bâti sur le sable; n'ayant point ce qui, seul, peut faire un fondement solide, ' j'ai voulu que les filles eussent de l'esprit, qu'on élevât leur cœur, qu'on formât leur raison; j'ai réussi à ce dessein : elles ont de l'esprit et s'en servent contre nous ; elles ont le cœur élevé, et

sont plus fières et plus hautaines quUl ne conviendroit de Fôtre aux plus grandes princesses ; à parler môme selon le monde, nous avons fbrmé leur raison et les avons rendues discoureuses, présomptueuses, curieuses, hardies. C'est ainsi que Ton réussit quand le désir d'exceller nous fait agir. »

Madame de Maintenon, on le voit, n'avait pas besoin de prêter l'oreille aux: cabales. Elle avait elle-même contre l'éducation raffinée de Saint- Gyr, et en particulier contre les spectacles, des griefs sérieux. Sa correspondance à cette époque est intéressante à consulter. Vpici ce qu'elle écrivait en décembre 1690, au moment môme où Ton préparait Aihalie, à une élève de la classe bleue qui devait tenir Xun des principaux rôles du chant dans la pièce.

a II m'est revenu une désobéissjmce que vous avez faite à madame de Labarre, et j'ai arrêté la punition qu'on vouloit vous faire. Comment pouvez-vous croire qu'on souflft'ira de pareilles révoltes 1 Y a-t-il quelque exception là-dessus? Est-cp que vous vous croyez nécessaire parce que vous avez la voix belle, et pouvez-vous me connoltre et penser que la représentation d'uitkalie remportera sur les règlements que nous

voulons établir à Saint-Cyr? Non, certainement, et vous sortirez de la maison si j ^entends encore parler devons *. »

C'est le plus souvent aux bleues, à ces bleues autrefois si sages, que Tlnstitutrice adresse ainsi des reproches. C'est parmi elles en effet que se recrutait presque exclusivement le personnel de la tragédie. Or, ces jeunes chanteuses , encore tout enivrées des succès du théâtre, ne voulaient pas, comme elles disaient, gâter leur voix avec du latin, et refusaient, à Téglise, de chanter les psaumes. *

« N'avez-vous donc de voix que pour le monde, leur écrivait Madame de Maintenon, et refusezvous de consacrer à Dieu les dons qu'il vous ai donnés ? N'est-ce que l'attrait du théâtre et des louanges qui vous faisait célébrer dans les chœurs de Racine, avec tant de plaisir, les bienfaits et la puissance du Seigneur ? »

Ces réflexions amenèrent Madame de Maintenon à remanier et à modifier profondément son œuvre, et en cela elle alla trop loin. Elle interdit toute lecture profane, tout exercice littéraire, et fit succéder, dans l'éducation de Saint-

* Lettres sur VÉducation, page 70.

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Cyr, à un excès de culture et de politesse, un excès de simplicité et d'ignorance. Madame de Maintenon eut tout à coup la haine des livres. « Il y a, dit-elle dans ses instructions aux Dames, des livres mauvais par eux-mêmes, tels que sont les romans, parce qu'ils ne parlent que de vices et de passions ; il y en a d'autres qui, sans l'être autant, ne laissent pas d'être dangereux aux jeunes personnes, en ce qu'ils peuvent les dégoûter des livres de piété, et qu'ils enflent l'esprit, comme par exemple l'histoire romaine ou l'histoire universelle, du moins celle des temps fabuleux. »

Nous sommes bien loin, ce semble, des vues et des intentions premières de la fondatrice de Saint-Cyr. Cette noble maison qui devait s'élever si fort au-dessus des couvents, ne sera bientôt plus elle-même qu'un couvent. On enseignera aux jeunes filles l'humilité, la simplicité, la piété, et pas autre chose. On multipliera les exercices de dévotion et les travaux manuels, afin de les préparer, suivant les cas, aux soins du ménage ou à la pratique de la vie religieuse.

Madame de Maintenon, qui est pour le moins aussi savante que Philaminte, en vient à rai-

sonner comme Chrysale. Volontiers elle dirait avec lui :

Qu'il n'est pas bien honnête et pour beaucoup de causes, Qu'une femme étudie et sache tant de choses.

Fonner aux bonnes mœurs l'esprit de ses enfants. Faire aller son ménage, avoir l'œil sur ses gens, Et régler la dépense avec économie^ Doit être son étude et sa philosophie.

Cela est plein de sens, assurément, mais d'un sens trop peu élevé, trop bourgeois. La vérité est entre Philaminte et Chrysale ; elle est dans la bouche de Clitandre, le sage de la comédie, qui consent qu'une femme « ait des clartés de tout, » mais à la condition de paraître ignorer parfois les choses cpi'elle sait :

Sans citer les auteurs, sans dire de grands mots. Et clouer de l'esprit à ses moindres propos.

Madame de Maintenon voulut combattre cette manie de l'esprit, du bel esprit qui régnait à Saint-Cyr et qu'elle avait elle-même provoquée. Il fallut brûler ce qu'on avait adoré. « On écrit trop à Saint-Cyr, disait-elle, on ne peut trop en désaccoutumer nos Demoiselles. Il vaut mieux qu'elles n'écrivent pas si bien que de leur donner le goût de l'écriture, qui est si dangereux pour des filles... Ne leur montrez plus de vers ;

tout cela élève l'esprit, excite l'orgueil, leur fait goûter l'éloquence et les dégoûte de la simplicité ; je parle mép^e de vers sur de J)oi^s sige<;s; il vaut mieux qu'elle^ n'en voient point. »

Mademoiselle de Soudéry avait composé pour Saint-Cyr, à la prière de Madame (Je Mainteppn, des conversations morales qui sont loin de valoir celles que Madame de Maintenon fit elle-même. On y remarque une afféterie qui n'eût pas été d'un bon exemple. Ges conversations furent prêtes et arrivèrent lorsque la réforme était déjà commencée. Madame de Maintenon en interdit, bien entendu, Pusage. « Ne leur apprenez point, écrit-elle à madame de la Maisonfort, en septembre 1691^ ^es co^ye^sations que j'ayois ^emandées; laissez tomber toutes ces cboses-là sans en rien dire, et que tout soit conduit par la piété. »

Malheureusement, on confondit dans une même réprobation les bons et les mauvais livres ; on confisqua tous les manuscrits sur quelque matière que ce fût ; on proscrivit même pendant un temps des exercices de la classe Esther et Athalie, et Ton se borna à des instructions fort simples sur des sujets pieux.

Après plusieurs mois de ce régime, madame

de Saint-Etienne, première maîtresse des jaunes, écrivait à Madame de Maintenon: « Consolezvous, madame, nos filles n'ont plus le sens commun. »

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