ET MADAME DE POMPADOUR
Nous ne trouvons, ni dans les Mémoires des Dames, ni dans les pièces des Archives, aucune trace du théâtre jusqu'en 1745. Mais il est certain qu'on récitait toujours Esther et Athalie dans les classes. On exécutait même les chœurs, et chaque année, pendant le carnaval, on donnait des réprésentations complètes à huis-clos.
Le 13 mars 1745, quelques jours après leur mariage , le Dauphin, fils de Louis XV, et la Dauphine sa femme, fllle de Philippe V, roi d'Espagne, vinrent à Saint-Cyr. Ce fut une grande fête pour la maison. On joua sur le théâtre de la classe bleue, Y Idylle de Saint-Cyr^ scène lyrique dont le Roy avait écrit les paroles et Clérambault la musique.
Le duc de Luynes, qui remplace pour nous
Dangean, mentionne avec quelques détails cette yisite de la Cour.
» Hier samedi, écrit-il, Monseigneur le Dauphin et Madame la Dauphine furent à Saint-Cyr; ils avoient dû y aller jeudi : une petite indigestion qu'eut M. le Dauphin avoit retardé le voyage.
» Il y avoit dans le carrosse de Madame la Dauphine madame de Lauraguais et madame de Tessé, madame de Rubempré et madame de Faudoas. Il y avoit aussi des dames dans le second carrosse. M. de Rubempré et M. de la Fare étoient dans le carrosse des écuyers avec M. Tabbé de Sailly, aumônier de quartier, et M. de Larir voire, écuyer eavalcadom*. Monseigneur le Dau* pbiil étoit accompagné de ses Menins. SainIrCyr est du diocèse de Chartres. H. révoque de Chapr très > y reçut M. le Dauphin et Madame la Dau* phifie. Il y eut salut avec un petit motet, ensuite on divertissement en musique dans la maison. J^es paroles, qui sont de Boy, avoient été faites pour Madame la Dauphine, La musique est de Clérembault, ûmeux organiste ; c'est on duo aveo des chosurs, dont on fut fort contait Cet ouvrage s'appelle l'Idylle de Saint-Cyr «. »
^ Gharles^François des Monstiers de MérixiTîSle, mort le It) mai suivant.
* Luynes, VI, 356-7.
DIVEBTISSBMIENTS POUR LE DAUPHIN i63
V Idylle de Saint-Cyr, dont la bibliothèque de Versailles ne possède pas un eis^emplaire complet, mais qu'on retrouve publiée en entier dans Ip Mercure de France^, est une petite «cène lyrique assez agréable ; on y remarque ces vers i Tadressa de la jeune princesse :
Que le Père et TBpoux la couvrent de leur gloire t Que le plu9 tCDdrs iiQOur prévM^nne m» 6ouh«U«{ Qu'elle dorme au sein de la paix !
Qu'elle s'éveille au bruit de la victoire \
« Madame la Dauphine, dit le Mercure, parut étrangement touchée de cette représentation.
Monseigneur le Dauphin lui présenta Tauteur, qui fut comblé de louanges.
» Le soir naéme, % Boy alla falr^ bpmmage de cette idylle, et de son succès à la Reine, et le lendemain au Roi, étant présenté par M. le Maréchal de NoaiUes, qui s'intéresse puissamment à tout ce qui regarde Saint-Cyr.
» Le mardi, il eut l'honneur de lire à la Reine le dernier des trois ballets qu'il avoit préparés pour le mariage de Monseigneur le Dauphin. »
Roy, fort connu de son temps, aujourd'hui
1 Volume de février 1745, page 183. Ce volume du Mercure f^ évidemment fnti-daté, puisqu'il don»!» 9^ février les noiivelles du mois suivant. On trouvera V Idylle de Saint Cyr reproduite ei-aprte dans rAppeodice.
oublié, paraît avoir été le poète officiel, le Benserade de la cour de Louis XV : ces sortes d'emplois n'immortalisent pas d'ordinaire ceux qui les occupent. C'était en outre un satirique violent. Ses querelles avec Voltaire laisseront, grâce à Voltaire, une certaine trace dans l'histoire des lettres. C'est ainsi que Benserade lui-môme a dû à Boileau presque toute sa renommée.
Les registres des dames de Saint-Louis mentionnent pour le mois d'avril 1745 les dépenses suivantes :
Au sieur La Varanne, pour une corbeille ou vase d*osier à la mosaïque, avec les ornemens et dorure nécessaires pour être présentée à Madame la Dauphine, la somme de cinquante-trois livres, dix sols, suivant mémoire et quittance, cy. . . 53 MO «
Pour une couronne et des bouquets de fleurs dltalie présentés à Madame la Dauphine 96
A M. Clérembault, pour la musique de la pièce aite pour Madame la Dauphine 192
Le 21 juillet de l'année suivante, la Dauphine mourait à Paris, âgée de vingt ans. Cette mort attrista Saint-Cyr. Mais les deuils de cour durent peu : dès le mois de janvier 1741, le Dauphin fut fiancé à une fille de Frédéric-Auguste III, roi de Pologne et électeur de Saxe. La nouvelle Dauphine, amenée à Paris vers cette époque, fut conduite à Saint-Cyr deux mois avant son mariage, le 15 mai. On recommença pour elle la
DIVERTISSEMENTS POUR LE DAUPHIN i65
fête et la représentation de 1745 *. Les livres de dépenses des Dames mentionnent encore une gratification de cent quarante-quatre livres donnée à Clérambault pour cette nouvelle exécution de Y Idylle de SainUCyr ; plus :
A M. Le Sieur pour 40 journées de ses garçons... et pour avoir apporté et reporté les lustres et girandoles à Versailles, la somme de deux cent cinquante-trois livres huit sols, suivant mémoire et quittance. 253 ^ 8 *
Enfin, pour clore cette série de réceptions princières, dans les premiers jours de septembre 1750, les dames de Saint-Louis furent prévenues par un exprès du comte de Noailles', auquel les Registres disent qu'il fut donné douze livres pour sa commission, que madame la marquise de Pompadour se proposait d'aller dans le courant du mois à Saint-Cyr. Les Registres ne nous renseignent pas sur l'effîBt que produisit dans la Communauté cette étrange nouvelle. Toujours est-il qu'on se prépara à recevoir du mieux qu'on put l'audacieuse et toute puissante favorite, qui entendit à son tour V Idylle de Saint-Cyr , et fit obtenir à l'heureux Clérambault une troisième gratification de cent-vingt livres.
» Luynes, VIII, 218.
* Gouverneur de Versailles et de Trianon, ami très-particulier de Louis XV.