‹ Le Théâtre de SaintCyr 16891792 d'après des documents inéditsChapitre 31 sur 64 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

LE THÉÂTRE DE SAINT-CYR AU XVIII e SIÈCLE MARIE LEGKZINRKA

Durant les premières années du XVIII* siècle, Saint-Cyr, oublié et délaissé, ne vivait plus guère que de souvenirs, et dans ces souvenirs Madame de Maintenon tenait la plus grande place. On appliquait religieusement ses préceptes, on relisait constamment ses écrits; elle n'avait pas cessé, après sa mort, de gouverner la maison.

Personne, au reste, dans la famille royale, ne paraissait souper à lui succéder: le Régent, tout à la politique et aux plaisirs, ne témoigna jamais pour l'institut de Saint-Louis qu'une bïenveîliance olîicielle et banale. Quant à Louis XV, il marqua plutôt de l'éloigitement que rie la sympathie pour cesreugieuses poïieget instruites qui lui semblaient pédantes, et pour ces jeunes filles trop innocentes à SOU gré) élevées dans le mépris du monde et de la Cour.

En 1726, Louis XV épousa Marie Leckzinska,

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fille de l'ancien roi de Pologne, Stanislas, détrôné par Pierre le Grand. Ce mariage tut le signal d'une renaissance pour Saiut-Cyr. qui trouva dans la nouvelle reine une protectrice et une amie.

Trois jours après son arrivée à Versailles, Marie Leckzïuska vint visiter la maison, •• en grand

taire plus d'honneur et de plaisir. » On lui montra la chapelle, les parloirs, les classes, les jardins, puis on la reçut dans la salle de la Communauté, où elle entretint avec bonté les religieuses, leur promettant d'être leur supérieure, leur seconde fondatrice, et de remplacer auprès d'elles Madame de Main tenon. Il y avait longtemps qu'on n'avait entendu à Saint-Cyr un pareil langage. On se jeta aux pieds de la Heine, on la remercia avec, olfusiun; toute la maison l'ut dans la joie.

Marie Leckzinska tint parole. Elle retourna très-souvent a Saint-Cyr. elle y eut même un appartement où elle venait l'aire ses retraites. Nous savons par les registres de dépenses des daines de Saint-Louis que l'appartement de la Reine était meublé et entretenu aux frais de la Communauté, qui pourvoyait également à l'installation de la suite et des équipages royaux.

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AU XVIII e SIÈCLE 1.j7

Saint-Cyr, au moins dans les commencements, rie lut pour Mario Lockzinska Qu'un lieu de repos et de prière, un asile contre les fatigues et les ennuis de la Cour ; si bien que la protection qu'elle en reçut valut mieux tout d'abord que celle qu'elle put lui donner. Elle (Hait sans crédit auprès du Roi et n'avait aucune autorité sur les ministres, Elle obtint pourtant de Louis XV le droit d'établir elle-même la. liste des jeunes Sites admises chaque année à Saint-Cyr, et, du cardinal de Fleury, le rétablissement du fonds destiné à la dot des Demoiselles.

Marie Leekziuska ne manquait ni de sens ni d'esprit, mais elle avait peu de culture et n'était nullement curieuse des cboses littéraires. Ainsi, quoiqu'elle entendit parler chaque jour de l'ancien théâtre de Saint-Cyr et de la magnificence de ces représentations dont la France entière avait retenti; quoiqu'elle put d'un mot ressusciter tout cela, ce fut seulement en 1*331, six ans après sa première visite à Saint-Cyr, qu'elle eut l'idée de faire jouer Eslher. Il faut dire aussi que la plupart des anciennes dames de Saint-Louis alors survivantes avaient conservé, depuis la réforme de leur maison, une grande répugnance pour les

SpéCtacles. Telle était entre autres madame du

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Pérou, l'auteur des Mémoires, qui mentionne avec assez de mauvaise humeur cette représentation de 1131. Mais la Supérieure, madame de Lineraare, était favorable à la tragédie ; madame de Veillian, madame deChampigny, madame Lefranc de Beaulieu, anciennes actrices formées par Racine, et qui occupaient alors les premières charges de l'Institut, furent ravies d'enseigner à leurs élèves les rôles qu'elles avaient tenus avec tant de succès dans leur jeunesse.

On dressa un théâtre dans la classe bleue avec des gradins circulaires pour les Demoiselles. La Heine et les spectateurs devaient se placer au centre, suivant la disposition du théâtre primitif. Les Mémoires de Saint-Cyr citent les noms des principales actrices: mademoiselle île Louhert, nièce d'une ancienne supérieure de la maison, fit Est fier: mademoiselle deGentien, Assuértis; mademoiselle Hurault de Saint-Denis, Zarès, etc. 1 Elles jouèrent avec l'habit de Saint-Cyr, orné de quelques dentelles et de quelques diamants.

Ces nouvelles actrices ne Curent pas indignes de leurs devancières, et tout le monde se montra charmé ; seule, la Heine parut s'ennuyer mortel-

' Mesdemoiselles de Gcnlton et de Suint-Denis quitlèreul Saiiit-Cyr en 1732.

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