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» Clérenibault, organiste de Saïnt-Cyr, et son frère, tous deux fils du grand Clérembanlt ' avoient travaillé l'un et l'autre pour l'exécution de cette pièce. Le premier avoit fait plusieurs changements à la musique des chœurs, et l'autre avoit dirigé les habillements, lesquels avoient beaucoup d'apparence et réussirent très-bien... On avoît fait usage d'un grand nombre âe pierreries fausses qui appartiennent à la maison ; elles lui ont été données par Louis XIV, et l'on estime qu'il y en a pour 20,000 livres... La pièce dura une heure et demie. Les chœurs furent fort bien exécutés. Les filles qui chantoient 1 avoient conservé sur le théâtre les distinctions de leur classe. Quoique ce soit l'usage de mettre du rouge sur le théâtre, aucune des actrices n'en avoit. et on ne s'en apercevoit point.
» Monseigneur le Dauphin, Madame la Dauphine et Mesdames restèrent dans la salle encore environ une demi-heure après la lin de la pièce; ils voulurent voir les actrices : ils firent beau-
' Nicolas Clerembault. organiste du Roi, dp l'église royale do Sainl-Cvr et de l'église paroissiale de S:imt-Siïl|iice; mort à l'an? en 1741*. C'est eelui que le duc de Luyues uualitîe en 174ô
1 Voir ù rÀ|i|ieiidiee lu lisie de toutes lus aelrices qui aat pris
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REPRISE DESTHEd ET .'d'aTHALIE EN I7M 173
coup de questions, et l'on eut sujet d'être éditent des marques de leur bonté.
» La famille royale descendit pour le salut, où M. de Chartres officia. Il y eut un motet fort bien chanté par les pensionnaires et accompagné par l'orgue. Toutes les pensionnaires sortirent de l'église, rangées par classes pour aller au réfectoire.
» Monseigneur le Dauphin et la famille royale allèrent voir le réfectoire, et la Supérieure, par l'ordre de Monseigneur le Dauphin, donna permission aux pensionnaires de parler pendant le SOUper. Les actrices ce jour-là dévoient manger à une tahle particulière . et Monseigneur le Dauphin voulut que cela s'exécutât et demanda six jours de congé, un pour chacun des membres de la famille royale. <■
Ce congé, bien entendu, devait se passer dans l'intérieur de la maison, les élèves n'en sortant jamais pendant tout le cours de leur éducation. On se représente aisément la joie qui dut régner à Saint-Cyr au lendemain de cette féte si glorieuse pour l'Institut. Ce ne l'ut pourtant pas une joie sans mélange. L'absence de la Reine avait été vivement sentie, et déjà, maîtresses et élèves la faisaient supplier de ne point manquer
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à la représentation d'Athatie que l'on s'était mis ù préparer activement. La Reine qui n'aimait point, comme on sait, la tragédie, ne voulut pas prendre d'engagé ment. Mais le Dauphin et Mesdames tirent savoir qu'ils seraient fort heureux de ivtnurner a Saint-Cyr.
Les registres de dépenses des daines de Saint- Louis nous donnent, pour la représentation d'Atiialie connue pour celle <XEsfher, d'intéressants renseignements. Les costumes des actrices coûtèrent près de quiuze cents livres ; on dépensa six cents livres pour l'arrangement des décors ; le trône d'Athalie, en hoïs doré, couvert de velours d'Utreeht cramoisi, lut payé quatrevingts livres 1 : on lit venir une couturière de Paris, madame Touillemont, à qui l'on donna une gratification de (■eut cinquante livres, outre le prix de ses travaux ; on lit également venir de Paris deux coilleurs, qui reçurent cent vingtsix livres pour quatre journées piisséos à Saint- Cyr; M. Cléramhault, le maître à chanter, fut logé dans les dépei nia nces du couvent pendant vingt et un jours qu'il employa à instruire les
vcrba^d!! la \vhï.' % ]'"l"i-r <""' ""bili." 1' S.iilt-Lljri^UMB adjuge, puur dix Inities, au citoyen Leuuble,
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REPRISE D'ESTHER BT DATHÀLIE EX 1756 175
Demoiselles : il eut pour cela douze cents livres do gratification. Les vingt-deux nuits que son domestique passa a l'auberge Curent payées quatre livres huit sous, ce qui donne un curieux échantillon des prix courants de l'époque. On envoya également à l'auberge les gens de Madame l'abbesse de Clielles; d'où nous concluons que l'Abbesse elle-même était venue à Saint-Cyr, et qu'elle assista aux tragédies 1 . Quelque temps après, en remerciement de l'hospitalité qu'elle avait reçue à Saint-Cyr, Madame de ClermOBt- (iessant envoyait son portrait aux dames de Saint-Louis. Voici en effet ce que nous trouvons parmi les « dépenses manuelles » du mois de mai :
Donné bus hommes qui nous ont apporté lu portrait de niudauie Je Clielles 40 livres.
Ecoutons maintenant le duc de Lnynes :
•< La Reine, dit-il, alla samedi 2-2 de ce mois (mars) à Saint-Cyr ; elle avoit dit 0SMH positivement qu'elle n'iroit point : il ne devoity avoir que Monseigneur le Daupliin, Madame la Dauphine et Mesdames. Toute la maison de Saint-Cyr dési-
1 Les violons de Clielles ao'ouipaguiraiil les ehumrs tl'Alhalie, comme ceux i'Sslker.
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roit extrêmement être honorée de la présence de la Reine et avoit demande 1 cette grâce avec instance dans le temps qu'on y joua Esthor.
La Reine n'arriva qu'à quatre heures ; elle alla sur le champ entendre le .saint où M. révèque de Chartres officia. Elle monta ensuite dans son petit fauteuil 1 à la salle du théâtre ; elle étoit arrangée comme pour la tragédie iVEslhcr dont j'ai parlé. La représentation iVAlhalîc dura environ deux heures un quart. La pièce est si belle qu'on la voit toujours avec plaisir. On peut dire qu'elle fut très-bien exécutée.... Toutes les pensionnaires savaient leur rôle si parfaitement qu'elles n'eurent nul besoin d'être soufflées... Celle qui lit le grand-prêtre 1 paroit avoir du talent. Celle qui jouoit le petit Joas 3 joua fort bien aussi. La Reine ne rentra que sur les huit heures. Ce voyage empêcha qu'il n'y eut do concert. J'oubliùis de marquer que les chœurs de Saint-Cyr furent assez bien exécutés par les voix, mais l'accompagnement étoit trop fort : les instruments n'étoient point d'accord, et peu de régularité dans l'accompagnement. »
Ce dernier reproche s'adresse aux musiciens
1 Sorte de chaise à uorteurs.
' Mademoiselle do CamLis.
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rie Clielles qui n'avaient probablement pas pu as.si.ster à toutes les répétitions île la pièce. En somme, les actrices de Saint -Cyr restaient dignes de leur réputation.
Le Mercure de France, après avoir rendu compte des représentations de la Comédie-Française, de la Comédie-Italienne et de l'Opéra- Comiipue, parle de cette représentation à'Athalie dans un article intitulé : Spectacles de Saint-Cijr. 11 ajoute peu de choses au récit du duc de Luynes. Le compositeur, après la pie-ce. a été présenté à la Reine « qui a paru aussi satisfaite de sa musique que île la manière intéressante et noble dotil ces demoiselles ont rendu le chef-d'œuvre de Racine, u
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