‹ Le theatre de VoltaireChapitre 10 sur 161 · Acte I, scène i · texte numérisé non relu

Acte I, scène i

même doctrine de la Grâce et de la Prédestination, âme du jansénisme, autre sorte de Fatalité :

Quoi! la nécessité des vertus et des vices D'un astre impérieux doit suivre les caprices? Et Delphes, malgré nous, conduit nos actions Au plus bizarre effet de ses prédictions? L'âme est donc toute esclave? une loi souveraine Vers le bien ou le mal incessamment l'entraîne, Et nous ne recevons ni crainte ni désir De cette liberté qui n'a rien à choisir ? Attachés sans relâche à cet ordre sublime', . Vertueux sans mérite et vicieux sans crime, Qu'on massacre les rois , qu'on brise les autels , C'est la faute des Dieux et non pas des mortels? De toute la vertu sur la terre épandue Tout le prix à ces Dieux, toute la gloire est due Ils agissent en nous, quand nous pensons agir; Alors qu'on délibère, on ne fait qu'obéir; Et notre volonté n'aime, hait, cherche, évite, Que suivant que d'en haut leur bras la précipite ? D'un tel aveuglement daignez me dispenser; Le Ciel , juste à punir, juste à récompenser, Pour rendre aux actions leur peine ou leur salaire, Doit nous offrir son aide et puis nous laisser faire2.

Ce dernier vers rappelle les fameuses discussions sur la Grâce efficace et la Grâce suffisante, immortalisées par les Provinciales. Ce sont des vers molinistes.

Voltaire à son tour, méconnaissant l'esprit hautement religieux du sujet antique, y mêle, comme nous venons de le voir, non plus les problèmes de

1. Sublime, c'est-à-dire imposé d'en haut: sens étymologique latin.

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