L'ORPHELIN DE LA CHINE
ohés sinon réalisé». Les descriptions où le poète a
essayé de la i ic des oppositions de couleur 1 entre la civilisation chinoise et I té tartare
sont vagues et confuses . La construction du drame lui-même disparaît dans les di- Grimm a bien
senti ce défaut: « La pièce, dit -il. commence par deux ou troi- récits des succès de Gengis-khan. Ces récits sont fort beaux,. maie ils ne 6 int;
ils devraient être renfermés dans quatre ou six vers tout an plus. Au moment que G Qtre vic-
torieux dans la capitale, que tout esl 1; . irnag
et à la mort, a-t-on le temps, a-t-on envie de r< en place, et de s'entendre conter ce qui -•
cils, d'ailleurs, sont presque totalement inutiles pour l'intelligence de la pièce.... On qous parle quelquefois de la confusion de la ville ; mais nous n'en voyons aucun indice sur la scène, où Idamé seule nous occupe. Or, quelque intéressante qu'elle soit, son danger n'a plus rien qui émeuve lorsque l'imagination vous en distrait par l'idée de tout un peuple qui périt... Mais 1.' principal reproche qu'on puisse faire à M. de Voltaire, c'est d'avoir manqué le rôle de Gengis-khan. Ce conquérant n'a pas proprement de caractère dans la pièce; il ne sait ce qu'il veut : il est féroce, il est indécis ; il est doux, il est emporté; mais surtout il est raisonneur et politique, qualités insupportables dans un Tartare. 11 raisonne sur la Religion et sur les Arts, comme s'il avait passé sa vie à méditer et à réfléchir. 11
fallait faire de Gengis-khan un Tartare féroce, violent , emporté , sensible au bien sans le connaître ; capable , dans le premier mouvement , des plus grands crimes et des plus belles actions... l. »
En effet, si le mandarin Zamti est hors nature, ce Gengis-Témugin, cet « empereur Tartare » si romaoesque, est encore plus impossible. On ne saurait être à la fois si Tartare et si Céladon.
Quant à ces récits que Grimm trouve « fort beaux » , je suppose que l'éloge est destiné à faire passer la critique . A dire vrai , le style en est trop lâche, avec des périphrases épouvantables, contrefaçon d'un procédé racinien poussé à l'excès. Racine sait user avec sobriété de certaines périphrases abstraites qui donnent de l'élégance quand elles sont précises ; mais celles de Voltaire ne le sont pas du tout, et quelquefois sont ridicules. Le confident de Zamti , pour lui annoncer qu'on a enlevé l enfant en l'absence de la mère, afin de le livrer aux vainqueurs, lui dit :
On a ravi son (ils dans sa fatale absence ;
A nos cruels vainqueurs on conduit son enfance'.
Et plus loin :
1 . Correspondance littéraire , philosophique et critique , l,r septembre 1755. — Voir aussi , sur cette Chine plus ou moins idéale et imaginaire , la même Correspondance , à la date du 15 septembre 1766. Il y a là six pages étincelantes de verve et d'un esprit critique bien avisé.