Cf. le dénouement de Jacques, daDs George Basât
Le porter en mes bras dans leurs rangs belliqueux, Comme un présent d'un Dieu qui combat avec eux. Nous mourrons, je le sais, mais tout couverts de gloire ; Nous laisserons de nous une illustre mémoire : Mettons nos noms obscurs au rang des plus grands noms ; Et juge si mon cœur a suivi tes leçons.
Voilà, cette fois, de la vraie grandeur. Ce souffle élevé, généreux, enlève la fin du quatrième acte. — Le cinquième est assez faible de construction; mais la magnanimité se soutient. Ils ont fait comme elle avait dit ; mais, cette dernière bataille livrée, ils l'ont perdue. Gengis, vainqueur encore une fois, tient en sa puissance Idamê, Zamti, el les deux enfants, l'< Irphelin royal et le fils de nos deux héros. Piqué de générosité, il leur fait grâce à tous.
Si la tragédie doit être, comme la concevaient Eschyle, Sophocle et Corneille, l'école de la grandeur d'àme , cette pièce n'est pas au-dessous d'une si noble définition. Dans VÉpilre par laquelle l'auteur la dédie au maréchal duc de Richelieu , il rappelle que le théâtre doit être « une école de morale, où l'on enseigne la vertu en action et en dialogue. » Dans quelques lettres à ses amis, il fait mine de n'être pas sans appréhension, justement au sujet des hautes leçons morales qui ressortent avec éclat de cette pièce, les malignes gens pouvant s'aviser de la différence qu'il y avait entre la chaste et fidèle Idamé et la toute -puissante mar-
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quisedePompadour, qui avait aimé mieux, quant à elle, être 'a favorite d'un Roi que l'épouse fidèle, non d'un mandarin, mais d'un financier. L'auteur craignait donc, ou feignait d ■ craindre, que les méchante ne voulussent trouver là matière à épigrammes dont on l'eût rendu responsable. Il écrit à sa nièce madame de Fontaine : a C'est bien assez que mes trois magots vous aient plu : mais ilpourraient déplaire à d'autres personnes : « -; . quoique ni vous ni elles ne soyez pas absolument disposées à vous tuer avec vos maris, cependant il se pourrait trouver des gens qui feraient croire que, toutes les fois qu'on ne se tue pas en pareil cas. on a grand tort ; et on irait s'imaginer que les dames qui se tuenl à six mille lieues d'ici font la satire de celles qui vivent à Paris.
Au reste il avoue que a ses magots chinois el - »n brigand tartare n'ont pas la sève et le montant d'Alzire ».
Le mandarin Zamti est un caractère artificiel, un philosophe à hyperboles, qui débite de froides sentences. Après que nos rois ont été tués, dit-il,
Après l'atrocité de leur indigne sort, Qui pourrait redouter et refuser la mort ? Le coupable la craint, le malheureux l'appelle, Le brave la défie et marche au-devant d'elle; Le sage, qui l'attend, la reçoit sans regrets.
Tous ces petits morceaux de glace, pesés par le philosophe dans des balances d'orfèvre , ne réchauffent pas la scène. Idamé elle-même, la jeune mandarine, plus intéressante à coup sûr que ?vn mari, mais mise à trop bonne école, prononce aussi quelques sentences ; par exemple, à propos des Tar tares:
On dit que ces brigands, aux meurtres acharnas, Qui remplissent de sang la terre intimidée, Ont d'un Dieu cependant conservé quelque idée : Tant la Nature même, en toute nation, Grava l'Être suprême et la Religion !
Idamé est donc, elle aussi, une petite philosophe comme Zaïre.
Quel est, d'ailleurs, le sens du grand tableau d'histoire que Voltaire s'était proposé de peindre dans l'Orphelin de la Chine? c'est le triomphe de I philosophie et de la civilisation sur la force brutale, la guerre et la conquête. Les Tar tares vainqueurs subissent l'ascendant de la nation vaincue, plus éclairée et plus lettrée, comme les Romains conquérants des Grecs furent à leur tour conquis par eux *. La Chine, amoureuse des arts de la paix, impose ses mœurs à ses vainqueurs . Les Mandchous ont donné des maîtres aux Chinois; à ceux-ci appartiendra bientôt la Mandchourie entière.
Cette thèse donne lieu à tous les contrastes, cher-
1. Grœcia capta fer cm victor em cepit , et ânes Intidit agresti Latio.
Horat., Epist ad Pisones.