‹ Le theatre de VoltaireChapitre 112 sur 161 · Acte V, scène vi · texte numérisé non relu

Acte V, scène vi

Madame la baronne <lr Croupillac, ni monsieur le président Fierenfat, n'ont rien de gai . Il y a seulement un mot de la fin , où Rondon dit au président à propos de cette baronne :

Épouse- la, crois-moi, pour t'en défaire *

Pour la première représentation , la pi^cc de l'Enfant prodigue l'ut lancée sans avoir été ani cée , à la place de Britannicus, qui était sur l'affiche , et sous prétexte de l'indisposition du principal tragédien. Comme cl'e était dans le genre à la mode, elle fut bien accueillie : et, l'auteur ayanl gardé l'anonyme, le mystère tint en haleine la curiosité du public. Elle fut jouée vingt -deux fois : ce qui était alors un très beau succès.

Je n'ai que deux mots k dire d'une autre pièce, la Prude, comédie en cinq actes, en vers de dix syllabes, adaptation d'une pièce de Wycherley1. Elle fut jouée chez la duchesse du Maine , sur le théâtre du château de Sceaux, le lo décembre 1747. Composée sept ans auparavant, elle avait été d'ùbord intitulée: la Dévote. Elle fut publiée en 1752, avec

1. Cela semble l'original d'un mot de Léon Gozlan à Alexandre Dumas .

•2. William Wycherley , auteur dramatique anglais , né en 1640, mort en 1715, donna, pour son début au théâtre, en 1672, l'Amour dans un bois (the Love in a wood) , pièce gaie, mais lort libre; plus lard, le Franc parleur (the Plain dealer), imitation grossière du Misanthrope . C'est de là que Voltaire a tiré la Prude.

un Avertissement ainsi conçu : « Cette comédie est un peu imitée d'une pièce anglaise intitulée the Plain dealer. Elle ne paraît pas faite pour le théâtre de France : les mœurs en sont trop hardies ; quoiqu'elle Je -<»ient bien moins que dans l'original. Il semble que les Anglais prennent trop de liberté , el que les Français n'en prennent pas assez. » In autre Avertissement, dans l'édition posthume de Kehl, ftjoute: Les moeurs y sont d'une telle hardi qu'on pourrait placer la scène dan- un mauvais lieu, attenant à un oorps de garde. » — Cela nous dispensera d en dire plus ; excepté ce détail, qu'avant la première représentation Voltaire récita lui-même sur le théâtre un prologue en vers, adressé à niadame la duchesse du Marne,

En tout temps par Minerve inspirée, plaisirs de l'esprit protectrice éclair

Pendant que ses deux iils, le prince de Dombes et le comte d'Eu , combattent pour la gloire de la Franc l, il lui demande la permission (Je la distraire, RUe et sa Cour, par cette comédie :

Puissent tant de beautés, dont les brillants attraits Valent mieux, à mon sens, que les vers les mieux faits, S'amuser avec vous d'une Prude friponne

Qu'elles n'imiteront jamais !

On peut bien, sans effronterie, Aux yeux de la Raison jouer la Pruderie...

1. L'un et l'autre avaient été blessés à la bataille de Dettingue. le 27 juin 1743.

LES COMÉDIES '2X~l

Il est probable que Voltaire essaya de faire représenter la Prude sur w* antre théâtre, mais qu'i ne put y parvenir .

Il me r - famine, ITî'.'. — e d*

. ' T » *» < » . Ces deux pièces demandent qu'on un pea plu* longtemps.

X'inme, ou le i 4 l'histoire d'una

jeune villageois dont le comte d'Olban. son seigneur, d aouretax, el qu'il finit par épouser

en dépit du Qu'en dira-t-oo . La pièce <--t eo trois actes, en vers de dix syllabes, dont un est den célèbre i u un concours peu harmonieux de e<>nsonnos oasaJ

Non , il n'est rien que Nanine n'honore .

/ers se trouve dans I - éditions oon

du vivant de l'auteur. Après sa mort seulement, on ss va d'en atténuer le nasillement, el on mit :

Non, il n'est rien que sa vertu n'honore.

Il n'y a plus que quatre >', au lieu de huit.

L'idée de la pièce est empruntée du roman de Kichardson, Paméla , ou la Vertu récompensée 1.

. Londres , 1740 .

L'auteur anglais avait su vivement intéresser le public à cette histoire d'une humble et honnête jeune fille « placée en condition, comme on disait alors, chez un riche propriétaire», lequel, après avoir vainement tenté de la séduire , finit par l'épouser. Déjà La Chaussée et Boissy avaient essayé, sans beaucoup de succès , d'accommoder ce sujet à la scène. Voltaire n'y réussit pas mieux. La pièce étonna plus qu'elle n'agréa. Ce « préjugé vaincu », dont parle le sous-titre, est celui qui veut que, dans un mariage raisonnable, la naissance et la fortune soient assorties. Le poète, pour vaincre ce préjugé, aurait dû enlever les cœurs. Il eût fallu que Nanine, non seulement vertueuse, mais piquante, séduisît le public avant le comte d'Olban ; que le comte eût assez d'esprit, de grâce, d'idées neuves et de raison brillante, pour conquérir, lui aussi, tout le monde et gagner sa cause devant cette société aristocratique. Malheureusement le comte et Nanine sont aussi ennuyeux l'un que l'autre. Nanine manque de naturel , ou raisonne trop exactement ; c'est une philosophe, qui fait des antithèses :

Un jardinier, un monarque du monde, Qui pour époux s'offriraient à mes vœux, Également me déplairaient tous deux.

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