NANINE
^uoi! vous m'aimez? Ah! gardez -vous de croire
Que j'ose user d'une telle victoire .
Non. monsieur, non, je ne souffrirai pas
Qu'ainsi pour moi vous descendiez si bas .
Un tel hymen est toujours trop funeste :
Le goût se pisse et le repentir reste. . .
Pleine de bon sens , cette honnête fille ; mais le bon sens , non plus que la vertu , ne suffisent dans une comédie. Quel style ! quels vers! Vous savez que Voltaire et Piron se faisaient une guerre d'épigrammes. On conte qu'après la représentation de I\'anine. Voltaire demandant à P.iron ce qu'il pensait de la pièce: — « Je pense, dit Piron, que vous voudriez bien que j'en fusse l'auteur. — Mais quoi? reprit Voltaire, on n'a pas sifïlé. — Je crois bien ! le moyen de siffler quand on bâille ? »
On a tort, selon Geoffroy, d'intituler cette pièce le Préjugé vaincu. L'opinion qui réprouve les allian-
ces trop inégales n'est point un préjugé , c'est une vérité fondée sur la raison, et même sur la géométrie : les proportions sont la base de l'ordre ; lors qu'un homme associe à sa destinée et choisit pour sa compagne une femme qui, par sa naissance son éducation et ses sentiments , n'a aucun rapport avec lui , il fait un de ces actes de folie que l'amour conseille souvent . Le préjugé est, au contraire , de s'imaginer qu'une passion aveugle nous éclaire mieux que la raison sur le choix de celle que nous devons épouser . Se marier avec sa servante est le dernier degré de l'indécence et de la folie ; parce que , sur vingt mille servantes , à peine y a-t-il une Paméla, uneNanine. « Un des plus grands inconvénients des romans et des comédies est de gâter l'esprit, de donner des idées fausses, d'inspirer le mépris des bienséances, d'enflammer l'imagination, et de consacrer une passion insensée qui par elle- UKine n'a rien de noble, puisque sou premier effet est de nous ravir les deux plus beaux attributs de l'homme, la raison et la liberté 1.. . Un paysan, tel que Georges Dandin , a grand tort d'épouser une il moiselle; un monsieur n'est pas plus sensé quand il épouse une paysanne . 11 y a toujours de la folie et de l'humiliation à se laisser conduire dans l'affaire la plus importante de la vie, par la plus aveugle des passions . Il appartient à un phi-