Madame de Gondrin ; depuis , comtesse de Toulouse
Mil LE ROMANTISME DES CLASSIQUES
qu'elle sortit en éclatant de rire ; tout le monde la suivit en riant ; et la malade , ayant su de quoi il était question, se mit à rire plus fort que les autres. — >'ous n'inférons pas de là que toute comédie doive avoir des scènes de bouffonnerie et des scènes attendrissantes . Il y a beaucoup de très bonnes pièces où il ne règne que de la gpéett : d'autres toutes sérieuses, d'autres mékmg✠, d'au 1res où l'attendrissement va jusqu'aux larmes . 11 ne faut donner l'exclusion à aucun genre ; et , si l'on me demandait quel genre es! le meilleur!, je répondrais : Celui qui est le mieux trait»-... Tous les genres sont bons, hors le genre ermuyeui
Voilà qui est asMZ la rue. 11 a eu beau se défendre ; le succès des pièces de La Chaussée l'a piqué au jeu ; puis la théorie , comme presque toujours, est venue après la pratique.
Et maintenant, prenons la Préface de Cromwell, venue quatre-vingt-onze ans après ; nous allons y retrouver l'idée de ce mélange, de ce contraste du rire H des pleurs : « Dans le drame, dit A'ictor Hugo, tout s'enchaîne et se déduit ainsi que dans la réalité ; le corps y joue son rôle, comme l'àme; et les hommes et les événements, mis en jeu par ce double agent , passent , tour à tour boulions et terribles, quelquefois terribles et boulions tout ensemble. Ainsi , le juge dira : « A la mort, et allons dineri » Ainsi, le Sénat romain délibérera sur le
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turbot de Domitien. Ainsi, Seerate buvant la ciguë,
et conversant de l'âme immortelle et du Dieu unique, s'interrompra pour demander qu'on sacrifie un ooq i Esculape. Ainsi . Elisabeth jurera . el parlera latin . Ainsi . Richelieu subira le capucin Joseph; et Louis XI. son baxbier., maître Olivier le Diable. Ainsi , Cromwell dira : J'ai le Parlement dans mon sac, et le Roi dans ma poche; ou, de la nui ii i qui sign L'arrêt de mort de Charles lr. barbouillera d'enere le visage d'un régicide, qui !<■ lui rendra en riant... »
Ne dirait-on pas ici quo la Préface de Victor Hugo Bail mite a celle de l'Enfant prodigue? Donc Voltaire vient de t'.iire la théorie du drame, par opposition à la tragédie. I! n'y a pas de conventions qui tiennent; la force des choses L'a emporté: les genres séparés, tragédie, comédie, ont fait leur temps; le drame, la représentation complexe de la vie, mélangée d'émotion et de rir> qu'on demandera désormais. Ainsi nous saisissons chez Voltaire la transition d'un système à l'autre, tantôt dans ses pièces, où il imite parfois >hakspeare, parfois La Chaussée; tantôt dans ses Préf où, après avoir longtemps biaisé lorsqu'il signe, il lâche décidément les conventions classiques lorsqu'il u<- signe [>;is.
Encore bien plus sasirons-mous te même m< uvenuiit de transformation, plus rmneiiemenl révolutionnaire, dan- le théâtre <]>■ In'derot, et surtout
dans les Entreliens et Dialogues où il a commenté lui-même ses pièces .
Il faut avoir grand soin de distinguer et de discerner toutes ces choses , à travers la distance des temps , qui comme celle des lieux brouille les plans et les nuances. Quand on se replace par la pensée au temps de Voltaire, et qu'on suit d'année en année ses œuvres dramatiques de toutes sortes, on est forcé de reconnaître et d'admirer combien son rare esprit a déployé de flexibilité et d'adresse pour s'affranchir peu à peu des liens de l'éducation première. Il avait, continué longtemps à redire les formules apprises dès l'enfance, sur les genres dramatiques séparés et inconciliables, sur les règles des trois unités, et le reste ; mais enfin , grâces à l'influence des souffles nouveaux, son instinct, averti par les essais et les succès de quelques chercheurs plus décidés, le pousse non à briser d'un coup, mais à dénouer successivement ces entraves qui gênaient la liberté de l'art, la sincère interprétation de la nature. Décidément il entre dans le mouvement.
^a théorie romantique inconsciente va continuer de se développer dans la préface de JSanine. S'étant moqué des pièces du genre mixte et de la comédie larmoyante , l'auteur se demande s'il n'est pas per-
mis de composer des comédies attendrissant*'* ; et , ayant disserté sur cette distinction subtile , il conclut que « la comédie peut attendrir, pourvu qu'ensuite elle fasse rire les honnête^ gens. Si elle manquait de comique, poursuit-il, si elle n'était que larmoyante . c'esl alors qu'elle serait un genre très vicieux h très désagréable. » Ainsi il n'en veut pas démordre , les pièces de La Chaussée, qui mil lx'.mcoup de sucer-, -mil d'un genre a très vicieus '•! 1res desagréable 9 : le seul genre qu'un doive admettre est le genre attendrissant, mêlé de comique, comme l'Enfant prodigur et Nanine. La Harpe, toul en louanf Yanine, petit drame, plein d'intérêt, de grâce, et de détails charmants », convient que cette pièce « eut. dans sa nouveauté, beaucoup moins de succès que /'Enfant prodigue ». A la vérité, il ajoute que •■ depuis elle ;i toujours été bien plu- suivie el pin- goûtée » . Aujourd'hui nous ne trouvons, dans l'une ni dans l'autre, aucune vérité, aucun intérêt. Mais cela ne condamne poinl le genre en lui-même, qui, de nos jours, a produit plusieurs chefs-dVeuvre .
Voici un autre passage de la même Préface, dans lequel Voltaire, le premier encore, exprime plusieurs des idées que développera à son tour le chef de l'école romant'que du dix-neuvième siècle dans son manifeste.
« On avoue qu'il est rare de faire passer les spec-
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tateurs insensiblement de I attendrissement au rire; mais ce passage , tout difficile qu'il est de le saisir dans une comédie , n'en est pas moins naturel aux hommes. On a déjà remarqué ailleurs ' que rien n'est plus ordinaire que des aveu I mes qui affligent 1 ame et dont certaines eiivonstanres inspirent ensuite une gaielé passagère. C'est ainsi malheureusement - que le genre humain est fait. Homère représente môme les Dieux riant de la mauvaise grâce de Yuleain. dans le temps qu'ils décident «lu destin du inonde. Hector sourit de la peur de son fils Astyanax , tandis qu'An dromaque répand des larmes3. On voit souvent, jusque dans l'horreur des batailles, des incendier, de tous les désastres qui nous affligent, qu'une naïveté. un bon mot, excitent le rite jusque dans le sein de la désolation et de la pitié. On défendit à un régiment, dams la bataille de Spire , de faire quartier ; un officier allemand demande la vie à l'un des nôtres , qui lui répond : « Monsieur, demandez-moi toute autre chose ; mais., pour la vie , il n'y a pas moyen . » Cette naïveté passe aussitôt de bouche en bouche, et on rit au milieu du carnage . A combien plus forte raison le
1. On, c'est-à-dire je, selon le procédé de Port- Ko.yal , pour éviter «le moi haïssable». — Ailleurs, c'est-à-dire la Préface de WEnfant prodigue , que nou6 venons d'analyser.
2. Pourquoi « malheureusement » ? pourquoi vouloir que nous soyons tout d'une pièce ? monocordes et monotones ? La vie, dans la nature, ne résulte que des contraires. Et dans l'art pareillement.
3. Et rit à travers ces larmes mêmes : ôaxpudîv yû>âaxaoi. Iliade, VI.
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rire peut-il succéder, dans la comédie, à des sentiments touchant- ! Ne -attendrit-on pas avec Mon » rit-on pas avec Sosie1 ? Quoi miserai)!»- el vain travail de disputer contre l'expérience!... »
N.'êtes-vous pas frappés de te chaleur de ees deraières paroles '.' L'auteur delà Préface de Oromwéll s'expriment -il avec plus de vivacité? El la théorie du sublime et du grotesque se faisant valoir l'un par l'autre ne semble-t-elle pas le développement
ou le grossisse al de celles que nous venons de
rencontrer en germe dan- cette Préface de Nanme, qui est de 1749, comme dans celle de l'Enfant prodigue, en 1738 9
."Maintenant, dans celle de l'Ecossaise, nous allons retrouver la suite de la théorie romantique, et voir poindre aussi le commencement de h théorie naturaliste , qui d'autre part éclôt en même temps chez Diderot.
L'auteur anonyme de l'Ecossaise, prétendu traducteur de M. Hume, s'exprime ainsi : « Le caractère de l'héroïne et celui de Freeport ne ressemblent à rien de ce que nous connaissons sur les théâtres de France;