Uans le chimp clos
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Av.',' Tancrède el ses deux écuyers . esl entré son plus cher compagnon d'armes, an de ses anciens serfs qu'il a emmené dans les guerres, et affranchi pour son courage: il le traite désormais en frère : el voici un passage de leur dialogue, où il semble que la nuance moyen âge ne se continue guère, mais qui par sa note philosophique devait plaire aux esprits avancés, généreux, peu soucieux de la vraisemblance. Tancrède remercie ce frère d'armes . Aldamon . qui lui a procuré les moyens de pénétrer dans Syracuse. Le vassal répond qu'il n'a fait que son devoir, mais s'exprime en périphrases dans lé goûl «lu temps, ainsi que Tancrède lui-même dans sa réplique.
Seigneur, c'esl trop vanter mes services vulga s, Et C'esl trop relever un sort tel que le mien ; Je ne suis qu'un soldat , un simple citoyen ...
■Je le suis comme vous : les citoyens sont frèr< -
Deux ans dans l'Orient sous vous j'ai combattu ; Je vous vis effacer l'éclat de vos ancêtres; J'admirai , d'assez près . votre haute vertu ;
là mon seul mérite. Élevé par mes maîtres, Né dans votre maison, je vous suis asservi ; Je dois ...
Vous ne devez être que mon ami .
Cela n'est guère du xi° siècle ; cela sent déjà sa Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen: mais, pour cela même, ne voyez -vous pas 3t n'entendez-vous pus d'ici L'émotion de la fibre française, et les applaudissements qu'un bel dialogue, par sa nouveauté étrange et par sa dissonance même avec le vieux régime, devait soulever? Aujourd'hui que nous sommes repus d'égalité, ces choses-là peuvent paraître banales et faire sourire, faute de ! i qu'en ce temps-là elles étaient neuves et révolutionnaires, semant dans Les esprits les des idées qui ont changé la face du inonde, et dont nous viv< »ns depuis Lors .
Ainsi, li-< son enta ses premières paroles ,
cechevaljar inconnu, mais devine de tous, ce héros proscrit, sympathique, entouré pour ses malheurs el son courage d'une si crête popularité à la Nicomède, ce républicain français et syracusain, à qui l'exil et la vaillance ont appris la fraternité, conquéraii déjà tous les cœur-.
Pour achever de le rendre parlait, que faut-il? il faut qu'il soit amoureux. Aussi ce héros est-il un amant, le plu- tendre, le plus lidéle . Et un tel aman' va se croire trahi. Et, tout en se croyant trahi il va exposer sa vie pour la femme qu'il peu- avoir sujet de détester el que cependant il aime toujours; il va la sauver, et mourir.
Et, d'autre part, imaginez Aménaïde, non moins aimante, non moins lidéle que Tancrède, mais cou-
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pable à ses yeux comme aux yeux de tous, et oe pouvant le détromper sans le perdre en révélant qui il est, lui dont la tête est mise à prix. Ah! que volontiers on pardonne alors à la faiblesse du nœud ! ou plutôt on l'oublie; tant le drame vous saisit et vous captive !
I rsque Grimm dit que « cette pièce est toute d'invention », il faut s'entendre. Voltaire, qui a -m mettre l'idée en œuvre, n'en est pas cependant L'inventeur.
I tte donnée si émouvante, mais très d i ffî c i 1 « ■ a fonder, se trouve dan- le poème de l'Arioste : l'aventure d'Ariodante t Ginevra ; et plus anciennement chez un de nos auteurs de mystères . Une romancière française, morte en 1130, madame de Fontaines, avait tiré de cet épisode , en changeant seulement les noms , un roman agréable, la Comtesse de Savoie, publié en 1720. C'est là, sans doute, que Voltaire rencontra l'idée de son drame : un amant désespéré qui combat pour sauver l'honneur el la vie de sa maîtresse, en même temps qu'il la croit coupable de l'infidélité la plus odieuse, et traîtresse envers son pays comme envers lui .
Tancrède, en effet, à peine revenu de l'exil, apprrnd avec stupeur qu'Aménaïde est en prison, et doit être livrée ce jour même au dernier supplice, — à moins qu'un chevalier ne combatte pour elle, au 1 - ment de Dieu, et ne remporte la victoire. —
Mais aucun, jusqu'ici, ne se présente. Tancrède, alors , d'une voix émue :
Il s'en présentera, gardez -vous d'en douter!
L'effel de ce mot fut immense. Il est nécessaire, en cet endroit, délaisser parler un témoin :
« J'étais à la première représentation de Tancrède, il y a bien des années, et j'étais bien jeune! Je n'ai jamais oublié le prodigieux effet que produisit dans toute l'assemblée le moment où l'acteur unique1, qui ne jouait pas Tancrède mais qui l'était, sortant de son accablement à ces derniers mots : Aucun ne se présente, comme saisi d'un transport involontaire, serranl dans ses mains les mains tremblantes d'Argire, d'une voix animée par l'amour et altérée par la rage, fit entendre ce vers, ce cri sublime... Rien ne peut se comparer au transport qu'il excita. Ce n'était pas un applaudissement ordinaire;... un cri va de toute la salle; il semblait que ce fut le mot qu'on attendait, ef qu'il fût sorti en même temps de l'âme de tous les spectateurs comme de celle de Tancrède. Et, en effet, si l'on y prend garde, trois actes ont tellement préparé ce vers, l'ont rendu tellement nécessaire, qu'à l'instant où on le prononce, tout le monde croit l'avoir fait. C'est le plus grand éloge des ver- qui sont vraiment de situation . — Les acclamations prolongées laissèrent à