‹ Le theatre de VoltaireChapitre 132 sur 161 · FAME · texte numérisé non relu

FAME

Une loi de rigueur Contre vous, après tout, serai*- elle écoutée? Pour effrayer le peuple elle parait dictée .

Elle attaque Tancrède, elle me fait horreur .

Que cette loi jalouse est digne de nos maîtres!

Ce n'était point ainsi que ses braves ancêtres ,

Ces généreux Français, ces illustres vainqueurs ,

Subjuguaient l'Italie, et conquéraient les cœurs.

On aimait leur franchise, on redoutait leurs armes.

Les soupçons n'entraient point dans leurs esprits altiers ;

L'honneur avait uni tous ces grands chevaliers :

Chez les seuls ennemis ils portaient les alarmes ;

Et ce peuple, amoureux de leur autorité,

Combattait pour leur gloire et pour sa liberté .

Le rôle d'Aménaïde est fait sur le modèle des Glorinde, et des « adorables furies ». A la fin du quatrième acte, elle forme 1 étrange projet d'aller combattre contre les Sarrazins , espérant retrouver Tancrède dans la mêlée et lui montrer quel cœur il a pu méconnaître : dès qu'elle aura reconquis son estime, elle sacrifiera sa vie. Cela semble un peu fort, je le veux bien, mais d'une folie héroïque. Tel est le tour, le mouvement de ce caractère dans toute la pièce.

N'avais -je pas sujet de dire que Tancrède est une pièce encore plus française que Zaïre ?

Malgré les faiblesses de la construction et les invraisemblances du nœud , le succès fut des

plus vifs : succès d'émotion , de transports et de larmes; auquel contribuèrent les deux grands artistes, Le Kain et mademoiselle Clairon. Le Kain faisait tour à tour pleurer ou frémir, Clairon enflammait tout ; par exemple, lorsqu'elle disait ces vers :

On dépouille Tancrède, on l'exile, on l'outrage!

C'est le sort d'un héros d'être persécuté;

Je sens que c'est le mien de l'aimer davantage.

Ou bien ceux-ci :

La persécution enhardit ma faiblesse .

Le trahir est un crime, obéir est bassesse.

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