Michelet/ Histoire de France, tome XV, page
PREMIERS ERREMENTS DRAMATIQUES t)l
On ne remarque non plus aucune nouveauté dramatique dans les deux suivantes, Artémire, donnée en 1720, et Mariamne, donnée en 1724. D n'est resté de la première que ce vers :
Soldats sous Alexandre, et rois après sa mort.
Artémire est l'épouse , innocente et persécutée , de Cassandre, un de ces soldats, mari cruel qu'elle n'aime point. — Cette pièce tomba. Il n'en reste que des fragments .
L'auteur utilisa le reste, quatre ans après, dans Mariamne : la scène entre Hérode et Mariamne , au quatrième acte, n'est autre que la scène entre Cassandre et Artémire. Cette troisième pièce, Mariamne, tomba comme la seconde. « A la première représentation (au dire de l'auteur, c'était la veille de la fête des Rois), Mariamne s'empoisonnait et mourait sur le théâtre ; au moment où elle prenait la coupe , quelqu'un dans le parterre se mit à crier : la Reine boit ! C'en fut assez : les éclats de rire empêchèrent d'entendre la su ite , une scène assez pathétique entre Mariamne mourante et le roi Hérode son mari . Et la pièce fut perdue . »
L'histoire est assez gentille ; le malheur est que la vraie date de la représentation de Mariamne fut le 6 mars 1724 ; or la fête des Rois est le 6 janvier. — Maintenant , a-t-on crié tout de même , le 6 mars : la Reine boit*! Cela n'est pas impossible ; mais voilà toujours au moins une petite circonstance inexacte; cela nous met en défiance pour le reste.
Marianne, remaniée, eut plus de succès trenteneuf ans après, en 1763.
Dans ces trois premières tragédies, Voltaire suit les vieux errements classiques, et ne semble avoir idée de nulle autre chose. Mais le Français est de nature routinière et révolutionnaire tour à tour. Voltaire va maintenant chercher des voies nouvelles.