‹ Le theatre de VoltaireChapitre 158 sur 161 · I. Paris, Lacroix et Verboeckhoven · texte numérisé non relu

I. Paris, Lacroix et Verboeckhoven

Se rapportant à la page 1 16 .

C'est ce que .M. Ernest Legouvé, dans la Lecture en action, chapitre XXIV, a développé en ces termes :.

« La prose de Voltaire et sa poésie ne portent pas la même marque . Placez en regard ses histoires et ses iragédies, ses contes et ses comédies, ses poésies légères elles-mêmes , si charmantes qu'elles soient , et sa Correspondance , vous vous sentez en face de deux artistes différents : même quand vous y retrouvez le même genre d'esprit , vous n'y retrouvez plus la même plume. Autant Voltaire prosateur est précis, clair, net, simple ; autant Voltaire poète est souvent vague , mou , indécis dans les termes , et déclamatoire .

Je dis le poète, je devrais dire le versificateur; car c'est le versificateur qui trahit sans cesse en lui le poète . Voltaire a d'admirables dons de poésie ; et , en dépit du mépris où sont tombées aujourd'hui ses tragédies , c'est un grand poète tragique . C'est Un innovateur, un inventeur, un précurseur. Il a agrandi la carte géographique du théâtre ; il a an aexé à notre art l'Amérique avec Ahire. la Chine avec l'Orphelin, la Sicile avec Tanerède , la France avec Adélaïde du Guesclin , et même avec Zaïre .

L'action substituée au récit , la mise en scène , le spectacle , sont autant de conquêtes de Voltaire . Il a multiplié les coups de théâtre , il a introduit le romanesque dans la tragédie. Racine avait dit : Le génie est une raison sublime; Voltaire a osé dire : « Au théâtre, il faut frapper fort plutôt que frapper juste. >. N'est-ce pas la règle de tout le répertoire moderne ? Si vous étudiez avec soin , dans leur composition , quelques - unes de ses grandes tragédies , vous serez surpris de voir quelle étonnante ressemblance architecturale se retrouve entre Mérope ou Mahomet et tel ou tel drame de 1830.

D'où vient donc l'anathème porté contre Voltaire par l'école nouvelle? Que lui reproche -t -on? Que lui a-t-il manqué? Le style. Entendons -nous bien sur ce mot ; car , avec ce diable d'homme , il faut toujours corriger la critique par l'éloge, et l'éloge par la critique. Ses tragédies sont pleines de passages éloquents, de vers délicieux et profonds, de morceaux

d'éclat ; mais ce qui fait défaut , c'est la trame . Supposez une étoffe brodée de fleurs charmantes, mais elle-même sans solidité, et formée de toutes sortes de tissus différents , fil , coton , soie , laine . Voltaire n'est pas né avec un style poétique tout t'ait , et il n'a pas su s'en faire un ; il trempe sa plume dans toutes sortes d'écritoires , tantôt chez Corneille , tantôt chez Racine , tantôt chez Boileau . Molière et Corneille sont arrivés , eux , dans ce monde , avec leur plume toute taillée . Mais Racine a été forcé de tailler la sienne ; La Fontaine de même ; il nous l'a expliqué . Eh bien , Voltaire n'a pas eu le temps ou le génie de se créer son instrument . Sa fièvre de production , sa passion de tout embrasser , son ardeur improvisatrice , ne lui ont pas permis de se forger une langue poétique qui valût sa langue en prose. Il est vrai que celle-là , il ne se l'est pas faite ; c'est la nature qui la lui a donnée : il était né prosateur , et poète , mais non versificateur; de là, dans les morceaux où l'inspiration ne le soutient pas , et même dans ses belles pages tragiques, un alliage incroyable de termes d'à peu près , de phrases de convention, d'expressions de pacotille , une absence de rimes et de rythmes qui jette dans le cours de son style une foule de vers d'amateur. La lecture à haute voix nous ré vêle toutes ces faiblesses ; et un exemple va nous le prouver.

Je l'emprunte à la première scène d'Adélaïde

Du Guesclin, parce qu'en

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ileur tur :

•i esse esse ; ix que j'ai soin

lia !

torrent qu'on arrête avec soin et qui vous trop loin aurait fait bondir Voltaire, l'eût trouvé dans l'un autr< .

L'un crayon indigné les | - par nous, comme appartenant à ipportable qui i platitude et la conventi

Si brillant que soit parfois le style dramatique de Voltaire , il manque de cette qualité supérieure, sans laquelle il n'y a pas de grand écrivain , l'unité .

Réfugions-nous dans sa prose...

Se rapportant à In page foO.

ARLEQVI. AGE

avait été donnée en 1721 par un i • lisie. 11 s'agil d'un Sauvage tr

leine civilisation, et dont les étonnaïfs contiennent des critiques plus ou

. mêlées de quelques où Montesquieu publiait . sou- li les Lettres Persanes, dont il a tnière aux Amusement comiques de Dufresny. - Lettres Persanes fit pleuvoir dos Lettres i urs : péruviennes . chinois '■s prépa Diderot cl de Rousseau .

Voici un ou deux dialogues d'Arlequin sauvage.

Qu'est-ce que ceia, des nations civilisées?

LÉLIO

Ce sont des hommes qui vivent sous des lois .

ARLEQUIN

Sous des lois? Et quels Sauvages sont ces gens-là ?

LÉLIO

(le ne sont pas des Sauvages, mais un ordre puisé dans la raison, pour nous retenir dans nos devoirs et : iiorn-

• gens.

ARLEQUIN

Vous naissez donc fous et coquins dans ce pays ?

LÉLIO

Pourquoi le penses- tu?

ARLEQUIN

11 n*est pas très difficile de le deviner. Si vous a\ de lois pour être sages et honnêtes gens, vous êt< coquins de naissance, cela est clair.

Rousseau dira-t-il autre chose au fond? Il y mettra seulement plus d'emphase. C'est, suivant lui, .a vie sauvage qui est la vraie. « Ah! mbnsi lui répond Voltaire, en vous lisant, il me prend envie de me remettre à marcher à quatre pattes.» — La Nature! c'est le. thème favori de Jean- Jacques: elle seule est bonne. « Toutes! bien , soi-

<li 'S mains de l'autour des choses; ton entre les mains de l'homme i » ; la civilisation a tout corrompu.

Puis voici, dans cette farce à l'italienne, la question de l'inégalité des conditions et de l'injus

tifcion des richesses , que Rousseau traitera aussi :

Celle question, je vais te l'expliquer . ïl y a deux sortes de gens parmi nous : les riches et les pauvres . Les riches ont tout l'argent , et les pauvres n'en ont point .

ARLEQUIN

Fort bien.

Ainsi, pour que les pauvres en puissent avoir, ils sont obligés ■ ourles riches, qui leur donnent de cet argent à proportion du travail qu'ils ont fait pour eux .

ARLEQUIN

Et que l'ont les riches, tandis que les pauvres travaillent pour eux ?

LÉLIO

Ils donnent, ils se promènent, ils passent leur vie à se divertir et à faire bonne chère .

ARLEQUIN

C'est bien commode pour les rirhes !...

On essaye ner à Arlequin la politesse; il

s'y prend tout de travers, et trouve nfin'u

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