‹ Le theatre de VoltaireChapitre 27 sur 161 · CINQUIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CINQUIÈME LEÇON

ADÉLAÏDE DU GUES C L I N LA MORT DE CÉSil R

Voltaire et Shakspeare

Depuis le succès de Zaïre, les sujets nationaux n'effrayaienl plus Voltaire. Il se mil à bâtir très vile et à écrire très faiblemenl Adélaïde du Guesclin.

1 pensait que ce i cher à la France, avec ceux

de Vendôme, de Nemours, de Coucy, ne pouvait manquer d'enlever le public, comme ceux de Saint Louis, de Lusignan. de Châtillon, dans la précédente pièce. Mais des noms ne suffisent point il eût fallu dans cette nouvelle tragédie une action plus claire et plus forte, et un meilleur style.

Si la prose de Voltaire est excellente, ses vers tragiques sont de moins bon aloi: bourrés de remplissages vulgaires. C'est apparemment à cela que s'appliquent ces paroles de Victor Hugo : « Je range les tragédies de Voltaire parmi les œuvres les plus

informes que l'esprit humain ait jamais produites. Si Voltaire n'était pas, à côté décela, un des plus beaux génies de l'humanité, s'il n'avait pas produit, entre autres grands résultats, le résultat admirable de l'adoucissement des mœurs, il serait au niveau de Campistron. •

Lui en effej qui dans sa prose nette et dépouilla \ pareille au bon vin de Bordeaux, ne se laisse que très rarement aller à la déclamation, y tombe à chaque instant dans ses vers tragiques. Là, son style n'est, le plus souvent, « qu'un Auvcrnat fumeux » l. A l'exception de quelques pages dans chaque pièce, l'ensemble de cette versification est au-dessous du médiocre; cela est bâclé à coups de faux synonymes , d'épithètes oiseuses, de périphrases ridicules et obscures. On a peine à se figuivr comment de la même plume a pu sortir une pro-e si excellente, si précise, si finement colorée, et d'autre paît une versification si lâche, si incorrecte, si « informe d effectivement, le mot n'est pas trop fort. On pourrait lui retourner ce qu'il a dit quelque part de Corneille : a Celui qui faisait des vers si sublimes, n'est plus le même en prose2 ».

1. In lii'iuuis éliront»; m'apporte un rouge-bord D'un Auvernat fumeux qui, mêlé de Lignage, Se vendait chez Crenet pour vin de l'Hermitige, Et qui, rouge et vermeil, mais fade et d ucereux . N'avait rien qu'un goût plat et qu'un déboire all'n ux.

Boileau, Satire III. vers 72 et suivants.

2. Dans le? Commentaires sur. Corneille, à propos de l'Épitre dédicatoire de Cinni à il. de Monta uron.

ADÉLAÏDE DU GUESCLIN li-'j

Quels vers que ceux par lesquels s'ouvre cette pièce ! — La scène est à Lille, du t''mps de I des Anglais contre Charles MI, à l'époque où ceux-ci d'un côté et la maison de Bourgogne de l'autre lui disputaient le trône de France .

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