Blaze de Buiy, op. ïattd
LA MORT DE CK-Ml 133
une puissance aisée . Ces! le mob anglais . saisi sur le vif, en ses flux el reflux tempétueux. Je ue connais que Meyerbeer, après Shakspeare, qui sache remuer
ainsi les masses sur la scè i «1 ht l'impression
vraie des passions populaires ou des fanatismes collectifs. Shakspeare j sait ajouter les emportements contradictoires, puérils el tragiques eu même temps. Comme ce prodigieux discours d'Antoine aux citoyens les fail passer habilement de la haine à la commisération, >-\ les retourne par degn - '. Voltaire, quelque trappe qu'il lût de ce discours, l'a affaibli en l'émondant, eten a figé la sève. !>•' même il a réduit à presque rien les interruptions el les répliques du peuple, si vivantes dans l'auteur anglais, si passionnées, si mobiles d'un extrême à l'autre. Mais surtout , dans la pièce telle que Voltaire l'a étriquée, ce discours d'Antoine a le tort de se trouver hors du cadre de l'action, »'t d'arriver quand la pièce est finie. Ce u'esi plus qu'un beau hors-d'œm re. Au contraire dan- le drame de Shakspeare, qui se déploie sans être gêné par rien, cet épisode se trouve au milieu même du sujet, qui n'est pas seulement la mort de César, mais aussi la mort de la Liberté. « Combien plus originale dans Shakspeare, cette hypocrite modération de l'orateur , qui fait éclater des cris de mort sans en proférer aucun, et qui précipite ce peuple qu'elle a l'air de retenir 1 Voltaire n'a donc pas corrigé Shakspeare. comme on le disait ; peut-être même, dans l'impatience de
son goût délicat et moqueur, n'en a-t-il pas senti toutes les beautés ; du moins ne les a-t-il pas reproduites. — Toutefois cette étude fortifia son génie.1 »
L'abbé Desfontaines , à propos de cette pire e . attaqua a la fois Voltaire et Shakspeare. Voltaire , qui voulait d'abord le ménager plutôt que l'exciter, lui répondit indirectement dans une lettre adressée à l'abbé Asselin, ami de Desfontaines. L'n rapprochement se fit par les soins d'Asselin entre le poète attaqué et le critique, qui dans le passé lui avait été favorable. Desfontaines consentit à quelques atténuations de ce qu'il avait publié; et Voltaire aussitôt lui écrivit, par manière d'explication : « Ma tragédie est étrangère à notre théâtre... La dernière scène et quelques morceaux traduits mot pour mot de Shakspeare ouvrent une assez large carrière à votre goût... La France n'est pas le seul pays où l'on fasse des tragédies... Notre théâtre est vide d'action et de grands intérêts... Si vous aviez vu la scène de Shakspeare, telle que je l'ai vue, et telle que je l'ai à peu près traduite, nos déclarations d'amour et nos confidents vous paraîtraient de pauvres choses auprès. »
Voltaire, malgré toutes ses restrictions, admirait sincèrement Shakspeare. En même temps que son humeur s'était d'abord assombrie dans les brumes