H AH OMET
se jette sur le poignard de son frère, el meurt a] lui.
Mahomet est donc déçu dans son amour, comme il l'a été dans la tentative qu'il a faite pour gagner Zopii 3 lesseins. D'un côté comme de l'autre,
voila un habile stratégiste !
1 mment l'auteur, homme de la ni d'esprit, a-t-il pu se fourvoyer à ce poinl ? commenl s'est-il si étrange ut abusé que de dire : i f< n'ai pas prétendu seulement mettre une action vraie sur la scène . mais des moeui - faire penser les
hommes comme il- pensent il;m> les circonstances où il> se trouvent... » "?
Fausse au point de vue historique, et d'une construction dramatique si faible, la pièce du moins littérairement se soutient -elle ? Les ontemporains en admiraient le style : aujourd'hui il nous paraît tour a tour emphatique e1 plat. Que dites-vous de ces vers, où l'auteur cependant a voulu mettre l'âm de son œuvre .'
O superstition, tes rigueurs inflexibles
Privent u"huu:anité les cœurs les plus sensibles!
Et <lc ceux-ci .'
Et ma reconnaissance et ma religion ,
Tout ce que les humains ont de plus respectable,
M'inspira <ics forfaits le plus abominable.
11 y a un trop grand nombre de vers de cette sotte ; d'autres bourrés de périphrases ridicules.
ltit) LE ROMANTISME DES CLASSIQUES
Quelques-uns seulement sont dun tour heureux et facile ; ceux-ci , par exemple , que prononce Omar au commencement du cinquième acte :
Et ce reste i D| ortua de la sédition N'est qu'un bruit passager des flots après l'orage, Dont le courroux mourant Irappe encor le rivage Quand la sérénité règne aux plaines du ciel.
Mais les deux premiers de la même tirade !
Zopire est expirant, et ce peuple éperdu, Levait déjà son front dans la poudre abattu...
Les imitations de ilacine sont fréquentes dans Mahomet comme dans toutes les pièces de Voltaire. La réminiscence la plus frappante est au troisième acte, scène vi, lorsque Mahomet, armant le bras de Séide contre Zopire, fait entendre des accents fanatiques analogues à ceux de Joad distribuant des armes à ses lévites pour assassiner la reine Athalie dans le temple. Vous avez encore dans l'oreille le (laiton de fureur du grand prêtre :
Dans l'inlidèle sang baignez-vous sans horreur;
Frappez et 'tyriens e même Israélites !
Ne descendez-vous pas de ces fameux Lévites
Qui , lorsqu'au dieu du Nil le volage Israël
Ikndit dan= le désert un culte criminel,
De leurs plus chers parents saintement homicides.
Consacrèrent leurs mains dans le sang des perfides,
Et par ce noble exploit vous acquirent l'honneur
D'être seuls employés aux autels du Seigneur.. . ' ?
l.Coagregali que sunt ad eum omr.es li . i i Levi, quibus ait : « Dicit Dominus, Deus Israël : Ponat vir gladium super fémur suuin,... et occidat unusquisque fratrem, etamicum, et
MA II h M . I 167
Et de même Mahomet dil à Séide, eu lui mettant «lcvani tes yeux l'exemple d'Ibrahim1 prêt à frapper son lil- pour obéir au Ciel :
Si la Mecque est sacrée, en savez- vous la cause?
Ibrahim j naquit , et sa cendre y repos<
Ibrahim, dont le bras docile à l'Eternel,
Train i son (ils unique aux marches île l'autel,
Étouirant pour son Dieu le cri de la nature.
Et. quand ce Dieu par vous veut vengei son injure,
i je d mande un sang à lui seul adi Quand Dieu vous a choisi, vous avez balancé!...
.Mai- Joad esl un fanatique sincère; voilà en qu i îles! bien supérieur, dramatiquement, el littérairement au— i. au faux prophète du poète philosophe. Le fanatisme est plus Lhéâtral el plus émouvant, lorsqu'il esl de bonne foi, que la scélératesse hypocrite et le charlatanisme grossier. Un supérieur de couvent cornu ic le Père Bourgoing,excrtan1 sincèrement au meurtre par des passages de la Bible un jeune moine comme Jacques Clémenl n'es! pas moins horrible sans doute, mais a coup sur esl plus tragique qu'un fourbe maladroil tel que celui-ci essayant d'entraîner dan- ses mauvais desseins l'hon-
proximum suum. » Feci runt que lilii Levi juxta sermonem
.Moisis. — a Et les enfants de Lévi s' étant tous assemblés autour de lui, il leur dit: Voici ce que dit le Seigneur, Dieu d'Israël: Que chaque homme mette son épée à son côté,.., et que chacun tue son frère, son ami, et celui qui lui est le plus proche. — Les entants de Lévi firent ce que .Moïse avait ordonné, s — Exucl. chap. XXXII, versets 26, 27 et 28.