‹ Le theatre de VoltaireChapitre 58 sur 161 · SON CHER FILS -MUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE · texte numérisé non relu

SON CHER FILS -MUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE

" y ;| quelques semaines qu'on me présenta de v"l,v pan rotre admirable tragédie de Mahomet, I1"' .l'"' !".■ avec un très grand plaisir.

'-' cardinal Passionei me donna ensuite en votre nom le beau poème de Fontenoy.

M- Leprotti m'a («mmuniqué votre distique pour mon portrail '-.

» E( le cardinal Valenti me remil In. m- votre lettre •In 17 auguste .

Chacune de ces marques de bonté mériterait

,l!1 remerciemenl partie lier, mais vous \ Irez

bien que j'unisse ces différentes attention-, pour vous en rendre des actions de grâces générales.

Vous n.' devez pas douù 1 de l'estime singulière que m'inspire un mérite aussi reconnu que le vôtre ■> etc.

Avec cette réponse le Saint-Père envoie au cher fils très dévoué ou très dévot, — l'italien, comme le latin, n'a qu'un seul mot pour ces deux choses , — son portrait , et plusieurs médailles ; ce dunl

1. Ces deux premières lignes seules sont en latin. -2. Lamhertinus hic est,Romœ decus et pater Orbis, Qui mundwn scriptis docuit, virtulibus omit.

Voltaire le remercie, encore en italien; — je cite seulement les trois premières lignes, et les deux dernières :

« Les traits de Votre Sainteté ne sont pas mieux exprimés dans les médailles dont Elle m'a gratifié par une bonté toute particulière , que ceux de son esprit et de son caractère dans la Lettre dont Elle a daigné m'honore».

» C'est avec les sentiments de la plus profonde vénération et de la plus vive gratitude que je baise vos pieds sacrés. »

Puis, riant connue un diable, il écrit à un de ses amis : « Je compte être évêque ; — in partibus infidelium ! attendu que c'est mon véritable diocèse. »

En publiant cette bénédiction apostolique, h narguait la censure de Crébillon.D'Alembert, chargé après lui d'examiner la pièce, avait jugé qu'elle devait être jouée; mais Crébil Ion, revenant à la charge, av;iit réussi à la faire interdire après la troisième représentation, en soutenant que « c'était un ouvrage très dangereux, fait pour former des Ravaillac et des Jacques Clément », par l'exemple de Séide. Au contraire, répliquait Voltaire, c'était contre les Ravaillac et les Jacques Clément que l'ouvrage était

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dirigé, puisque l'objet de cette tragédie êtai Eaire voir à quels excès le fanatisme religieux emporte les âmi

Mais, de cette réplique, se pouvait tirer la conséquence, que ce n'était donc pas la religion musulmane seule qui développait le fanatisme. Apparemment on trouva périlleux, sans le dire, que l'auteur donnât lieu d hèse et ouvrit

les yeux du public de ce côté-là. Aussi la pièce demeura-t-elle interdite. El Voltaire ne le pardonna jamais à Crébillon.

if ans après, on la reprit, avec un -uccès auquel n'avait nui ni L'interdiction du censeur, ni l'approbation du Pape. Les idées, d'ailleurs, pendant neuf ;ui<. avaient marché. La lutte entre la philosophie libérale et l'or rice était

devenue de plus en plus vive. La gloire de Vol allait croissant par les obstacles qu'on lui créait. Il exerçail sur les imaginations une sorte i 'tion

anal lie de son héros. La pièce plut par ses

défauts autant que par ses qualités. Jean-Jacques fut ravi de l'emp ! elle abondait. Puis toute

l'époque révolutionnaire s'en nourrit, comm Jean-Jacques lui-même. Bonaparte, le jacobin, saura par cœur son fauxpropht aux libérateur, et

s'en souviendra plus d'une fois dans les tirades de ses proclamations aux peuples qu'il ira soi-disant délivrer. Il est tel passage de la tragédie où Ton croit l'entendre. Lorsque, par exemple, Zopire, une

sort.' de Championnet, reproche à ce restaurateur de religion de ne relever les autels que pour s'y introniser, le grand charlatan lui répond :

Oui, je connais ton peuple, il a besoin d'erreur; Ou véritable, ou faux, mon eulle et nécessaire '

Le fond des proclamations du faux prophète au peuple de la Mecque, telles que les leur transmel sou lieutenant Omar, son âme damnée, sera celui dse manifestes de Bonaparte aux peuples de l'Italie, de l'Illyrie, de la Suisse, de la Confédératoin du Rhin. Lorsqu'il viendra les asservir, ce sera toujours en disant qu'il leur apporte la liberté; il ne fera que paraphraser ces vers de la tragédie :

Il MA R

Au Conseil assemblé L'esprit de Mahomet par ma boucbe a parlé : e Ce favori du Dieu qui préside aux batailles, Ce grainl homme, ai-jedit, est né dans nos murailles; Il s'est rendu de» rois le maître et le soutien, Et vous lui refusez le rang de citoyen ! Vient-il vous enchaîner, vous perdre, vous détruire ? I. \ientvous protéger ! mais surtout vous instruire; Il v.mt dans vos cœurs même établir son pouvoir. » J

Je pourrais multiplier les exemples des traces laissées dans les esprits par cette tragédie aujourd'hui démodée, mais qui mordit sur le public jusqu'au premier quart de notre siècle. Le nom d'un

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