‹ Le theatre de VoltaireChapitre 62 sur 161 · La Prude · texte numérisé non relu

La Prude

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de ces i -ntatives alternées el de ces pr lés mixtes :

Mêrope el Sémiramis. La première de ces deux pièces, croisée de grec et d'italien (d'Euripide et de Maffei), est. à dire vrai, pseudo- class i< [ue ; la seconde, de grec el d'anglais (d'Eschyle et de Shakspeare ), peut être nommée pseudo - romantique . Notre étude va consister à décomposer ces mélanges. Nous prendrons aujourd'hui Mérope , et mercredi prochain Sémiramis .

La tragédie de Mérope passait pour un des trois chefs - d'oeuvre dramatiques de Voltaire ; c'était , en

tout cas , un de ses trois plus grands succès au théâtre : les deux autres étaient Zaïre et Tancrède . — Œdipe, Alzire, Mahomet, et Sémiramis, ne venaient qu'après ces trois - là pour le retentissement . \ présenl . Merope a beaucoup pâli . et n'obtienl plus qu'un succès d'estime.

L'amour est absent de cette pièce , excepté l'amour maternel : crimen amoris abest, dit l'épigraphe , qui croit devoir en prévenir le lecteur . L'absence de toute passion amoureuse dans une tragédie , — nous l'avons vu déjà pour la Mort de César, — n'est pas ,dans notre pays, une chance de succès durable. L'amour maternel cependant . s'il est le plus pur et le plus désintéressé de tous les amours , n'en est pas le moins passionné .

Euripide avait traité ce sujet, sous le titre de Cresphonte ; sa pièce est perdue. Mais l'argument, ou

sommaire , en a été conservé dans une 'les fables mythologiques attribuées au grammairien Hygiu,du premier siècle de notre ère. Avec cela, une cinquantaine de vers de la tragédie ont été sauvés par citations dispersées dans quelques autres écrivains.

Et lo'J.J. un italien, le comte ToreJJi . qui IV. t ambassadeur et poète , tenta de reconstruire la pièce à l'aide de ce bref canevas et de ces rares ves- : sa tentative fut couronnée de sui

Cela n'empêcha pas son compatriote le marquis Scipione Mall'ei de renouveler l'entreprise, en 1713, et avec un succès plus grand encore. L'amour d'une mère qui menace la vie de son fils en croyant le venger , intéressa vivement le public, non seulement en Pâlie, mais dans toute l'Europe : la pièce eut. en peu d'années, une soixantaine d'éditions. Elle fut traduite en Angleterre par Pope , et en Fr. . par Fréret. Cela attira l'attention de Voltaire, qui se servit de l'œuvre de Maffei et essaya de la surpasser. Alfieri , de son côté, l'essaya aussi , moins heureusement '.

1. Kit helieu avait fait jouer une Mérope, intitulée Téléphonie, sur le théâtre de son palais, le Palais-Cardinal, aujourd'hui Palais-Royal . Ce théâtre, le premier théâtre régulier qui ait été construit en France (jusque-là, on avait joue où l'on av;iit pu. dans des granges, ou des jeux -de- paume , ou des salles -des -gardes, etc., et primitivement dans les églises, puis sui des ét-hafauds en plein nir dans les places publiques); ce théâtre, disons-nous, n'était point situé au même endroit que le Théâtre-Français de nos jours; il était dans 1 aile oppo-

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La tragédie eTEurij ide, telle qu'en 1 ". - 1 1 1 1 ■ l'argument d'H >r1 simple . F.

qui neeherche poinl ! »s effets de sur] tou-

voir par le jeu seul '1 - passions et denaturels. C nte,roi deMessénie, aété tu

ses fils par Polyphonte , < jui a j »ris sa veuve el son trône. I m seul des fils, Téléphonte, a échappé au massacre . Mérope, sa mère, l'a confié tout enfant aux soins d'un ami qui habite l'Élide. Devenu grand, il retourne à Messène, sous un autre nom. el annonce à Polyphonte qu'il a tué le fils rie Mérope : car. pour un compatriote d'Ulysse, la vengeance est plus douce lorsqu'elle es! assaisonnée de ruse. Le tyran lui l'ait bon accueil. Mérope, apprenant l'arrh étranger qui se vante d'avoir tué Télépl .a le

frapper pour son fils, et le tuerait si elle

n'était retenue par le vieillard qui a él fils

et qui le reconnaîl . La mère et le fils n'ont pas de peine à abattre le tyran, qui n'a aucune raison de se

délier (FeiIX .

Maffei crut devoir compliquer ce sujet tout uni,

sée du Palais, au-dessus de la galerie des Proues (encore existantes), du côté de la rue de Valois.

Après Richelieu et avant Voltaire. La Grange-Chancel avait traité le même sujet, transporté en Egypte, sous le titre d'Atnasis. Là, Mérope s'appelle Nitocris; elle menace le tyran de la vengeante de son tils ; le tyran rit de la menace et lui dit qu'il a prévenu les coups de ce vengeur en le tuant. « Non, je ne ls crois point, s dit-elle tout en pâlissant ; et Amasis lui répond par ce vers très heureux :

<r Si vous n'en croyez rien, d'où vient que vous pieurez? »

et inventa dos incidents sans vraisemblance. Voltaire à son tour, n'ayant guère le sentiment de la simplicité antique, chercha des surprises dans le goût moderne, et, à l'exemple de Maffei, tout en s'imaginant le corriger , substitua au développement régulier de l'action une série de coups de théâtre. Ce point a été parfaitement touché par Lessing dans sa. Dramaturgie de Hambourg, et par M. Mézières dans L'excellente Introduction qu'il a mise à cet ouvrage1. « Bien loin de perfectionner le sujet de Mérope, Voltaire le dénature en croyant le rendre plus dramatique . Dans sa pièce , ce n'esl pas en connaissance de cause, avec une intention arrêtée et tragique, qu'Égisthe8 se rend àMessène: Égisthe ne sait même pas qui il est : on lui a caché le secret 'le sa naissance ; il se croit le fils d'un paysan ; c'est simplement l'ardeur de la jeunesse, un vague désir d'exercer son courage, qui lui ont fait quitter sa retraite pour courir le monde; c'est le hasard, et non sa volonté, qui le conduit au lieu où réside sa mère, où son père assassiné attend un vengeur. C'esl encore le hasard , un cadavre trouvé sur une grande route, une armure ensanglantée, qui le fait prendre pour l'assassin d'Égisthe. Mérope va le frapper , sur un simple soupçon ; elle n'a pas pour le

1. Lessing, Dramaturgie de Hambourg , traduction d'Ed. de Suckau , revue et annotée par L . Crouslé, — Introduction par Alfred Mézières. — Paris, Didier, 1885, nouvelle édition.

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